Un dernier violon pour la route

A 77 ans, Haïm Topol envisage de rendosser le costume de Tévié le laitier, un rôle qui lui est définitivement associé et qu’il a interprété pour la première fois il y a 50 ans.

By ROBERT SLATER
February 26, 2013 14:03
Chaim Topol 521

Chaim Topol 521. (photo credit: Flash90)

 
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I l est l’acteur israélien le plus célèbre, tant dans le pays qu’à l’étranger. Entre autres, pour avoir joué 3 500 fois Tévié le laitier dans « Un violon sur le toit ». A 77 ans, soit 15 ans de plus que son personnage, Haïm Topol envisage d’incarner une fois encore, sur scène, le rôle créé par Sholem Aleichem. Il en avait 30 le jour où il l’a interprété pour la première fois.

Durant trois décennies, Topol s’est produit à Londres et à New York. Il a en outre tenu le premier rôle dans un film hollywoodien. C’est à ce jour le seul comédien israélien à jouir d’une telle renommée internationale.

Il nous reçoit aujourd’hui dans la même maison qu’il habitait il y a cinquante ans – elle avait alors 2 étages et en compte désormais 4. Nous sommes au coeur de Tel-Aviv et c’est la famille de sa femme Galia qui, en 1928, en avait entrepris la construction. Tout de blanc vêtu, il affiche cette expression malicieuse qui a fait la popularité de Tévié. En revanche, sa posture très droite a de quoi surprendre pour qui a l’habitude de le voir avachi, tant lorsqu’il jouait le laitier que Sallah Shabati, rôle qui lui avait valu un Golden Globe, en 1964.

Quand il a du temps libre, Topol dessine et sculpte. Au milieu du salon, est posée une statue représentant Menashe Kadishman, qu’il a l’intention d’offrir au sculpteur israélien.

Ses dessins de Rabin, de Shamir et de Haïm Weizmann sont quant à eux visibles sur Internet.

Un conscrit flatté 

Enfant, Topol rêve de tourner dans des spots publicitaires.
Ses instituteurs voient déjà en lui une graine d’artiste : ils le font jouer dans des pièces montées à l’école et lire des histoires à ses camarades.

A 14 ans, il quitte l’école et se fait embaucher dans l’imprimerie qui publie chaque jour le quotidien Davar, aujourd’hui disparu. Cela ne l’empêche pas de poursuivre sa scolarité à distance en étudiant la nuit. « J’adorais mon travail à l’imprimerie », se souvient-il. « J’adorais les machines. » Il décroche son bac avec un an d’avance et, en attendant l’incorporation dans l’armée, vit au kibboutz Guéva, dans la vallée de Jezréel. Une fois soldat, il fait partie de la célèbre troupe d’animation Nahal, constituée de jeunes écrivains et compositeurs qui deviendront de grands noms de la culture populaire israélienne. Là, il chante, joue la comédie dans tout le pays et rencontre sa future femme, Galia Finkelstein, elle aussi membre de la troupe.

Nommé commandant de la troupe, Topol voit sa popularité atteindre des sommets, au point qu’au terme des 2 ans et demi de service obligatoire, le chef d’état-major de l’époque Moshé Dayan lui demande de rester 6 mois de plus. Topol est flatté.

Il achève son service militaire le 2 octobre 1956 et n’a qu’une idée en tête : retourner au kibboutz pour y créer une imprimerie. Mais le 25 octobre, 2 jours après son mariage, il est remobilisé pour la campagne du Sinaï et consacre sa lune de miel à distraire les soldats dans le désert. Après la guerre, Galia et lui s’installent au kibboutz Mishmar David, dans le centre d’Israël. Topol travaille au garage, sa femme est aux cuisines. Ils ont trois enfants : Omer, Adi et Anat.

Un acteur devenu sérieux 

Topol décide un jour de rassembler ses anciens amis de Nahal pour monter une troupe de théâtre au kibboutz : ils partiront à travers le pays se produire 4 jours par semaine, travailleront 2 journées au kibboutz et se reposeront la septième. C’est ce qu’ils font du début 1957 au milieu des années 1960, remportant un immense succès sans doute dû à leur talent, mais aussi, remarque Topol, au fait que « tous les hommes entre 18 et 50, qui avaient été soldats et accompli leurs périodes de réserve, les connaissaient déjà ».

Topol chante et joue la comédie d’une voix forte. « Si forte », précise malicieusement Galia, qui chantait elle aussi dans la troupe, « que l’on n’entendait pas les autres ! ». « En fait, nous n’étions pas bons », commente Topol avec un sourire, « mais nous faisions beaucoup de bruit ! » Au milieu des années 1960, un terrible accident de voiture coûte la vie à un membre de la troupe, Eliahou Barkaï. Les autres rechignent à poursuivre sans lui et le groupe se disperse.

De 1960 à 1964, Topol fait aussi partie de la troupe de théâtre Batzal Yarok (Oignon vert), spécialisée dans les spectacles satiriques. En 1961, il apparaît dans « I like Mike », de Peter Frye, le premier des 25 films dans lesquels il tournera.

« Après Batzal Yarok, je suis devenu un acteur sérieux », ironise-t-il. Il rejoint en effet le théâtre de Haïfa, où il joue Shakespeare, Ionesco et Brecht. Le théâtre de Haïfa rivalise alors avec ceux de Tel-Aviv et beaucoup de spectateurs effectuent le trajet en bus pour venir voir jouer Topol.

Résolument séfarade 

En 1962, Topol tient le rôle de Benny Sherman dans le film « Eldorado ». En 1963, on lui propose celui de Sallah Shabati, qui va lui valoir un immense succès. Cette satire sociale signée Ephraïm Kishon retrace les difficultés d’intégration d’un immigrant juif oriental en Israël. Un homme de 50 ans, qu’interprétera un Topol de 28 ans à peine. Le jeune comédien connaît le rôle : il l’a déjà joué sous forme de sketches quand il était à l’armée. Cela lui a permis de beaucoup répéter et d’affiner la psychologie du personnage, un avantage qu’ont rarement les acteurs.

Topol connaît donc bien son personnage, mais pour aller encore plus loin, il visite le camp de transit pour immigrants de Ramat Hasharon, près de Tel-Aviv, où l’auteur et lui-même décident de faire de Shabati « un sauvage de 50 ans ».

L’idée de Topol est de ne pas présenter Shabati comme étant spécifiquement yéménite, irakien ou marocain, même si le personnage reste résolument séfarade. « J’ai cherché un langage et un comportement qui font qu’il est irakien pour les Irakiens et yéménite pour les Yéménites. Je voulais qu’il soit un héros pour tous ces gens-là », explique-t-il.

Ephraïm Kishon a prévu d’appeler son personnage Saadia, mais Topol trouve ce prénom « trop yéménite » et suggère « Sallah », nom populaire dans de nombreux pays du Moyen- Orient, et que portait justement un homme rencontré dans le camp de Ramat Hasharon. Topol interprète Shabati comme un personnage sérieux, et non comique. C’est donc avec la plus grande stupéfaction qu’il verra le public rire de bon coeur devant ce portrait qualifié d’hilarant. Jusqu’à ce jour, il est resté en contact avec les enfants du Sallah « original ».

En 1964, Sallah Shabati fait remporter à Topol le Golden Globe Award de nouvelle vedette de l’année, dans la catégorie comédiens, tandis qu’Ephraïm Kishon rafle celui de meilleur réalisateur étranger. Le film est en outre nominé pour l’oscar du meilleur film étranger, mais on lui préférera finalement « Hier, aujourd’hui et demain », de Vittorio de Sica.

Un rôle en or

La première fois qu’il lit le texte de Sholem Aleichem « Un violon sur le toit », Topol n’est pas enthousiaste. Des collègues l’encouragent pourtant à aller voir la pièce à New York en songeant à prendre le rôle de Tévié ; il assiste donc à une r e p r é s e n t a ti o n avec Zero Mostel dans le rôle du laitier.

« Cela ne m’a pas beaucoup plu », se s o u v i e n t- i l , « parce que Zero, tout génial qu’il était, n’était pas assez fidèle au texte. Il jouait un fou furieux. Mais la musique était bonne.

Je me suis dit que ce rôle n’était pas pour moi. » Il assiste néanmoins à la représentation de la pièce en hébreu, avec Shmuel Rodensky en Tévié, et là, il a la révélation : « Quel idiot j’ai été ! », se dit-il. « Je me suis rendu compte que c’était un rôle en or, parce que Rodensky l’interprétait avec sérieux et n’avait pas adopté le ton de la comédie, notamment dans la deuxième partie, qui me fendait le coeur. En fait, Tévié était l’un des meilleurs rôles jamais écrits pour un comédien chanteur. » Quand il l’endosse, il affirme d’ailleurs se relier avec son père et son grand-père, qui ressemblaient beaucoup à Tévié.

Quand Rodensky tombe malade, il accepte de le remplacer et reste à l’affiche de la comédie musicale pendant 10 semaines.

Et puis, en 1966, on lui propose d’auditionner pour une version anglaise du « Violon » qui se jouera à Londres.

Son vocabulaire anglais se limite à 50 mots et il a à peine 30 ans, de sorte qu’il n’y croit guère, mais il a très envie de décrocher le rôle. Il passe trois jours à répéter les chansons avec un professeur.

Lorsqu’il avait vu le film Sallah Shabati, Hal Prince, le producteur de la comédie musicale à Londres, avait demandé : « Mais qui est ce vieil homme barbu de Tel Aviv ? Pourquoi ne le prendrait-on par pour jouer Tévié ? Demandez-lui de venir ! » 

Topol, un point c’est tout

Le jour de l’audition, Prince est cependant très déçu lorsqu’il découvre ce jeune homme de 30 ans sans barbe, au point qu’il lui demande s’il a joué le père ou le fils dans « Sallah ».

Topol ne se laisse pas démonter : « Quand on est un bon acteur, on peut jouer un vieil homme, et on peut le jouer triste ou gai… Le maquillage n’est pas un obstacle. » Durant l’audition, il chante les chansons les unes après les autres de sa voix de ténor, tout en se déplaçant sur scène comme s’il avait déjà joué le rôle – puisqu’il l’a déjà joué.

Les producteurs sont sous le choc. « Vous avez vu la pièce quatre fois et vous connaissez tous les placements et tous les gestes ? » interrogent-ils, sidérés. Topol confesse alors qu’il a tenu le rôle en Israël et décroche le contrat.

Les Britanniques ne savent pas prononcer le « het » hébraïque. Pour appeler Topol par son prénom, ils disent « Shame », « honte » en anglais. Aussi les producteurs demandent-ils humblement à Haïm s’il serait prêt à être appelé uniquement par son nom de famille. Dès lors, luimême ne se présentera plus que par celui-ci : Topol.

En 1971, Topol est préféré à Rod Steiger, Zero Mostel, Danny Kaye, et même Frank Sinatra pour interpréter le rôle de Tévié dans la version cinématographique d’un « Violon sur le toit ». Kaye veut absolument décrocher le rôle. Il est allé voir Topol 25 fois à Londres pour mettre toutes les chances de son côté. Mostel le convoite avidement lui aussi. Dès lors, pourquoi a-ton choisi Topol ? « Sans doute parce que j’étais le moins cher », répond l’intéressé avec un clin d’oeil.

En 1972, il est nominé pour l’oscar du meilleur acteur pour son rôle dans le film et décroche le Golden Globe Award du meilleur acteur.

L’avantage de l’âge

 Ce n’est qu’en 1983 que Topol accepte de revenir jouer Tévié au théâtre, malgré les propositions qui fusent. En 1994, il partage la vedette avec sa fille, Adi, qui interprète Chava, l’une des filles du laitier.

Pour ses deux rôles les plus célèbres, Sallah Shabati et Tévié le laitier, Topol a disposé de temps pour répéter. « Au cinéma, il est très rare que l’on ait cette chance. C’est d’ailleurs pour cela qu’à Hollywood, on aime les rôles stéréotypés », estime-t-il. Il explique que ni l’un ni l’autre des deux rôles n’ont été faciles à interpréter.

« Quand j’étais jeune, il fallait que je veille à ne pas briser l’illusion de l’âge pour le public. Je devais me maîtriser sans arrêt. Maintenant, je suis obligé de jouer des personnages qui ont au moins 50 ou 60 ans. Je ne peux plus tricher. Je ne peux pas dire tout à coup que je suis un jeune homme. La voix trahit l’âge. » En 2008, alors qu’il approche des 74 ans, Topol remonte sur des planches londoniennes, tenant le rôle d’Honoré Lachaille, que Maurice Chevalier interprétait en 1958 dans le film « Gigi ».

La dernière fois que Topol a joué Tévié, c’était en 2009 à Boston. « C’était plus facile que quand j’étais jeune homme », affirme-t-il en souriant. « Je n’avais pas à simuler les rhumatismes, j’en souffrais vraiment ! Et je pouvais me permettre d’aller beaucoup plus loin sans que cela paraisse exagéré. » Une blessure à l’épaule l’a toutefois contraint à s’arrêter. Il a alors été remplacé successivement par deux ex- Tévié : Theodore Bikel, 85 ans, et Harvey Fierstein, 57 ans.

Indissociables 

Aujourd’hui, malgré son âge, Topol refuse de ralentir le rythme. La scène continue de l’attirer et il envisage de rejouer Tévié à New York et à Los Angeles. On lui a en outre proposé deux rôles pour le cinéma. Il n’a pas donné sa réponse, non à la question de savoir s’il va reprendre du collier, mais s’il va refaire le « Violon » ou tourner un film.

Topol est ravi de préciser qu’il n’a jamais autant travaillé dans sa vie, notamment en raison de son dernier projet, qui n’a rien à voir avec le travail d’acteur. Il a en effet contribué l’an dernier à l’ouverture du Village du Jourdain (the Jordan River Village), près de Tibériade, qui a pour vocation d’offrir des moments de détente à plus de 900 enfants atteints de maladies graves et à leurs familles, qu’ils soient religieux ou laïcs, juifs ou arabes.

Le gouvernement a subventionné le projet à hauteur de 20 %. Le reste des 100 millions de shekels (20 millions d’euros environ) nécessaires provient de donateurs privés, israéliens pour la plupart, mais aussi anglais et américains.

C’est Topol lui-même qui a plaidé sa cause en 2005 devant les membres du cabinet d’Ariel Sharon. Il a remporté leur approbation quelques minutes à peine avant que le Premier ministre dissolve le gouvernement et forme son nouveau parti, Kadima.
Topol et le Violon sur le Toit sont aujourd’hui indissociables.

Chaque fois qu’il joue Tévié, une foule de spectateurs se précipite pour le féliciter après la représentation. « Dans le public, il y a au moins 10 % des gens qui ont déjà vu plusieurs fois la pièce et qui connaissent les répliques par coeur ! » se félicite-t-il.

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