Le peintre d’un monde perdu

Pour l’artiste Richard Weisberg, l’objectif est clair : « faire revivre un peuple qui a disparu »

By VALÉRIE SHAPIRA
September 15, 2013 14:06
2 minute read.
Rentree scolaire au heder, l'ecole juive du schtetl.

P23 JFR 370. (photo credit: Richard Weisberg)

 
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Au détour du quartier pittoresque de Nahalat Shiva, logé en plein cœur de Jérusalem, se trouve la place de la Musique, inaugurée par le maire de Jérusalem, Nir Barkat en décembre 2012. Située entre les rues Shamai, Hillel et Yoel Salomom, elle abrite restaurants, commerces, et le musée de la Musique. Au milieu de ce projet d’envergure, au 12 rue Yoel Salomon se niche la galerie Art et Music, tenue par Elios Attal, francophone installé en Israël depuis 2005 et qui présente des artistes inspirés par le thème de la musique.

En arrivant, on ne peut qu’être happés par des objets de la vie courante au sein du shtetl. Objets en tous genres : instruments de musique ou ustensiles du quotidien. Comme ce violon peint, tout droit tiré d’une scène de vie inspirée de Pologne, ce fer à repasser, ou cette valise. Tous sont signés Richard Weisberg.

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Né à Paris en 1958, l’artiste issue d’une famille ashkénaze passe sa jeunesse dans le 10e arrondissement de la capitale. Son grand-père maternel, Leibel, ne rentrera pas des camps d’extermination. Son grand-père paternel en reviendra, marqué à jamais dans sa chair. Mais à qui se confier ? A son petit-fils Richard. Le jeune garçon se retrouvera alors à arpenter les musées en compagnie de Mordka, ce rescapé d’Auschwitz qui lui transmet la culture yiddish, lui raconte la vie dans le shtetl et s’amuse à reproduire des cartes postales.

Des toiles aux accents yiddish 


A la mort de son grand-père, Richard Weisberg se met à peindre. Autodidacte, la peinture est pour lui « une sorte d’exécutoire, de thérapie ». Sur ses toiles, il appose à côté de sa signature les initiales M et L, en mémoire de Mordka et Leibel. Weisberg reproduit des scènes des vies inspirées de la Pologne natale de sa famille. Il dessine comme un historien, lit Isaac Bashevis Singer. Au gré de ses balades, il achète des objets hétéroclites, comme ce saxophone déniché le mois dernier au souk de Tel-Aviv. On devrait certainement le retrouver prochainement sur une de ses œuvres.

Le but de l’artiste : « faire revivre un peuple qui a disparu ». Les visages expressifs et l’émotion qui se dégagent de ses œuvres ne peuvent que toucher le spectateur. Si on observe bien ses toiles, on s’aperçoit que tous ses personnages sourient. Bien souvent, en les créant, Weisberg rit avec eux, leur parle. Ce sont ses grands-parents qu’il fait renaître à travers ses toiles.

Quant aux objets, il veut leur « redonner une histoire ». Des violons, des livres, des malles, des partitions de musique, tout y passe pour notre plus grand plaisir.

Où s’est-il donc documenté pour être à la fois si précis et si juste ? Richard Weisberg répond que tout « vient de son imagination, de ce que son grand-père lui a raconté et de la manière dont il voit ce monde disparu ». On a pourtant l’impression qu’il en revient lui-même et ne fait que reproduire des scènes vécues tant elles paraissent familières et réelles. A travers elles, ce sont des personnages aux accents yiddish, des voyages, des métiers à jamais enfouis qui reprennent vie. Un véritable travail de transmission. Pourtant, il se contente de se définir « comme un peintre du dimanche qui peint tous les jours ».

Bien sûr, il crée aussi des tableaux sur le thème de la Shoah, mais ces œuvres-là, il les garde pour lui, elles sont dans son atelier. « Avec elles, je pleure », déclare-t-il tout en pudeur.



Parmi ses œuvres qui le caractérisent le mieux, on ne peut que citer Le sculpteur. Mais le sculpteur, c’est lui en quelque sorte : Richard Weisberg sculpte ses personnages.

www.richardweisberg.com


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