Qui êtes-vous Max Boublil ?

L’humoriste qui a débuté sur Internet prend aujourd’hui son envol. Et négocie son virage vers la scène adulte, entre provocations et maturité.

By MYRIAM KALFON
August 27, 2013 15:42
Max Boublil, sketches en chansons.

P22 JFR 370. (photo credit: DR)


« Je suis un sale gosse », prévient-il d’emblée. Retard désinvolte, mèche matinale, vocabulaire… Max Boublil semble en effet cultiver l’image de l’adolescence tardive. Il était à Tel-Aviv le 15 août dernier pour jouer devant les Français d’Israël, invité par Lollyprod. De retour dans l’Hexagone, il jouera à la rentrée les dernières dates de sa tournée One man/woman show, avant de se lancer dans l’écriture du prochain spectacle. Qui sera « plus mature », a-t-il décidé.

Le passage à l’âge adulte, Boublil en est justement là. Tel était le sujet de son premier succès cinématographique, Gamins, sorti en France en avril dernier. Il coécrit le scénario avec son acolyte Anthony Marciano, qui signe la réalisation. Ensemble, ils embarquent Alain Chabat et Sandrine Kiberlain dans une comédie loufoque sur la crise de la cinquantaine, la peur masculine de l’engagement et du train-train.

La presse est partagée : d’aucuns crient à la meilleure comédie française des dernières années, d’autres à la vulgarité. De l’avis général, voir Alain Chabat retomber en enfance est plutôt jouissif. Le public, lui, en profite. Le film achève son exploitation en salles avec 1 607 301 entrées. La référence à Judd Apatow (géant de la comédie ado américaine drôle et vulgaire) est lâchée. « Les références, c’est parce qu’on se la pète », tacle Boulbil. Le comique précise néanmoins qu’il préfère l’humour transgressif et non consensuel.

Le fils de Gad et Coluche ? 

Tout a commencé avec des chansons sur Internet. Né dans une famille juive tunisienne, les planches l’attirent au point de ne pas retenter le bac, raté à deux points près. En 2007, il a 27 ans et surtout enchaîné petits rôles et spots publicitaires. Il décide alors de créer son propre univers et sort une série de chansons provoc’ et décalées, directement sur YouTube. Son répertoire ? Ce soir… tu vas prendre, J’aime les moches, Chanson raciste… Le buzz fait le reste. Quelques apparitions sur Canal + plus tard, il prend la route avec son premier spectacle Max prend… où il mêle chansons et sketches.

Aujourd’hui, la star d’Internet s’est forgée ses lettres de noblesse. Au point d’être sollicitée par d’autres réalisateurs. Il est du dernier opus de Danièle Thompson, Des gens qui s’embrassent (mars 2013), qui fera un four, et en tête d’affiche d’une comédie, Max le millionnaire, attendue pour janvier prochain.

Un parcours qui n’est pas sans rappeler celui d’un autre humoriste juif… Gad Elmaleh. Il ne nie pas la filiation. « Etre une star d’Internet, c’est comme être chez Ryanair. Tu dis “chérie, dès qu’on a de l’argent, on va chez Air France”. Quand tu vas voir un spectacle de Max Boublil, tu dis “chérie, dès qu’on a de l’argent on va voir Gad Elmaleh” », rigole-t-il sur son dernier show. Ce qui ne l’empêche pas d’attaquer le modèle. « Depuis tout petit, je n’aime pas l’humour trop carré, trop quotidien. Passer deux minutes sur une bouteille de shampoing, ça m’ennuie ».

Chez lui, l’observation du quotidien tombe rapidement dans le trash et sous la ceinture « C’est quand le type va trop loin, qu’on se dit “oh non”, que ça me fait rire ». Un modèle transgressif qui n’en cache pas moins une intelligence aiguë et un sens de l’autodérision fort à propos. D’ailleurs, si ses parents apprécient, ils aimeraient qu’« il aille plus loin ».

D’autres références ? Dans sa génération, il cite Gaspard Proust, chroniqueur chez Thierry Ardisson. Et pour les modèles, évoque Woody Allen. « J’aime l’humour cynique, désabusé. J’aime ce côté, “tout est perdu, donc on en rit” ». Un humour typiquement juif ? « Non, parce que j’aime aussi Coluche, qui manie l’humour juif sans l’être ».

C’est ainsi qu’avance Max Boublil, tout en louvoiements. Qu’on cherche une affirmation tranchée dans ses propos, et il botte en touche. « Je n’aime pas faire une généralité d’un cas particulier parce qu’on tombe dans les banalités. Et dire la même chose que tout le monde, ça ne m’intéresse pas ». Un leitmotiv qui reviendra souvent au cours de l’interview, comme une résurgence adolescente, un besoin de ruer dans les brancards et de ne surtout pas se laisser enfermer dans une case.

Paradoxe de celui qui veut « aller plus loin », mais pas qu’on le prenne au sérieux. « Il n’y a rien de pire qu’un artiste qui s’engage sur un sujet qui le dépasse. Quand j’en vois certains à la télé, j’ai envie de leur mettre des claques. C’est facile de jouer sur l’émotion et de pousser un coup de gueule, mais on n’est pas plus intelligents que les experts ». Sa chanson raciste ? « Je voulais faire une grosse blague. Il ne faut pas aller chercher plus loin. Moi, je suis juste un sale gosse qui essaye de faire rire en faisant des pieds de nez aux gens ». Sa position d’humoriste juif ? « On ne me pose pas ce type de questions. Je suis déjà dans la bêtise et la provocation, je ne suis pas en position d’être un porte-parole ».

Comme le reste, son sentiment identitaire est difficile à saisir. S’il reconnaît qu’Israël a joué un certain rôle dans son éducation (« j’avais un oncle qui m’en parlait souvent »), il répète plusieurs fois qu’il se sent bien en France comme dans l’Etat hébreu et balaye les questions sur l’antisémitisme. « Ce n’est pas quelque chose avec lequel j’ai grandi. J’ai été élevé à Paris, dans le 18e. J’avais des copains juifs et des copains arabes. Le conflit israélo-palestinien était présent, mais ça n’a jamais été un motif de conflit. On se battait pour des Twix, pour les filles, pas pour ça. Ca ne m’empêche pas de voir ce qui se passe, je ne suis pas idiot. Mais je ne vis pas ça au quotidien ».

Reste malgré tout un sentiment particulier pour Israël. « Ça m’a toujours touché que la langue que j’ai apprise pour quelques prières soit la langue nationale ici. Ou que la fête des Cabanes (Souccot), qui à Paris est un truc tout petit, impossible à expliquer à ses amis, soit la norme. Chaque resto a sa cabane… Oui, ça m’a toujours ému ». Un instant, l’ironie semble avoir disparu de son regard vert. Au point de passer quelques mois dans un kibboutz dans sa jeunesse ? « J’aurais pu. Mais je ne suis pas assez courageux », sourit-il en coin, de nouveau plus narquois. Avant de hausser les épaules en s’entendant dire que l’aplomb n’est pas étranger à son parcours.

Pour son prochain spectacle, il a envie de rire du système scolaire. « Les choix de carrière que l’on fait à 17 ans, les voies de garage en fonction du milieu social… ». Il n’ira pas jusqu’à déclarer le système trop rigide. Non, car ce serait une banalité. « Mais ce qui est sûr, c’est que la première chose qu’on apprend à un enfant qui ne demande qu’à s’exprimer, c’est de se taire ». Un carcan dont il se débarrasse, petit à petit.



Related Content

February 11, 2018
Les nouveaux « judaïsants »

By DAN HUMMEL