Rendre au cinéma israélien ses lettres de noblesse

La journaliste Hélène Schoumann braque ses projecteurs sur l’industrie cinématographique de l’Etat juif.

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March 5, 2013 15:13
Dictionnaire du cinéma israélien

0603JFR24 521. (photo credit: DR)


Il lui aura fallu six ans de travail pour venir à bout de son Dictionnaire du cinéma israélien. Six ans de visionnages et de rencontres avec ceux qui animent la scène cinématographique de l’Etat juif. Un travail de longue haleine, mais aujourd’hui Hélène Schoumann peut être fière du résultat : un superbe livre joliment maquetté qui vient de paraître aux éditions Cosmopole. Un projet fou pour celle qui voue un culte au septième art, depuis des années.

Enfant, Hélène Schoumann se passionne pour le cinéma américain des années 1950, se prend pour Ava Gardner et rêve de Charlton Heston. Adolescente, elle ne cache pas son amour pour Israël. Mais à l’heure où d’autres, à son âge, se portent bénévoles pour les champs des kibboutzim ou arpentent les rues de la Terre promise, cette jeune fille élevée dans une perspective sioniste se gave de films made in Israël, toutes époques confondues. « Je suis fainéante », reconnaît-elle, « mais je voulais découvrir ce pays. C’était ma façon à moi de pénétrer dans la vie des locaux, d’aller à leur rencontre. Le cinéma israélien m’a permis d’appréhender la société sous un autre jour ».

Au fil des bobines, elle devient une passionnée acharnée, enchaîne les piges pour Tribune juive et les chroniques sur Judaïques FM. Rien d’étonnant alors à ce qu’en 2007, elle se voit confier la présidence du Festival du film israélien en France. Un rôle sur mesure, qui lui permet de tisser une de ses plus belles amitiés, avec Perry Kafri, l’agent des stars de la scène israélienne. Grâce à elle, Hélène Schoumann va s’immerger dans ce monde du septième art, quitter son fauteuil de spectatrice avertie pour rentrer dans la vie de ces acteurs ou réalisateurs, hommes et femmes, à qui elle consacre aujourd’hui ce qu’elle se refuse à décrire comme un simple dictionnaire, ou une encyclopédie, mais comme sa « déclaration d’amour » à ces gens du métier.

Elle insiste aussi sur le sous-titre de son ouvrage : Reflets insolites d’une société, celle-là même qu’elle a découverte, recroquevillée sur les fauteuils du salon familial, à mâchonner des bonbons menthe.

Du noir et blanc au technicolor 


Elle se souvient d’une image, celle d’un homme d’âge mûr, port fier, teint hâlé, chemise ouverte et Maguen David affirmé. Une de ses premières visions d’Israël. Elle a alors 12 ans. Hélène Schoumann, qui a grandi dans une famille marquée par la Shoah, dont une partie a été déportée, avait demandé à visiter Auschwitz. Son grand-père a refusé, pour l’emmener en Israël. Une révélation pour la fillette.

« Je suis soudain passée d’un monde en noir et blanc à une salle en technicolor », raconte l’auteure. « Je recevais de plein fouet une image tellement positive, bien autre chose que ce que j’avais connu dans mon enfance. Et cet homme, qui incarnait pour moi la force et l’épanouissement, je l’ai recherché longtemps dans les films. » Elle ne l’a bien sûr jamais retrouvé. Mais s’est découvert une seconde raison d’être : défendre les couleurs d’un cinéma bleu et blanc qui s’exporte de mieux en mieux ces dernières années, note-t-elle. Le déclic a commencé avec Tu marcheras sur l’eau, d’Eytan Fox, véritable succès des salles obscures européennes avec un record d’entrées et la prestation du ténébreux Lior Ashkenazi devenu, depuis, le chouchou des médias hexagonaux.

« Pour les Français, le cinéma israélien ressemble au cinéma italien des années 1960 », note Schoumann. Et de citer Mariage tardif de Dover Kosashvili, sorti en 2004, « qui met en scène une famille primaire orientale, aux coutumes ancestrales, qui parle fort ». « On pourrait tout à fait s’imaginer en Europe du sud, dans un village retiré où les parents ont leur mot à dire sur le choix de la promise de leur fils ». Une des raisons qui pourrait expliquer l’engouement suscité outre-Méditerranée par les productions de l’Etat juif.

Le religieux est à la mode, explique Hélène Schoumann. Elle mentionne Footnote, de Joseph Cedar, un démêlé entre père et fils sur fond d’histoire du Talmud, qui n’a pas marché en France, mais a tout de même obtenu le prix du meilleur scénario à Cannes. Motif ? « Le film était trop compliqué », rétorque Schoumann, « mais il faut dire aussi que Cedar est quasiment le seul cinéaste de droite ».

Le courage d’un éditeur

Car il est vrai, quand il s’agit d’Israël, le politique s’invite presque automatiquement dans tout projet culturel. « Les distributeurs français sont friands de films forts, certes, mais qui critiquent Israël, alors qu’aux Etats-Unis, l’accueil est bien plus chaleureux. Toutefois, la tendance tend à s’infléchir. On peut voir désormais sur les écrans hexagonaux de véritables comédies dénuées de toute condamnation de la politique de l’Etat juif, comme La Visite de la fanfare d’Eran Kolirin, qui réussit, au final, à faire passer un message de paix extraordinaire. » Ou, plus récemment Fill the void de Rama Burshtein, une plongée tout en gros plan dans le monde des sentiments ultra-orthodoxes, loin de véhiculer le message antireligieux du célèbre Kaddosh, ou de Tu n’aimeras point de Haïm Tabakman qui traitait de l’homosexualité dans le milieu yeshiviste.




Les coups de coeur d’Hélène Schoumann ? Avi Nesher, réalisateur de Matchmaker. Mais aussi Eitan Green, « le Bergman du cinéma israélien, qui s’attache à raconter avec drôlerie et tendresse la vie des gens ordinaires ». Et enfin Joseph Pitchhadze, « l’Antonioni israélien, très nouvelle vague ».

C’est pour eux, mais aussi pour tous les autres, qu’Hélène Schoumann s’est attelée à la rédaction de son Dictionnaire du cinéma. Elle a posé son regard critique sur ces oeuvres qu’elle a toutes visionnées et ses acteurs, réalisateurs, producteurs, qu’elle a tous rencontrés. Un texte sensible, subjectif, qui présente son point de vue personnel du cinéma. L’auteure rend d’ailleurs hommage à son éditeur « qui a eu le courage de faire ce que personne n’avait fait avant lui en France ».

Préfacé par Jérôme Clément, l’ouvrage d’Hélène Schoumann met en lumière les créations d’une industrie en plein bouillonnement et qui méritait bien qu’on lui déroule le tapis rouge. Pour les amateurs ou les passionnés.


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