On oublie le vieux, et on innove

Une passionnante programmation européenne élargit cette année l’horizon du festival

By HELEN KAYE
May 13, 2015 15:03
4 minute read.
La compagnie Trisha Brown sur scène

La compagnie Trisha Brown sur scène. (photo credit: DR)

 
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Le Festival d’Israël dit adieu aux conventions. Car comme le dit le nouveau directeur artistique Itzik Juli : « La scène commence à prendre vie quand elle se libère des attentes précédentes et parvient à nous secouer, nous, le public, pour nous faire penser différemment. »
Sur scène, des artistes venus notamment de France, d’Allemagne, de Finlande, de Roumanie ou de République tchèque. En tout 12 nations s’appliquent à fixer de nouvelles frontières, à transcender les limites et à les dépasser.

Commençons par le théâtre. La France est à l’honneur. Adaptée par Julien Gosselin à partir du roman controversé de Michel Houellebecq, la pièce Les particules élémentaires a connu un succès considérable l’an dernier à Avignon. Ce travail multidisciplinaire relate les questionnements psycho-sexuels de toute une génération via les aventures de deux frères abandonnés par leur mère. Michel et Bruno sont-ils comme les deux moitiés d’une humanité qui ne parvient pas à réconcilier ses aspirations contradictoires ? Le spectacle dure quatre heures, avec un entracte.
Romeo Castellucci a reconfiguré le YMCA pour son Julius Caesar, Spare Parts [pièces de rechange]. Une création qu’il qualifie d’ingérence dans la pièce de Shakespeare. Les comédiens se démènent avec vigueur à la fois pour « réévaluer le texte », comme dit Castellucci, et supprimer les obstacles qui se dressent sur leur chemin. Castellucci, né en 1960 en Italie, est un metteur en scène d’avant-garde très respecté, dramaturge, créateur et artiste. C’est la première fois qu’il présente un spectacle au Festival d’Israël. Le spectacle est en italien, sous-titré en hébreu.

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On reste en Europe, direction l’Allemagne. Le collectif She She Pop’s reprend le célèbre Sacre du Printemps de Stravinsky. Dans le contexte du théâtre post-dramatique, la troupe se concentre non sur l’intrigue en tant que telle, mais sur le contexte. Pas d’objectif de « mise en scène » du texte, mais une variation libre sur les questions qu’il soulève. Les artistes sur scène et leurs vraies mères (en vidéo) fouillent l’identité, explorent le fossé entre les générations et les relations mères-filles.
Le bon théâtre pose des questions difficiles et le jeune metteur en scène israélien Eyal Weiser, lauréat du prix Rosenblum, en pose d’extrêmement délicates dans How is the Beast, où trois artistes fictifs venus de Pologne, d’Allemagne et d’Israël se rencontrent à Berlin durant l’opération Bordure protectrice de l’été dernier. Leurs réponses fictionnelles à un article actuel et critique constituent la teneur de la pièce.
Autre combat, autres temps : dans LysistrataX, la metteuse en scène Emmanuela Amichai transporte la pièce satirique d’Aristophane sur la guerre dans le futur par la danse, le théâtre et la vidéo, tandis que, du théâtre Khan, vient Kineret Kineret, tiré de la pièce écrite par Nathan Alterman en 1912 qui se demande, par la voix de jeunes sionistes idéalistes : « D’où sommes-nous venus, et où allons-nous ? » Comme l’an dernier, le festival accueille Center Stage, le festival de monodrame qui présente dix pièces.
Et n’oublions pas les enfants ! Trois spectacles à ne pas rater dont Bear In Mind, une comédie musicale inspirée du conte Boucle d’Or et les trois ours, et Le Carnaval des animaux de Saint-Saens, par Barbara Latalova et compagnie, théâtre dansé qui fait participer les enfants.

Alors on danse


Côté danse, Self Unfinished, habile solo interprété par le danseur et chorégraphe français Xavier Le Roy, interroge sur la singularité de l’être. Quelles situations peuvent transformer le corps humain ? Est-il capable de devenir autre : machine, animal, étrange objet non identifié ? Le chorégraphe explore les limites d’un corps en perpétuelle mutation, et nous entraîne sur des voies méconnues.
Dans une très poétique installation de cordes, telle une immense toile d’araignée, se débat le danseur canadien Benoît Lachambre. Snakeskins, ce sont les peaux de serpent. Celles laissées derrière, celles repoussées sur les os… Lachambre se livre à l’exercice délicat de transformations répétées, explore le changement, les mues et le mouvement. Le spectacle a remporté le Grand Prix de la danse de Montréal en 2013.
La Compagnie Trisha Brown propose deux créations : la première met en scène trois pièces iconiques de la danseuse et chorégraphe américaine, dont Set and Reset. L’autre, In Plain Site, est un hommage à cette pionnière de la danse postmoderne pour le Musée d’Israël.
I-On et X-On d’Ivo Dimchev sont le fruit d’une collaboration avec le sculpteur iconoclaste Franz West, qui a débuté en 2010. L’art transcende les musées, tel est l’axiome de leur projet commun. Dans I-On, Dimchev, seul dans un musée, tente de comprendre l’art abstrait et plonge par la même occasion au plus profond de lui-même. Dans X-On, des touristes sont invités à interagir avec des sculptures. Un résultat déroutant…
Enfin le spectacle Vertigo, toujours innovant, revient au festival avec une version très contemporaine de Parades and Changes. La chorégraphie d’Anna Halprin compare la danse à la vie quotidienne. Un spectacle censuré lors de sa première présentation il y a 50 ans. 

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