Le sionisme en noir et blanc

Des clichés monochromes, qui saisissent les pionniers en pleine activité dans la Palestine d’avant 1948. Reproduits et agrandis à partir des négatifs sur verre, conservés dans les archives du KKL, ils nous racontent les premières heures du Yichouv. Une exposition à voir absolument

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April 21, 2015 14:03
Enfants à Metoula, 1934

Enfants à Metoula, 1934. (photo credit: DR)

 
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Le Keren Kayemeth leIsraël (KKL) – ou Fonds national juif – ne s’est pas contenté d’ajouter une touche de vert à nos paysages au fil des ans, ni de développer l’agriculture dans cette partie du monde naturellement aride : il a également pris grand soin de documenter ses activités pionnières.
Preuve en est l’exposition photographique présentée au musée d’Eretz Israël, à Ramat Aviv, intitulée Voir au travers et organisée par Oded Balilty. Le titre de l’événement fait référence à quelque 3 000 négatifs sur verre conservés dans les archives du KKL.

Les vingt-quatre photographies affichées datent principalement de la période 1920-1940, la plus ancienne ayant été prise en 1912 et la plus récente en 1958. Elles sont le fruit du travail de certains des photographes les plus en vogue de l’époque. Principalement originaires d’Europe centrale et orientale, ces derniers avaient été appelés en renfort auprès des autorités du Yichouv, dans le but avoué de saisir les activités pionnières des sionistes en Palestine avant la création de l’Etat d’Israël.
Parmi eux : Shmouel Joseph Schweig, arrivé de Ternopil – alors sous domination de l’empire austro-hongrois – l’Ukrainien Yackov (Jacob) Ben-Dov, et les Hongrois Zoltan Kluger, Abraham Malevsky et Zvi Oron.

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Une bouffée d’air frais

Voir au travers est un pur produit du hasard. Un jour, alors qu’elle rangeait le dépôt des archives, Pnina Livni, directrice des archives photographiques du KKL, tombe sur ces plaques de verre. « Je fouillais dans les rayons quand j’ai trouvé les vieilles plaques », se souvient-elle. « Je savais qu’elles étaient là, mais vous savez ce que c’est ; on ne fait pas attention à ces choses qui sont là depuis si longtemps, jusqu’à ce qu’un jour, cela arrive. » Pour Livni, c’est le coup de foudre, et elle décide de faire partager au monde entier ce précieux trésor. « J’ai sorti les négatifs sur verre des boîtes et les ai regardés à la lumière. Leur beauté m’a coupé le souffle », raconte-t-elle. « C’était une bouffée d’air frais dans un monde asphyxié par le flot d’information numérique ».
« Je ne peux vraiment pas supporter toutes ces images prises sur les téléphones cellulaires et autres », déclare-t-elle. « Ces négatifs sur verre m’ont transportée dans un lieu plus serein, vers les eaux claires des premières heures de la photographie. »

Bien sûr, pour mettre en place l’exposition il n’était pas simplement question de sortir les vieux négatifs de leur repos éternel et d’en tirer des clichés. Des obstacles logistiques en série devaient d’abord être surmontés.
Par exemple, certaines plaques étaient cassées et il a fallu les réassembler minutieusement. C’est le cas de la photo qui accueille les visiteurs, à l’entrée de la salle d’exposition : une grande reproduction intitulée Vue de Porya, qui dévoile le paysage de la Basse-Galilée, photographiée par Malevsky en 1940.
« Nous avons dû travailler très dur pour la remonter », explique Livni. « Le cliché, comme tous ceux de l’exposition, a été reproduit sur une surface lisse en plexiglas. Mais toutes les fissures et les vides d’origine restent clairement visibles dans l’agrandissement. « Nous ne voulions pas gommer les défauts. Nous voulions vraiment montrer les brèches et les imperfections, en parallèle avec les œuvres complètes et sans défaut. Vous savez, de nos jours, c’est la “beauté” qui compte, le souci de présenter la “perfection” du monde. Nous ne voulions pas cacher les imperfections de ces images. C’est, à mon sens, en grande partie ce qui fait leur charme. » Il est en effet difficile de ne pas succomber à la magie de ces clichés.

Nostalgie perdue


« La nostalgie n’est plus ce qu’elle était », dit un dicton postmoderne. Mais un regard jeté sur l’amas de baraques délabrées qui marquent les origines de Porya, dans l’instantané de Malevsky pris en 1940, ou sur le cliché des traditionnels travailleurs juifs, pris par Schweig dans la vallée Zevouloun en 1929 – idéologiquement libellé Un moment de repos pendant l’assèchement des marais – suffirait à pousser le quidam à se lancer tout de go dans une interprétation vibrante de l’Hatikva.

Beaucoup – sinon la totalité – de ces photos sont le fruit d’une mise en scène, conçue pour inciter les donateurs potentiels aux Etats-Unis et en Europe à sortir leurs chéquiers et à contribuer à la cause sioniste en devenir. Pourtant, les images font mouche.
On ne peut s’empêcher de sourire face à ces sept adorables enfants pleins d’innocence, debout en rang devant une femme – probablement une institutrice de maternelle – dans la photo de Schweig prise en 1934, Enfants à Metoula. On ne peut non plus rester insensible devant les Enfants en cercle, dans la vallée de Jezréel, en 1935. Derrière la troupe bigarrée de gamins se dresse une dizaine d’humbles logements, et l’image rayonne de l’esprit sioniste pionnier.
Schweig a clairement joué le jeu des relations publiques. Son cliché d’un cavalier coiffé d’un keffieh, le fusil en bandoulière, en train de montrer au donateur américain Harry Levin les vastes plaines de la vallée du Jourdain en 1934, constitue le matériau idéal des affiches du KKL. De même pour la mise en scène de l’Orangeraie de Gan Raveh, prise en 1935.



L’œuvre la plus ancienne de l’exposition est un tirage de 1912 de Ben Dov. On y voit un grand rassemblement de personnes ayant fait route à travers les collines de Jérusalem vers le cyprès planté par Herzl près de Motza, pour le quatrième anniversaire de la mort du visionnaire sioniste. Une impression quasi biblique émane de l’œuvre, accentuée par la fente crénelée qui zigzague au cœur du paysage désolé.

Ferveur sioniste

Quelques délicieux portraits émaillent le tout. Comme le Pionnier de Malevsky, en 1930, le regard tourné vers l’horizon. Ou encore, le Colon de Kfar Hassidim photographié par Schweig en 1926, qui figure un véritable personnage type « sel de la terre » avec sa bêche et sa houe sur l’épaule.
Le saisissant cliché d’un berger à Tel Yossef, portant pour une raison quelconque son chien dans ses bras, pris par Schweig, est l’un des éléments les plus spectaculaires de l’exposition.
Et il est difficile de ne pas tomber amoureux du jeune garde en casquette avec son bouledogue, dans la photo de 1946, Garde avec son chien fidèle dans les champs du kibboutz Gezer. Le dessin légèrement flou de la clôture de barbelés en toile de fond ne sert qu’à renforcer le sentiment prédominant de pure ferveur sioniste.

En tant que commissaire de l’exposition, Balilty a eu la lourde tâche de sélectionner les photos qui représenteraient le mieux l’époque, parmi les milliers de plaques trouvées dans les archives du KKL.
« Les photos sont magnifiques », souligne-t-il. « Elles sont bien arrangées et traitées, et méritent toutes d’être exposées. Mais j’ai été particulièrement attiré par une petite boîte étiquetée : “Cassées, ne peuvent pas être projetées”. » Le conservateur n’allait pas laisser ces joyaux mis au rebut dormir plus longtemps. « J’ai décidé de rendre la vie à ces photos perdues et de les exposer ici pour la première fois. »

Un voyage magique pour Balilty, une odyssée dans l’inconnu, une découverte de zones jusque-là inexplorées.
« Il s’est produit quelque chose de fascinant », remarque-t-il. « Recoller les morceaux de verre brisés a donné le jour à une nouvelle image, une composition déterminée par le sort plutôt que par le photographe. Cent ans après avoir été figées dans le temps, les plaques de verre brisées ont acquis un sens nouveau. Il me semble qu’avec la distance des années, les parties manquantes contribuent à créer une tension et une atmosphère particulières, peut-être même plus que les clichés en parfait état. »

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