Savoir à quoi on appartient

Dans le cadre du Festival du film français en Israël, le public a pu découvrir le premier film d’Elie Wajeman, Alyah. Rencontre.

By MARIE-SARAH SEEBERGER
March 19, 2013 14:21
3 minute read.
Alyah

JFR22 521. (photo credit: Dr)

 
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Elie Wajeman n’en est pas à sa première visite en Israël. Il y est venu jeune, puis moins jeune, et prend plaisir à s’y rendre de temps à autre. Mais ça s’arrête là. Y vivre ? Il n’y a jamais pensé et n’en a ni l’envie, ni le besoin. Pourtant, il a choisi d’appeler son premier long-métrage Alyah. Mais il ne faut pas s’y méprendre, le film ne parle pas tant d’une arrivée et d’une intégration que d’un départ et d’un déracinement. C’est ce qu’a voulu traiter Elie Wajeman : partir avant d’arriver. « J’ai voulu montrer le préambule de l’Alyah d’Alex – le personnage principal. J’ai eu envie de montrer ce qui l’attache à son pays et ce qui l’attire en Israël », confie Elie Wajeman.

Diplômé de la Fémis, fameuse école de cinéma, après avoir étudié un temps le théâtre, il avoue avoir mis un certain temps pour écrire, puis réaliser ce film. Il a fallu trouver le bon casting, la bonne équipe, cerner le sujet du film.

Il explique le début de son travail : « Il s’agissait davantage d’exploiter l’idée de recommencer sa vie plus que d’établir un rapport direct avec Israël. Je voulais montrer ce pays comme un nouvel eldorado, une nouvelle petite Amérique à conquérir. ».

Alex est un personnage que le réalisateur qualifie lui-même de « vide ». « Il ne sait pas bien qui il est, ce qu’il attend de la vie.
Il déambule dans un Paris peu chaleureux, s’embarrassant d’un frère dépendant de lui.

C’est un jeune homme vide et vidé qui part finalement vers le pays le plus plein. En fait, c’est quelqu’un qui n’a pas de destin et qui veut s’en créer un. » On aurait tendance à penser que l’Alyah se fait majoritairement pour des raisons de convictions religieuses, Elie Wajeman prend le parti de montrer que non, l’Alyah n’a pas forcément de rapport avec la foi : « Il ne part pas avec des idéologies plein la tête. Il part parce qu’un travail l’attend là-bas, c’est tout ! » Le film ne traite pas de politique israélienne ou moyen-orientale et c’est peutêtre sa force : ici, pas de pour ou contre, de généralités sur l’immigration en Terre Promise, mais bien l’histoire d’un homme qui tente de savoir à quoi il appartient. « C’est ça, l’histoire du film : les origines. C’est de savoir à quoi et à qui on appartient. »

« Les Juifs du milieu » 

Elie Wajeman ne voulait pas faire un film sur le sionisme, mais sur l’exil, autre caractéristique propre aux Juifs du monde entier selon lui. « Tous les Juifs sont des exilés, où qu’ils soient. J’ai donc eu envie de traiter l’histoire d’un exilé vers la Terre du retour ! », explique-t-il. Et de poursuivre : « Ce sont ces Juifs “du milieu” qui m’intéressent. Ceux qui se rendent en Israël sans être religieux, ceux qui partent, plus qu’ils ne veulent vraiment arriver. » Pour se documenter au mieux, le jeune réalisateur s’est fait passer pour un candidat à l’Alyah. Une expérience qu’il traite avec beaucoup de second degré dans son film : « Je me suis rendu à l’Agence juive de Paris et me suis fait passer pour un candidat à l’Alyah. Je peux vous dire que ce n’est pas évident ! On se rend compte que beaucoup veulent partir pour un travail trouvé là-bas, un procès qui commence en France, des dettes… Ce n’est pas vraiment un appel de la foi ! ». 
N’ayant pas reçu d’éducation sioniste, il dit s’identifier bien davantage aux Juifs apatrides, aux Juifs de la diaspora et qu’il ne se sentirait pas vraiment lui-même en vivant en Israël. « Si j’avais un super plan là-bas, j’y repenserais sans doute, mais je ne partirais pas pour des raisons religieuses ou politiques. » Elie Wajeman, dont le film a été acclamé à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, a reçu un bon accueil en Israël. Un succès prometteur. Pour la suite ? « J’ai un nouveau projet en cours… loin du judaïsme cette fois ! ».


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