Le huis clos d’un château hanté par la Shoah

Après un parcours riche, Pierre Assouline s’intéresse aujourd’hui, sous la forme d’une fiction, à Sigmaringen, refuge des collaborateurs en 1944

By VALERIE SHAPIRA
February 25, 2014 17:22
2 minute read.
P24(2) JFR 150

Sigmaringen. (photo credit: DR)

 
X

Dear Reader,
As you can imagine, more people are reading The Jerusalem Post than ever before. Nevertheless, traditional business models are no longer sustainable and high-quality publications, like ours, are being forced to look for new ways to keep going. Unlike many other news organizations, we have not put up a paywall. We want to keep our journalism open and accessible and be able to keep providing you with news and analyses from the frontlines of Israel, the Middle East and the Jewish World.

As one of our loyal readers, we ask you to be our partner.

For $5 a month you will receive access to the following:

  • A user experience almost completely free of ads
  • Access to our Premium Section
  • Content from the award-winning Jerusalem Report and our monthly magazine to learn Hebrew - Ivrit
  • A brand new ePaper featuring the daily newspaper as it appears in print in Israel

Help us grow and continue telling Israel’s story to the world.

Thank you,

Ronit Hasin-Hochman, CEO, Jerusalem Post Group
Yaakov Katz, Editor-in-Chief

UPGRADE YOUR JPOST EXPERIENCE FOR 5$ PER MONTH Show me later Don't show it again

Sigmaringen est une ville située dans le sud de l’Allemagne. Elle est réputée pour son château parfaitement préservé, qui servit de siège au gouvernement en exil du régime de Vichy à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le château n’a de féodal que le site et l’allure d’ensemble. Les bâtiments et leur décoration intérieure sont des pastiches de différents styles. C’est le lieu de naissance des rois de Roumanie Charles Ier (1839) et Ferdinand Ier (1865).

Les princes de Hohenzollern, suspects depuis que leur cousin le roi Michel Ier de Roumanie se joint aux alliés, sont placés en résidence surveillée le 20 juillet 1944, et le château réquisitionné. Le 7 septembre 1944, fuyant l’avancée des troupes alliées en France, alors que l’Allemagne est en flammes et que le régime de Vichy n’existe plus, un millier de Français collaborateurs s’exilent à Sigmaringen. Parmi eux, une centaine d’officiels du régime de Vichy, quelques centaines de membres de la milice française, la rédaction du journal Je suis partout.

Be the first to know - Join our Facebook page.


Le maréchal Pétain emmené, selon ses dires, « contre son gré », par les Allemands dans leur retraite en août 1944, y sera détenu jusque début 1945. La commission gouvernementale est censée incarner la continuité du régime de Vichy. Les visiteurs sont même obligés de présenter une pièce d’identité, puisqu’ils pénètrent en territoire français. Ce gouvernement durera jusqu’à l’avancée des troupes alliées sur le sol allemand.
Pétain, sa suite et ses ministres logent dans le château réquisitionné, et les autres sont logés dans les deux hôtels de la ville qui reçoivent de « prestigieux » invités, notamment Louis-Ferdinand Céline, qui racontera plus tard ses souvenirs dans son livre D’un château l’autre.
Pétain quitte Sigmaringen le 20 avril 1945.

Le 22 avril au matin, la première division blindée française reçoit l’ordre de prendre d’assaut la ville. Très peu de résistance de la part des Allemands et des anciens miliciens. Pétain réfugié en Suisse le 23 avril demande ensuite à regagner la France. Il est finalement remis aux autorités françaises le 26 avril 1945.

Lutetia était consacré aux déportés français qui rentraient d’Allemagne vers la France, tandis que Sigmaringen, à l’inverse, se consacre aux collaborateurs français en exil en Allemagne. Personne ne se croise. Ils sont tous là, ou presque, la « crème des collaborateurs », jouant les prolongations pendant que l’Histoire les dépasse. Coincés dans ce château à s’éviter, à s’espionner, à se haïr. Pétain, veinard souffrant de la prostate, Laval fumant ses réserves de cigarettes en préparant son procès, Brinon qui rêve d’être calife à la place du maréchal… Julius Stein, majordome allemand, dont la patrie est le château où il sert, en est le narrateur. Il observe, il n’écoute pas, mais il entend, dirige sa troupe de serviteurs, veille aux caprices de tout le monde. N’oublions pas non plus Mlle Wolfermann, l’intendante du maréchal qui va lui démontrer qu’il faut obéir à sa conscience plutôt qu’aux ordres. Et l’arrivée de Céline… comme on ne l’imaginait pas.
C’est une superbe visite, romancée et documentée que nous offre Pierre Assouline, le huis clos d’un château hanté par une période noire de notre Histoire. 

Related Content

February 11, 2018
Les nouveaux « judaïsants »

By DAN HUMMEL