Petites misères

Elle est allemande et mère. Parce que son père est impliqué dans la tentative d’assassinat du Führer, elle sera privée de ses 2 garçons. De là à en faire une héroïne…

By ROBERT SPIRA
April 9, 2013 14:52
3 minute read.
Les jours sombres

JFR 24 521. (photo credit: Dr)

 
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J’ai beaucoup de mal à lire tout ouvrage relatant l’Allemagne antinazie, idem pour les témoignages de ceux qui se découvrent, 70 ans après les événements, antinazis. Je ne nie pas que le phénomène ait bien existé. Je regrette juste que ses membres aient été trop peu nombreux, et, qu’à cause d’eux, on réhabilite le peuple allemand dans son ensemble.

Certes, ces antinazis, même très peu nombreux ont existé… Mais contre qui ? Contre Hitler ! Ces combattants de l’ombre, pour la plupart d’anciens communistes – comme en France d’ailleurs – luttaient contre l’Allemagne nazie, contre Vichy, contre la milice. Mais sur 77 convois de Juifs déportés de France pour les camps de la mort, 77 convois sont bien arrivés aux mains des bourreaux nazis. Pourtant, la SNCF pouvait s’enorgueillir d’une grande majorité de cheminots communistes et résistants, l’exemple du courage de la France.

Car aucun de ces antinazis n’était intéressé, aucun ne se battait, ne s’opposait pour ce qui restera pour moi l’essentiel de cette terrible période, l’assassinat de 6 millions de Juifs.

A croire que le problème juif ne faisait pas partie de leurs préoccupations, c’est tout juste si même après la guerre on en parlera.

Alors le match est inégal. D’un côté les petites misères de notre auteure Fey Von Hassell (en comparaison de ceux qui seront déportés, emprisonnés, assassinés dans les camps d’extermination), que les SS vont arrêter (en voiture particulière) et effectivement emprisonner. Pour la simple raison qu’elle est la fille d’un antinazi, qui deviendra tout de même, par la suite, ambassadeur de cette Allemagne nazie en Italie.

Le père de notre héroïne, l’ambassadeur Ulrich Von Hassell est impliqué dans l’attentat du 20 juillet 1944 contre le Führer.

Suite à un procès truqué, il sera jugé et condamné à être pendu, en septembre 1944.

Et Hitler va donner l’ordre d’éliminer tous les « conspirateurs » de l’attentat, mais également « ceux qui étaient unis par les liens du sang ».

Voilà la seule raison pour laquelle notre héroïne, l’auteure de Les Jours sombres, va être arrêtée et, comble de malheur, séparée de ses deux beaux petits garçons (2 ans et 5 ans).

Rassurez-vous, ces deux enfants ne sont pas juifs, ils ne périrent pas dans les chambres à gaz, ou dans des fosses communes, ne furent pas dévorés par des chiens devant leur maman, ou jetés dans des flammes vives comme l’ont été un million et demi d’enfants juifs. Non, heureusement pour elle, aidée de sa maman, notre héroïne antinazie va retrouver un an plus tard ses deux enfants dans un orphelinat en Autriche, en novembre 1945. C’est la maman de notre héroïne qui « trouve enfin » ces deux petits enfants. Description des retrouvailles : « Ce fut un moment merveilleux, dit ma mère en nous souriant tendrement. Ils étaient si beaux, avec leurs chemises blanches, leurs culottes bleu marine et leurs sandales de cuir. Leurs petits visages reflétaient à la fois l’émotion et la confiance. Le plus âgé des deux, avec son regard perçant, ses cheveux blonds et sa face carrée, avait un tel air de famille qu’on ne pouvait se méprendre sur son ascendance. » Voilà, tout est dit.

Nous avons connu les Allemands muets devant le nazisme. Combien de nazis ont retrouvé des postes importants dans l’Allemagne d’aprèsguerre ? Ce sont bien des millions d’Allemands, d’Autrichiens, la très grande majorité d’entre eux, qui ont élu à la tête de leur pays un tel personnage, qui n’a jamais caché ses intentions, « de se débarrasser des Juifs ».

Alors oui, certains se sont opposés aux desseins du dictateur, timidement, faiblement.

Oui, certains, comme Fey Von Hassell, en ont subi les conséquences. A ce titre, l’ouvrage mérite notre attention et notre crédit. On peut d’ailleurs souligner l’émotion qui s’en dégage. Je regrette juste que cette histoire d’antinazi soit arrivée un peu tard.

Après le 20 juillet 1944. En lisant ce récit, j’avais l’impression de marcher au coeur de la Forêt noire, un beau matin d’automne, mais malheureusement, avec des gravillons dans mes chaussures…

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