La « loi française » révolutionne le marché du livre israélien

Une loi de régulation du marché du livre a été adoptée par la Knesset le 31 juillet dernier. Elle bouleverse l’ordre établi.

By MARTIN ALARGENT
October 29, 2013 20:09
Librairie à Jérusalem

P22 JFR 370. (photo credit: Martin Alargent)

 
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La loi pour la protection du livre et des auteurs a été promulguée le 31 juillet dernier. Elle stipule que le prix de l’ouvrage, fixé par l’éditeur, restera inchangeable pendant les 18 mois suivant sa publication. Et garantit également un revenu minimum à l’auteur d’un ouvrage publié en Israël. Pendant la période dite « de protection », l’écrivain recevra au minimum 8 % du fruit de la vente de son œuvre, calculé sur le prix public. Une attaque directe contre le duopole exercé en Israël par les deux chaînes de distribution Steimatzky et Tsomet Sfarim et la guerre des rabais dans laquelle elles se sont lancées depuis quelques années.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la loi de régulation n’entraînera aucune inflation. Car pour pallier ces rabais, destinés uniquement aux best-sellers et en général aux livres à rotation rapide, la plupart des éditeurs avaient artificiellement gonflé le prix des livres.

Mais à partir du 1er février prochain, date de l’application de la loi, tout va changer. Les éditeurs se sont engagés à fixer un prix réel et les libraires devront se satisfaire de remises beaucoup plus modestes de la part des éditeurs, qui, avant la loi, pouvaient atteindre plus de 80 %. Dorénavant, l’équilibre sera rétabli. Les éditeurs vendront leurs livres aux tarifs réels, les libraires également.

La loi autorise une seule exception : celle de la fameuse « semaine du livre hébreu », qui a lieu début juin dans l’ensemble du pays, où les consommateurs peuvent bénéficier d’un rabais de 20 % maximum sur le prix public du livre.

Un long processus


Trois événements déterminants ont pesé en faveur de l’adoption de la loi. Le processus a commencé en 2005, lors d’un premier constat montrant l’absence en librairie d’ouvrages français traduits, pourtant publiés par les éditeurs israéliens.

Puis en 2008, Israël était l’invité d’honneur du Salon du livre de Paris. Outre les 40 écrivains israéliens invités, s’étaient également déplacés à Paris une trentaine d’éditeurs, pour participer à un séminaire sur les questions de droit d’auteur et de la régulation du marché du livre, organisé par le BIEF (Bureau international de l’édition française). Et, dans le sillage de l’événement parisien, l’ancien ministre socialiste de la Culture, Jack Lang, père de la loi qui porte son nom votée en 1981, est venu en Israël. Sa rencontre avec les professionnels israéliens a abouti à la création du premier lobby en faveur de la régularisation du prix du livre.

Enfin, en 2011, tout s’est accéléré avec la venue d’Antoine Gallimard, le PDG des éditions qui portent son nom et, à l’époque, président du Syndicat national de l’édition (SNE). Il a su convaincre les politiques israéliens de l’urgence d’instaurer une régulation sur le marché du livre. S’en est suivi, notamment, un très fort engagement de la ministre de la Culture, Limor Livnat.

Laisser du temps au livre


Selon Roselyne Déry, attachée pour le livre et l’écrit à l’ambassade de France d’Israël, à l’origine de la promulgation du décret longtemps appelé « loi française » par les médias israéliens, il faut s’attendre à un changement important : « Les consommateurs vont bénéficier d’un choix beaucoup plus large qu’auparavant. A côté des best-sellers, apparaîtra plus largement la littérature traduite, notamment du français, mais aussi les premiers romans d’auteurs israéliens, les livres de poésie ou encore les essais. Tous ces livres ont besoin de temps pour trouver leurs lecteurs. Mis à la même enseigne que les best-sellers qui ne bénéficieront plus d’un prix réduit, durant la période de protection, ils joueront la concurrence autour du contenu et de la qualité et plus seulement autour de leur prix de vente. C’est la voie ouverte vers la diversité culturelle où le livre retrouve une place centrale ».

Et de poursuivre : « La concurrence devra dorénavant se jouer sur le service qu’offre un libraire et non plus sur l’importance des rabais qu’il était prêt à faire ».

Pour l’attachée, il s’agit aussi d’une « collaboration remarquable entre la France et Israël ». Car la nouvelle législation s’inspire largement de la loi Lang, dont le but est similaire et vise à réguler le marché du livre en France. On le sait, la loi Lang permet encore aujourd’hui de faire du livre, la première industrie culturelle française, bien loin devant celle du cinéma, par exemple. En Israël, l’adoption de cette loi est donc historique se réjouit Roselyne Déry : « Il s’agit de la première loi de régulation d’un marché culturel en Israël. Dans un Etat si porté vers le libéralisme, il s’agit d’un événement majeur », c’est d’ailleurs dans ces termes que le député Nitzan Horowitz, porteur du premier projet de loi a qualifié cette promulgation à la Knesset, le 31 juillet dernier.

Même plus la valeur d’un cadeau


La loi, qui entrera en vigueur le 1er février 2014, concerne non seulement les livres papier, mais également les livres électroniques. D’ailleurs, selon l’attachée culturelle, le livre papier a encore de beaux jours devant lui. « Je ne suis vraiment pas sûre qu’il soit voué à mourir », note Roselyne Déry, pour qui les e-books (livres virtuels, à lire sur tablettes ou liseuses électroniques) permettraient même de « booster l’industrie du livre en démocratisant la lecture ».

Elle explique : « Le e-commerce touche aussi des gens qui n’auraient jamais lu un ouvrage auparavant. Cela accroît le public susceptible de lire et permet une meilleure connaissance des produits. Si les gens aiment un livre, ils l’achèteront en version papier. Je suis partisane de cette théorie », précise-t-elle.

« Seulement, en Israël, le livre a beaucoup perdu de sa valeur. La cause en est la guerre des rabais pratiquée par les deux plus grandes chaînes de librairies. En discutant avec des mères de famille sur les cadeaux à offrir aux enfants qui célèbrent leur Bar ou Bat Mitsva, je me suis aperçue qu’aucune n’envisageait un livre. Etonnée, j’ai voulu en connaître la cause. Elles m’ont répondu que si elles en offraient un, tout le monde saurait qu’elles l’avaient acheté 20 shekels, et que c’était quasiment honteux. Cette réponse est terrible, le livre n’avait même plus la valeur d’un cadeau », déplore-t-elle.

Un constat bien triste quand on sait que nombre d’auteurs francophones contemporains vont être publiés ces prochaines semaines en Israël. Comme : Ladivine de Marie NDiaye, Zone de Mathias Enard, Le journal d’un corps de Daniel Pennac, Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari, Un lieu incertain de Fred Vargas ou encore La vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker.

Le public israélien est friand des écrivains francophones. Il s’est déjà familiarisé avec Amélie Nothomb, Le Clézio, Marc Lévy, Anna Gavalda, Patrick Modiano ou Andreï Makine, entre autres, sans jamais délaisser le patrimoine des œuvres classiques, publiés à parts égales avec les auteurs contemporains.

Et le français est la première langue traduite en hébreu, après l’anglais. Il faut donc espérer qu’avec l’adoption de la loi sur la protection du livre et des auteurs, beaucoup d’autres publications traduites du français verront le jour et viendront, encore, renforcer les liens de coopération dans le domaine du livre entre la France et Israël.





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