Mort d’Alain Mimoun, vétéran et coureur de fond invétéré

La légende de l’athlétisme français Alain Mimoun, champion olympique du marathon de Melbourne en 1956, est mort le 28 juin à 92 ans.

By YOHAV OREMIATZKI
July 4, 2013 12:11
2 minute read.
L'ancien champion français d'athlétisme lors du relai de la flamme olympique en 2004

P22 JFR 370. (photo credit: Reuters)

Il semblait inusable. À 90 ans, on pouvait encore voir Alain Mimoun faire son heure de jogging quasi quotidienne au bois de Vincennes. Son fait d’armes le plus célèbre reste sa victoire aux Jeux olympiques de Melbourne en 1956. Il y réussit l’exploit de détrôner son ami et rival, la « locomotive tchèque » Emil Zátopek, au cours d’un calvaire de quarante-deux kilomètres, sous une chaleur de plomb. Son sens du sacrifice militaire lui sert sans doute ce jour-là. La forme moyennement olympique d’un Zátopek sur le déclin depuis 1952 y est peut-être aussi pour quelque chose.

Ali Mimoun Ould Kacha, dit Alain Mimoun, voit le jour la même année que la Fédération française d’athlétisme (FFA), le 1er janvier 1921, en Algérie, à El-Telagh, dans l’ancienne Oranie. Il est l’aîné d’une fratrie de sept enfants dont les parents sont de modestes agriculteurs. « Il avait un désir de revanche venant du refus d’une bourse d’études », se souvient Marc Ventouillac, journaliste à L’Equipe.

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Le jeune homme découvre tardivement la course à pied, lors de son service militaire effectué chez les tirailleurs algériens. Vétéran, Mimoun l’était non seulement en sport, mais aussi à la guerre. Il passe la majeure partie de la seconde guerre mondiale sur le front.

D’abord envoyé à la frontière belge, il se met sérieusement au sport après la débâcle en France, puis à son retour à Alger. Après avoir combattu l’Afrika Corps lors de la campagne de Tunisie (novembre 1942-mai 1943), il participe à la campagne d’Italie. Grièvement blessé par des éclats d’obus à la célèbre bataille de Monte Cassino, il évite de justesse l’amputation. Remis sur pied, il est finalement mobilisé pour le débarquement de Provence le 15 août 1944. « A Monte Cassino, j’ai failli perdre une jambe après sept ans de guerre. Plus tard, ma médaille olympique je l’ai gagnée comme on gagne la plus belle fille du monde », raconte fièrement l’ancien combattant à l’AFP en 2010.

Forrest Gump 


« Sa victoire en 1956 c’était un grand cocorico », commente Ventouillac, « il y avait l’effet de surprise, car c’était son premier marathon. Il a pris une dimension à la Poulidor ». « Légende », c’est le mot qui revient le plus souvent concernant ce multimédaillé. Une biographie héroïque entretenue d’un côté par la longévité du personnage (en 1966, il remporte son dernier titre national à 45 ans !), de l’autre par un palmarès parlant de lui-même : quatre fois médaillé olympique d’athlétisme, 85 sélections, 32 fois champion de France… « Il n’y a que de Gaulle qui me batte », plaisantait Mimoun, à moitié sérieux.

Mais surtout, une légende alimentée par un patriotisme à la fois charnel et quasi mystique. Comme si Alain Mimoun n’avait pas établi de hiérarchie entre courir pour la France et se battre pour elle. Le 13 janvier 2011, « L’athlète tricolore le plus titré de tous les temps » prononce un discours au ministère des Sports lors de l’inauguration d’une salle en son honneur : « J’ai donné mon sang pour la France et j’ai arraché quatre médailles pour elle. […] Pour moi, la France a quelque chose de sacré, comme une atmosphère de sainteté ».

Et puis évoquer Alain Mimoun, c’est aussi parler d’une époque où l’on pouvait être champion olympique et « ne pas manger à [sa] faim ». « L’athlétisme avait beau être amateur, le sport lui a quand même permis de se maintenir socialement », tempère Ventouillac. Le lendemain de sa victoire à Melbourne, celui qui sera plus tard décoré Chevalier, Officier, Commandeur et Grand Officier de la Légion d’honneur n’en est pas moins retourné à son job de garçon de café au Racing club de France.
Et il trouvait ça normal.





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