Les bougies de Safed

Nichée au sommet des vertes collines de Galilée, Tsfat la pittoresque abrite une insolite galerie de bougies, célèbre pour le talent et la créativité de ses artisans

By SIMCHA CHAIRSKY
December 16, 2014 12:30
Les bougies de Safed

Les bougies de Safed. (photo credit: SIMCHA CHAIRSKY)

 
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Les bougies occupent une place centrale dans le judaïsme. On en allume chaque vendredi soir pour Shabbat, pour marquer le début et la fin de chaque fête, et Hanoucca ne tourne qu’autour des bougies.
Le roi Salomon lui-même déclare dans son livre des Proverbes : « Ner Hachem, nichmat adam » (l’âme de l’homme est une bougie de Dieu). L’âme, en effet, explique la Kabbale, est une parcelle du divin. Et comment ne pas évoquer la Kabbale dans la ville qui l’a vue naître.
Chaque juif doit donc veiller à faire briller sa bougie intérieure (son âme) et s’assurer que celle d’autrui brûle aussi avec éclat. La flamme d’une simple bougie peut ranimer une infinité de mèches éteintes, sans rien perdre de son aura !
D’après le Talmud, la lumière créée au début de la Genèse était une lumière spirituelle, qui éclairait l’univers tout entier. Mais devant la déchéance de l’homme, Dieu a préféré enterrer cette lumière et la garder cachée. C’est le fameux Or ganouz, cette lumière occulte que seuls les justes peuvent dévoiler par leurs mérites. Même les premiers rayons de l’aurore d’un beau matin d’été ne sont qu’un pâle reflet de cette lumière originelle. C’est un peu cela que l’on cherche à retrouver dans la flamme des bougies de Hanoucca. A l’origine, celles-ci étaient allumées avec de l’huile, hachémène השמן. L’huile évoque l’essence profonde de notre âme, néchama נשמה. Or ce sont les mêmes lettres hébraïques qui composent ces deux mots.
La nature et tout ce qu’elle renferme sont issus de la Création en sept jours, et le nombre huit évoque la divinité qui les transcende, dont relève l’essence de l’âme. Huit, c’est le nombre des jours et des lumières de Hanoucca, chmoneh שמֹנה en hébreu.

Que la lumière soit !

Ainsi cette phrase (Ner Hashem nichmat adam) se retrouve-t-elle en exergue sur le mur de la galerie de Safed Candles, fondée il y a 25 ans par un ex-hippie californien, Moshe Chahar (aurore en hébreu), professeur de shiatsu ; celui-ci avait commencé à travailler avec de la cire d’abeilles. Après avoir fait techouva (être devenu juif pratiquant), il commence à fabriquer des bougies artisanales de havdala, la cérémonie qui marque la fin du Shabbat.
Arrivé en Israël, il souhaite créer une petite entreprise et procurer des emplois à la population locale, qui en a bien besoin. Au début, il installe son atelier en face de chez lui, à deux pas du Kikar Hameguinim, la place centrale de la vieille ville de Tsfat.
Au bout d’un an, il loue un tout petit local près de la célèbre synagogue du Ari Ashkénazi, grande attraction touristique en soi. Là, une petite équipe d’hommes et de femmes confectionne des bougies en cire d’abeille, tressées pour la havdala, trempées et colorées pour celles de Shabbat et de Hanoucca. Plus tard, Moshe découvrira que cent ans auparavant, dans ce même atelier étaient fabriquées les bougies de la petite ville de Tsfat.
Devorah Alexander, artiste de talent, rejoint l’équipe, va développer une nouvelle gamme de couleurs, de modèles variés et la boutique s’agrandit. Le sourire de Devorah fait merveille. Les guides touristiques découvrent bientôt cette échoppe et les visiteurs du monde entier commencent à affluer.
Les bougies de paraffine viennent compléter la gamme, notamment pour celles de Hanoucca, car le matériau offre une palette plus riche et plus colorée. Lever de soleil, neige et arc-en-ciel ornent désormais les murs de la galerie.
Léah tresse les bougies de havdala de Safed Candles depuis plus de vingt ans. Célèbres dans le monde entier, celles-ci se composent d’au moins deux mèches.

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« A l’aube de l’humanité », raconte Esther Rubinstein, « ce fameux premier vendredi de la création, Adam et Eve se trouvaient dans le jardin d’Eden. Le monde était alors unifié. Tout était à sa place. Après la faute, la confusion et la séparation se sont installées. Pendant le Shabbat, la lumière originelle a continué à briller. Mais au sortir du septième jour, la nuit est tombée pour la première fois. Adam s’est aussitôt désolé : « Gevald ! J’ai éteint la lumière du monde ! » Hashem lui a alors montré comment faire du feu en frottant deux silex. « De la même façon que tu as amené la séparation et l’obscurité dans le monde, saches que tu peux aussi réparer, unifier et apporter la lumière », lui apprend le Créateur.
C’est la raison pour laquelle les bougies de havdala sont faites de plusieurs mèches. Chez Safed Candles, on en trouve de 12 mèches, pour les 12 tribus d’Israël, de 18, valeur numérique de Haï, la vie, 22 pour les lettres de l’alef-bet, 36 pour les 36 Justes sur qui reposent le monde.
L’arrivée de Moshe Chaïm Levy, il y a près de 20 ans, va quelque peu révolutionner la fabrique artisanale. Artiste, graphiste, fortement inspiré par la bande dessinée, celui-ci découvre les possibilités de sculpture offertes par la cire d’abeille, très malléable à une certaine température. Ses sculptures dépeignent des scènes bibliques, des caricatures juives de toutes sortes, des cérémonies religieuses, toujours avec un clin d’œil humoristique.

Les boucles de Samson

Parmi les plus célèbres, l’arche de Noé la plus délirante du monde, truffée de personnages de BD célèbres, des singes allumés, des lions éclatés, des élans souriants, des girafes et des éléphants. Ou encore un David tenant la tête ensanglantée de Goliath, gore à souhait ! Un violon sur le toit. Les fameux smileys hassidiques, des pingouins, des canards et des champignons de toutes sortes.
Un jeu d’échec géant oppose les noirs orthodoxes lituaniens aux blancs hassidim. Le Baal Shem Tov et le Gaon de Vilna sont les rois, Shlomo Carlebach, le Baal Hatanya, le Rav Kook et le Rav Israël Salanter sont les cavaliers, les reines tiennent un plat de Shabbat à la main où trône un magnifique poulet rôti.
Par deux fois, la galerie a été détruite par un incendie. Le dernier en date, en octobre 2008, a vu disparaître en fumée toutes les œuvres de Moshe Chaïm. L’incendie s’est déclaré un vendredi soir, à l’entrée du Shabbat. Devant l’ampleur du désastre, les pompiers n’ont rien pu faire. Ils ont simplement fermé la porte et laisser brûler la cire jusqu’au bout.
Après la catastrophe, de nouvelles caves sont mises au jour, situées sous l’actuelle galerie, comblées par les tremblements de terre successifs qui ont secoué la ville au XVIIIe siècle. Quelques mois plus tard, la galerie renaît de ses cendres, avec un nouveau stock de bougies.
Moshe Chaïm, triste d’avoir perdu ses œuvres favorites, se remet alors au travail et en crée de nouvelles, encore plus élaborées. Il affirme que son talent a mûri depuis ses débuts. Il travaille actuellement sur un nouveau Shimshon (Samson) faisant trembler les colonnes du Temple. Selon la tradition, Shimshon avait sept magnifiques boucles de cheveux. Celui-ci a tout l’air d’un vrai rasta des plus sauvages !
Située dans la vieille ville de Tsfat, à côté de la synagogue du Ari Ashkenazi, Safed Candles s’enorgueillit, à juste titre, de son travail artisanal, à base de matériaux respectueux de l’environnement.



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