Un autre regard sur le cinéma européen

Le festival « Another Look » a permis aux Israéliens de redécouvrir de grands chefs d'oeuvre cinématographiques

By ABRAHAM COOPER
February 7, 2014 11:10
3 minute read.
Rome, ville ouverte

P22 JFR 150. (photo credit: Wikimedia Commons)

Le festival « Another Look » est devenu, avec sa deuxième édition mi-janvier 2014, le nouveau rendez-vous annuel des Israéliens cinéphiles. Le projet part à la recherche de chefs-d’œuvre cinématographiques européens pour les sortir de l’oubli et réparer les méfaits du temps. Grâce à la collaboration de treize ambassades de l’Union européenne et plusieurs institutions culturelles israéliennes, le festival propose une sélection unique de films européens restaurés pour l’occasion.
Le programme est conçu comme un collage juxtaposant différentes esthétiques et points de vue pour présenter une fresque de la culture et des identités européennes.
Olivier Tournaud, attaché audiovisuel de l’ambassade de France à Tel-Aviv, a insisté sur ce point : le festival cherche à donner une image de « l’unité européenne, d’une histoire et d’une culture communes, à travers des exemples variés et riches ».
« Même si les films font référence à des événements passés », dit Tal Arditty, une directrice de la programmation du festival, « ils mettent en lumière des tensions européennes qui sont toujours d’actualité ».
« Les films sont aussi pertinents en Israël », ajoute-t-elle, « car ils font réfléchir sur les évolutions qu’a connu l’Europe. La guerre, l’oppression, les régimes extrémistes, ou encore les stéréotypes culturels ».

Crises d’antan

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Les films ont été sélectionnés selon deux thèmes antagonistes, qui cherchent l’un comme l’autre à offrir des réponses possibles face à des situations de crise.
Les films de la catégorie « Confrontation au Réel » s’attaquent sans compromission aux aspects les plus brutaux de la réalité : la guerre, la pauvreté, ou l’isolement social. De nombreux réalisateurs, depuis Orson Welles jusqu’à Ken Loach, ont tenté d’affronter, à travers leurs films, les crises sociales, politiques ou historiques à travers leurs films.
Rome, ville ouverte, de Roberto Rosselini, est l’un de ces films. Tourné en 1945 pendant les dernières semaines de l’occupation nazie, dans une Rome ravagée et encore fumante, le film a été réalisé presque sans aucun budget. Ce ne sont pas des acteurs qui y figurent, mais de vrais individus. A l’arrière-plan, ce ne sont pas des décors en carton-pâte qui apparaissent, mais des rues authentiques et dévastées. Avec Rome, ville ouverte, Rosselini n’a pas seulement créé un film symbolique, mais également un mouvement artistique, le « Néoréalisme ».
L’autre regard proposé par le festival s’attaque aux mêmes problèmes, mais, comme son nom l’indique, avec « un brin de fantaisie ». On a pu dire des films proposés qu’ils se contentaient d’éviter la brutalité de la vie. S’ils évitent la confrontation directe, ils tentent en revanche d’aborder ces problèmes à travers le prisme du conte, du film d’horreur ou de la comédie.
De manière détournée, les films d’horreur peuvent transposer les peurs sociales dans un autre registre et fonctionnent de manière cathartique sur le public. Le chef-d’œuvre de Robert Wiene, Les Mains d’Orlac met en scène un pianiste talentueux qui, après avoir perdu ses mains dans un terrible accident, s’en fait greffer une nouvelle paire. Il réalise vite que ces nouvelles mains appartenaient avant à un assassin condamné à mort. Peu s’en faut pour qu’il cède à la paranoïa : et si le meurtrier, grâce à ses anciennes mains, prenait peu à peu le contrôle de son corps et de son esprit ? Les Mains d’Orlac exploite de manière majestueuse l’expressionnisme allemand tout en rappelant les corps amputés de la Première Guerre mondiale. Il anticipe, par ailleurs, sur les idées fascistes qui rôdent déjà en 1924, et prendront définitivement le contrôle des esprits une décennie plus tard.
Tournaud a expliqué au Jerusalem Post que le festival était « la première initiative culturelle européenne en Israël qui rassemble le travail de plusieurs cinémathèques nationales européennes, de plusieurs fonds d’archives et d’organisations israéliennes ».
L’initiative a été lancée par l’ambassade de France et l’Institut français en Israël et rassemble de nombreux partenaires israéliens et européens. Le nombre d’instituts culturels et fondations impliqués dans le projet présente un bel exemple de coopération européenne. Du côté israélien, des organisations comme les Archives du Film israélien, le fonds du Film juif Steven Spielberg, ou encore le Centre visuel de Yad Vashem ont participé au festival. 


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