Un bar gay au coeur de la ville

Ils ont pris leurs quartiers dans l’un des lieux les plus chauds de Jérusalem : les travestis et leur spectacle coloré attirent aussi bien religieux que laïcs.

By JEFF MOSCOWITZ
October 23, 2012 14:58
Un bar gay

2410JFR 521. (photo credit: DR)

 
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Deux hommes sont accoudés à un bar bondé, à un jet de pierre de la Vieille Ville de Jérusalem. Ils portent des vêtements de femme, se déhanchent comme des participants à l’Eurovision et tentent de convaincre les touristes ou Hiérosolomytains bien mis et quelque peu guindés de lâcher leurs cheveux.

Au coeur de la Ville sainte, il ne s’agit de rien d’autre que du seul bastion de la culture gay. Du mardi au dimanche, Jérusalem est peut-être la ville la plus hétérosexuelle du monde, mais le lundi soir, avec Gevald !, elle prend des formes.

Jérusalem a toujours servi de terrain propice à la pratique religieuse rigoureuse, en comparaison avec Tel-Aviv l’hédoniste, l’amoureuse de l’amusement et des fêtes. Dans un récent sondage, la Ville blanche était plébiscitée par une écrasante majorité comme une destination de choix pour les voyages gays. Et enregistre un boum du tourisme homosexuel.

Mais à Jérusalem, la culture gay est loin de susciter le même intérêt.

La capitale d’Israël a connu sa part d’incidents homophobes : agression au couteau lors de la parade de la Gay Pride en 2005, émeutes antigays dans le quartier ultra-orthodoxe de Mea Shearim, et élu local qualifiant l’homosexualité de peste “aussi toxique que la grippe aviaire”. Un cocktail Molotov a même été lancé au 4 rue Shushan, un bar du centre-ville où Gevald ! a débuté.

Cependant les citoyens gays ici, dans toutes leurs variétés, sont davantage visibles qu’auparavant.

Le révolutionnaire du travestissement Gil Naveh, ou plutôt Gallina Portesbras, son nom de scène, a lancé un spectacle de drag-queens une fois par semaine au Mikveh, voilà sept ans. A cette époque, le bar n’était nommé que par sa situation géographique, le Shushan 4. Mais même avant le premier spectacle ou le premier bar gay, il existait déjà une scène travestie à Jérusalem.

Les travestis de Jérusalem opèrent en famille 

Quant à l’âge de 17 ans, Naveh décide qu’il est prêt à faire le show, les drag-queens de la ville l’ont pris sous leur aile pailletée pour devenir ses “mères” travesties.

Naveh était danseur et savait se mettre en scène. Il avait néanmoins besoin de modèles pour apprendre à se maquiller et à s’apprêter et, bien entendu, à marcher perché sur des talons.

Alors qu’il a terminé son service militaire et commencé à se produire sur scène, le bar Shushan 4 ouvre ses portes.

L’occasion pour Naveh de faire son numéro. A l’époque, il s’agit du seul bar gay de la ville. Naveh prend rendez-vous avec les managers pour leur expliquer qu’il souhaite monter son propre spectacle. Il leur demande : “Quelle est votre plus faible soirée de la semaine ?” Le lundi. Tel sera le jour de programmation de Naveh.

Sur scène, le jeune homme s’est créé un personnage qu’il décrit comme “entre la bonne vieille mère juive et la tante lesbienne cool.” Son spectacle a décollé.

Il l’a baptisé Gevald ! (sorte de Oï va Voï, qui exprime la surprise en yiddish, positive ou négative) parce “qu’à l’origine le spectacle traitait du franchissement d’une ligne, parlait de choses que l’on devait taire. Satirique, provocateur, drôle.”

Parfois, Naveh dansait et parlait de manière synchronisée. Distribuait du kugel croustillant ou enseignait des pas de danse aux spectateurs. Les curieux ont commencé à affluer au spectacle du lundi et d’année en année, l’assemblée s’est étoffée. Un numéro plus court le jeudi a été ajouté.

Et finalement, Naveh a confié à “ses soeurs” travesties, Talulah Bonnet et Kiara Duple, les bons soins de la représentation du lundi.

Mais qu’est-ce que Yaron Gal a à faire avec ce bar ? Le numéro des travestis. “A cette époque, une petite communauté se réunissait autour du spectacle. Après la représentation, nous allions dîner, à deux heures du matin. Et j’ai appris à les connaître. Ils représentaient une partie importante de la communauté.”

Aujourd’hui, Gal est responsable de l’établissement, rebaptisé le Mikveh.

Etre religieux et homosexuel 

Le spectacle ne commence pas avant minuit, lorsque les drag-queens sortent de leur placard illuminé, imitation de leur loge, pour un numéro d’ouverture, parées de leurs tenues élaborées et le visage maquillé avec soin pendant une heure.

A mesure que la nuit avance, elles porteront une dizaine de robes et de perruques différentes, assorties à leurs personnages. Cher avec ses cheveux argentés, sa robe bleue et sa cape se prend pour Lady Gaga et Britney Spears. L’une d’elles a un tatouage en forme de licorne sur le biceps gauche. Elles chantent et se trémoussent en hébreu et en anglais, plaisantent sur les histoires d’un soir et font monter les touristes sur scène.

Le spectacle est différent chaque semaine. Les spectateurs représentent un mélange que l’on ne peut trouver qu’à Jérusalem. “Vous avez des Palestiniens et des Juifs orthodoxes, voire ultra-orthodoxes, des hommes, des femmes, des homosexuels, des bisexuels.” La communauté gay tout entière de Jérusalem est représentée. Mais, le plus souvent, on laisse la politique à l’entrée.

Car même si on en parle peu, la capitale compte une population importante d’homosexuels religieux. Des Juifs gays et orthodoxes qui doivent affronter des siècles de pensées talmudiques hostiles et de règlements religieux.

Havrouta est une association qui s’occupe particulièrement des homosexuels religieux, forte d’une centaine de membres. Pour Pourim, une fête est traditionnellement organisée au Mikveh.

Daniel Jonas, président actuel de Havrouta, veut faire comprendre aux gays religieux qu’ils ne sont pas seuls et cherche à leur fournir un endroit sûr pour se sociabiliser.

Parce qu’il représente le visage public de la seule organisation du pays pour les homosexuels religieux, Jonas se voit souvent répondre à des coups de fil nocturnes d’orthodoxes et ultra-orthodoxes, hommes et femmes, déroutés et toujours dans le secret. De rabbins et d’autres membres de la communauté aussi qui doutent de la manière de venir en aide à ces fidèles gays.

Les Hiérosolymitains religieux qui font leur coming-out peuvent subir un véritable retour de bâton : sentiment de ne pas être bienvenu à la synagogue et, dans les cas extrêmes, rupture de tout lien avec leurs familles et amis.

Jonas raconte l’histoire d’un ami gay qui s’est rendu au défilé de la Gay Pride de Jérusalem pour protester. “La première fois qu’il est allé à la Gay Pride de la capitale, c’était en tant qu’extrémiste de droite et pour la contester. Car, pour lui, c’était le seul moyen de s’y rendre sans être reconnu.”

Le public : un mélange de kippot et de gros bras 

Le Mikveh se situe à deux pas de Mea Shearim, l’enclave religieuse dominante de Jérusalem, connue pour certains de ses habitants parmi les plus intransigeants. Pour les gays qui vivent dans de telles communautés, sortir au Mikveh ou à tout événement organisé par Havruta peut se révéler dangereux. Tzachi Mezuman, un ancien membre du conseil et bénévole à la Maison ouverte de Jérusalem, une fédération d’associations gays, explique que peu de Juifs ultra-orthodoxes se joignent à leurs événements, effrayés à l’idée d’être mis à l’écart : “ils appellent, mais généralement, ils n’osent pas venir”.

En plus du soutien aux communautés gays et hétérosexuelles, d’un bureau de conférenciers et d’une clinique contre le SIDA, la Maison ouverte de Jérusalem organise aussi la Gay Pride annuelle de Jérusalem, un événement où les drag-queens du Mikveh jouent un rôle important. Avant son spectacle, Naveh explique que les travestis peuvent servir de moteur pour aider les gays à affronter des environnements hostiles tels que Jérusalem.

Une partie de son travail tient à dispenser des discours inspirateurs. “Il faut inspirer les gens. Ces personnes font face ici à une homophobie inimaginable.

La résistance est également très forte dans le sud des Etats-Unis et dans les villes homophobes du monde entier.”

Puis Naveh entre en scène et chante Shackles de Mary Mary et Free de Ultra Nate, deux chansons pop des années 1990 qui prônent la liberté. La foule, mélange habituel de kippot et de gros bras, en raffole.

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