Quand le conte de fées tourne au cauchemar

Les histoires d’amour finissent mal… en général… Sophie Cohen est bien placée pour le savoir. Cette avocate francophone spécialiste des questions de divorce a décortiqué la pathologie de certains conjoints.

By AGNÈS LICHTEN
January 21, 2013 13:48
Livre

2301JFR24 521. (photo credit: DR)

 
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I ls se marièrent et ils vécurent heureux. C’est ainsi que se terminent nombre de contes de fées pour enfants.
Oui mais voilà, la réalité est bien souvent toute autre.

C’est ce qu’a pu constater Maître Sophie Cohen, avocate au barreau de Jérusalem depuis une vingtaine d’années.
Cette francophone d’origine a choisi de se spécialiser dans les affaires familiales, en particulier dans les questions de divorce. Si, explique-t-elle, la séparation se passe parfois très bien et résulte d’une entente mutuelle, basée sur un compromis décidé entre deux adultes responsables, le divorce conflictuel s’illustre, dans la majorité des cas, par toute une panoplie de comportements extrêmes, déviants et destructeurs.

« On assiste à une volonté de harceler le partenaire par le biais des procédures judiciaires, de ne pas lui payer ce qui lui revient de droit, comme la pension alimentaire, de ne pas partager le fruit d’un travail en commun… », Détaille-t-elle.

Bref, une guerre sans fin. Le lot réservé à nombre de couples qui se séparent. Mais pour Sophie Cohen, il s’agit là d’un mécanisme de fonctionnement particulièrement complexe qui exprime la volonté de détruire l’autre, de s’approprier ce qui lui appartient.

Un constat auquel elle est parvenue au terme d’années de pratique professionnelle et d’expérience personnelle, et décrit dans un ouvrage qu’elle vient de publier, intitulé : Le conjoint prédateur ou le guide juridique de la survie conjugale.

Au départ, un prédateur, victime de parents toxiques, qui reproduit les schémas connus de l’enfance. En face, sa victime, une proie facile, qu’il choisit non par amour, mais par intérêt.

Une fois l’union scellée et la toile du piège tissée, le bourreau se révèle et laisse percer sa véritable personnalité : celle d’un être tyrannique, qui, à force de dénigrement et d’humiliation, s’emploie à asservir l’autre, à porter atteinte à son identité.

Dr Jekyll et Mr Hyde 

Avocate de formation, l’auteure a émaillé son ouvrage de citations de psychologues de premier plan et de références de spécialistes internationaux en matière d’aliénation parentale et de comportements déviants. Au terme de pervers, elle préfère celui de prédateur « qui s’approprie les énergies vitales de l’autre, pour se recharger, lui. Un processus d’instrumentalisation, long et complexe, que l’esprit humain n’est pas préparé à comprendre, incapable d’imaginer que l’être aimé va rendre le bien pour le mal. Et pourtant, c’est ce que démontre Sophie Cohen dans son ouvrage, grâce à de nombreux exemples de cas vécus.

Ces princes – ou princesses, car la pathologie se décline pour les deux sexes – charmants des premiers instants sont bel et bien capables du pire. La mutation de l’ange au démon se fera en douceur, de façon insidieuse.

« Ce sont des personnes issues de tous les milieux socioéconomiques », pointe l’avocate, « des caméléons sans véritable identité propre, donc dotés d’une grande capacité de mimétisme, prêts à tromper tout le monde ».

Le prédateur est brillant. Sa stratégie est simple, mais efficace : d’abord se montrer comme le héros venu sur son grand cheval blanc à la rescousse du faible en détresse – une personne récemment divorcée, en difficulté financière, en proie à des échecs personnels ou professionnels. Puis le piège se referme : de la séduction à la prédation, analyse l’auteur, en passant par la mise en état de dépendance.

Et si la victime n’ose parler, par respect d’elle-même, le prédateur – qui aura aussi séduit l’entourage – n’aura aucun problème à mentir, salir son partenaire. « Il n’aura aucun état d’âme à mettre l’autre dans une situation financière difficile ou à manipuler les enfants quand il y en a (syndrome d’aliénation parentale) », précise Sophie Cohen.

A l’instar du syndrome des enfants battus qui battent à leur tour devenus adultes, le prédateur est généralement la victime d’un ou de ses parents, privé d’amour, élevé dans l’hypocrisie et le mensonge. Il n’aura de cesse que de reproduire les schémas déviants reçus depuis son plus jeune âge par « des parents égoïstes qui utilisent leurs enfants pour leurs besoins propres ». Des parents toxiques comme les décrit l’auteure, qui exercent une manipulation psychologique dont l’enfant aura du mal à sortir. « C’est très dur pour un enfant de se dire que son parent lui fait du mal.

C’est une idée à laquelle on ne nous prépare pas. » Car dans nos sociétés judéo-chrétiennes, la notion de parent est taboue, explique l’auteure. « La mère est un personnage sacré, elle est forcément bonne. On nous abreuve de la notion d’instinct maternel. Mais il existe des mères nocives pour leur enfant, et des pères aussi ».

Même la relation avec la belle-mère « envahissante » n’est pas un mythe, poursuit-elle, « ce sont des mères qui ont fait un enfant pour elles-mêmes, par égoïsme, et qui n’acceptent pas qu’il les quitte. D’ailleurs, pour le Shalom Bait (paix des ménages), on apprend aux jeunes couples à savoir fixer les limites avec leurs parents. » 

Justice et psychologie 

Pour Maître Cohen, qui a fait du droit son sacerdoce, la machine judiciaire manque de psychologie. « La psychologie et le juridique devraient être indissociables dans les dossiers de divorce », estime-t-elle. D’abord pour protéger les victimes, car quand cette dernière veut divorcer, le prédateur devient violent.

En clair, pour l’avocate, il faut déjà reconnaître que ce processus est grave, pour ensuite le faire comprendre aux professionnels de la justice.

« On commence désormais à prendre juridiquement en compte le harcèlement moral, mais cela reste toujours compliqué de stopper le prédateur, de prouver qu’il était posté devant le lieu de travail de sa victime ou devant chez elle. Ce sont des actes anodins, mais ils s’inscrivent dans ce mécanisme qui va miner la vie de l’autre, le détruire ».

En clair, pour l’auteure, il faut déjà reconnaître que ce processus est grave, pour ensuite le faire comprendre aux professionnels de la justice. « La justice se base sur des preuves matérielles, des témoignages, alors que le processus de prédation est difficile à justifier ». Sophie Cohen pointe alors du doigt certaines lacunes des législations : « Ainsi la loi ne reconnaît pas le vol entre époux. En matière de partage des dettes, il est difficile de prouver la notion d’abus du partenaire en vue de le dépouiller. Le système judiciaire n’est pas adapté. » Mais comment alors s’attaquer à cette imposante machine qu’est la justice ? Quelles sont les clés pour réformer les rouages de cette institution et faire bouger les juges ? Il faut certes repenser la formation des professionnels de la justice, estime maître Cohen, mais il faut aussi que le grand public soit conscient des risques et des dangers du processus de prédation. « Si on accepte cette réalité, on pourra aider les vraies victimes et changer le système de l’intérieur. Car s’il n’a plus de proie pour le recharger, l’entretenir financièrement, le prédateur meurt alors de lui-même. » Tel est donc le but de son livre : éveiller les consciences à des mécanismes difficilement imaginables, auxquels la société n’est pas préparée et proposer des solutions. Pour l’heure, celle qui a passé des journées entières à aider et soutenir ses clients, a décidé de mettre sa carrière d’avocate sur pause, pour se consacrer à la diffusion de son ouvrage. Dans l’espoir de voir le système changer, et ne plus avoir à se battre contre des moulins à vent.

« Il fallait que je publie ce livre », explique-t-elle, « c’était une nécessité ». Ou, comme l’explique le Rav Yehouda Ben Ichay dans la préface de la réédition sortie début janvier, après un premier tirage épuisé, il s’agit « à présent de déceler des comportements maladifs qui semblaient auparavant tenir du sort et du hasard ». Faire en sorte que la loi du plus fort progresse vers la loi du plus juste.

Bien sûr, nulle question ici de roman ou de style littéraire. Il s’agit bel et bien d’un guide juridique, mais à destination de tous publics. L’auteur a fait le choix d’articuler son propos de manière pédagogique et de décortiquer point par point un processus complexe, qu’elle a judicieusement illustré d’histoires vraies, rencontrées dans son quotidien d’avocate.

Elle ponctue son propos par une liste de conseils à l’attention des célibataires, jeunes mariés ou victimes avérées. Son credo : un appel à la vigilance. Et sa maxime : se méfier des gens trop parfaits.

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