Visite guidée de Jérusalem

Balade au mont des Oliviers, avec un détour supplémentaire en option pour ceux que la marche n’effraie pas.

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August 13, 2013 16:26
Le mont des oliviers est le plus important et ancien cimetiere juif du monde.

P18 JFR 370. (photo credit: Marc Israël Sellem/The Jerusalem Post)

Combien de fois avez-vous été confrontés à cette situation embarrassante : des invités de l’étranger ou d’un autre coin du pays qui vous demandent une visite guidée de Jérusalem ? Supposer que les résidents savent où emmener leurs visiteurs et selon quel itinéraire semble une hypothèse logique, mais on est bien souvent pris par surprise, et l’on ne sait pas toujours où aller et ce qu’il faut montrer. On bafouille alors quelque chose du genre… Mahaneh Yehouda ? Peut-être la colonie allemande, avec ses restaurants et boutiques de luxe ? Ou encore Meah Shearim, pour voir à quoi ressemble la vie sur une autre planète ? Et, bien sûr, le détour inévitable par Yad Vashem et la Vieille Ville.


Mais où commencer la visite, et comment évaluer la distance pour que cela reste raisonnable à parcourir à pied, avec autant de choses intéressantes à voir ? Pour les semaines du mois d’août, qui vont voir l’afflux de nos cousins de France avant de nous plonger dans l’atmosphère animée des grandes fêtes, voici quelques suggestions, adaptées aux marcheurs expérimentés, ainsi qu’aux promeneurs plus tranquilles.

Omer Shadmi, jeune guide touristique passionné, a accepté de nous fournir quelques itinéraires choisis, pour permettre aux habitants et aux visiteurs de découvrir ou redécouvrir la capitale du pays.

Trois sommets surplombés d’une église


« Toute visite sérieuse de Jérusalem se doit de commencer par le mont des Oliviers », annonce Shadmi. « La vue panoramique est non seulement à couper le souffle, mais c’est aussi un lieu important à partir duquel on peut saisir l’âme de la ville. Pour cela, il suffit de diriger son regard vers le mont du Temple et d’embrasser toute la Vieille Ville. » Le moyen d’y arriver dépend, bien sûr, de votre point de départ : c’est le moment opportun de brancher votre GPS ou toute autre application de navigation et de trouver le chemin de l’hôtel des Sept Arches. Au bout de la route principale qui mène au point de vue panoramique, dans le quartier d’A-Tour, vous pourrez même vous offrir une petite balade à dos de chameau. Une « station de chameaux » est installée ici depuis juin 1967.

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« Contemplez la ville qui s’étale à vos pieds », suggère Shadmi. « Observez le dôme doré du Rocher, le dôme de la mosquée al-Aqsa, les portes d’or scellées par lesquelles le Messie doit entrer dans la ville ».

Une fois rassasiés de ce panorama extraordinaire, Shadmi suggère de faire demi-tour, comme si vous vous dirigiez vers le mont Scopus et, après quelques pas de vous arrêter pour regarder vers la droite. Une petite mosquée, autrefois une église, se cache derrière les arbres.

« Les Arabes ont changé la fonction de ce lieu de culte chrétien en un lieu de culte musulman », explique Shadmi, « mais, comme ils l’ont fait dans de nombreux autres endroits, ils en ont gardé le nom original. Ce qui donne la mosquée de l’Ascension, construite sur l’ancienne église croisée appelée l’Ascension de Marie. » Pourquoi les nouveaux dirigeants souhaitaient-ils garder la trace de leurs prédécesseurs, même dans un lieu de culte ? Shadmi explique que c’était une pratique courante à l’époque du Sultan Saladin de préserver un vestige en rappel de ce qui s’y trouvait auparavant. Les chrétiens étaient autorisés à utiliser ce lieu pour la prière un jour par an, celui de l’Ascension de la Vierge, selon le rite russe orthodoxe. En fait, le mont des Oliviers, le plus important et le plus ancien cimetière juif du monde, s’étend sur trois sommets, chacun surplombé par une église.

« Deux d’entre elles se sont transformées en mosquées, la troisième est aujourd’hui un hôtel, les Sept Arches, qui offre l’un des plus beaux panoramas sur la ville », poursuit Shadmi.

Nulle n’est prophétesse en son pays


Tournez le dos aux Sept Arches et continuez sur la route principale d’A-Tour. Sur votre droite vous apercevez une petite clôture qui mène à une grotte. Là encore plusieurs traditions se télescopent. La grotte est censée être le tombeau de trois femmes, chacune de confession différente, « comme si quelqu’un essayait de nous dire que finalement nous ne sommes pas si différents que cela », souligne Shadmi.

Dans un premier temps (selon les archéologues), se trouvait là un sarcophage (apparemment de la fin de l’empire romain), sur lequel une petite mosquée a été construite au XVIIe siècle.

Selon la tradition juive, la petite caverne est considérée comme la tombe de la prophétesse Houlda, mentionnée dans la Bible sous le règne du roi Josias (viie siècle avant notre ère). Elle est enterrée face aux portes qui portent son nom, les portes de Houlda dans la Vieille Ville, qui mènent au Temple sur le mont Moriah.

Le second locataire du site est supposé être Pélagie qui, d’après la tradition chrétienne, serait née à Antioche, au Ve siècle de notre ère. Actrice pendant la première partie de sa vie, elle menait une vie dissolue et était apparemment très en demande chez les messieurs, même au-delà des mers. On raconte que ceux qui n’obtenaient pas ses faveurs allaient jusqu’à se donner la mort. « Mais les meilleures choses ont une fin », raconte Shadmi, continuant l’histoire. Un jour, Pélagie entend l’évêque Nonnos sermonner les pécheurs et leur promettre les pires châtiments dans le monde à venir. « Pélagie, la païenne, fond en larmes, se confesse à l’évêque et se repent. Elle promet de renoncer à sa vie de pécheresse devant l’Éternel et d’emprunter désormais le droit chemin. » Pélagie est alors baptisée et entame un nouveau chapitre de sa vie. Elle donne tous ses biens aux pauvres et effectue le pèlerinage à Jérusalem habillée en homme. Au terme de son voyage, elle atteint le mont des Oliviers, où elle vit désormais en ascète (toujours déguisée en homme) et passe le plus clair de son temps en prière.

« Enfin viennent les musulmans », poursuit Shadmi, « qui considèrent le site comme la tombe d’une femme nommée Rava’ad Aludayah, une prophétesse parmi les premiers mystiques musulmans du début du VIIe siècle de notre ère. » La route qui traverse le quartier d’A-Tour porte son nom.

Quelques mètres plus loin, un grand drapeau français flotte au-dessus d’une autre église – celle du Pater Noster. C’est là, selon la tradition chrétienne, que Jésus aurait enseigné à ses disciples le Pater Noster (la prière Notre Père, traduction directe de notre Avinou Malkenou, extrait de la liturgie de Yom Kippour). A l’intérieur, les paroles de la prière sont écrites sur le mur en 150 langues. Quant à la présence du drapeau français, l’église appartient à l’ordre des Carmélites françaises.

En attendant le Messie


« En fait », souligne Shadmi, « le mont des Oliviers est considéré comme un lieu de rédemption pour les trois religions, d’où sa grande importance pour tous. Pour les chrétiens, c’est là que débutera la rédemption. Les musulmans croient qu’au jour du Jugement, de minces arches relieront le mont des Oliviers à la mosquée al-Aqsa, seuls les justes pourront les emprunter pour marcher au-dessus des flammes de l’enfer, dont les portes, situées juste en dessous s’ouvriront pour engloutir les impies qui y tomberont morts.


La tradition juive rapporte que le Messie descendra du mont des Oliviers, en chemin vers le mont du Temple, et réveillera les morts de leurs tombes, sur les pentes du cimetière. C’est la raison pour laquelle, encore aujourd’hui, des juifs du monde entier se font enterrer au mont des Oliviers, qui marque le début de la délivrance finale.

« Tout passe par là. C’est l’endroit le plus important pour tous », affirme Shadmi.

La visite guidée du mont des Oliviers se termine un peu au-dessous de deux églises importantes sur le côté droit de la route. L’église russe, et ses dômes dorés, surplombe Gethsémani, le dernier endroit où Jésus se cacha avant d’être emmené par les soldats de Ponce Pilate. Un peu plus haut, se trouve l’église de toutes les Nations, construite juste après la première guerre mondiale dans l’espoir que le monde ne connaisse plus jamais une telle horreur.

En chemin, de grandes marches de pierres mènent aux tombeaux des deux prophètes – Aggée et Malachie. « Il existe un garde officiel de l’endroit, qui possède les clés des tombeaux », explique Shadmi, « mais on ne peut jamais savoir s’il est là ou pas. C’est une question de chance, ce qui colle tout à fait avec l’esprit du lieu, de toute façon. »


Les lions de Jérusalem


Pour ceux qui ont le courage de marcher un peu plus, Shadmi suggère de continuer sur la route de la Porte des Lions, vers le portail par lequel les parachutistes israéliens ont fait irruption dans la vieille ville, pendant la guerre des Six Jours, livrant de violents combats jusqu’à ce qu’ils atteignent le Mur occidental et s’arrêtèrent pour une fervente prière, dont l’image est gravée à jamais dans nos mémoires.


Pour les chrétiens, le portail marque l’entrée de la Via Dolorosa. « Les quatre sculptures d’animaux sont en fait des léopards », affirme Shadmi, « le plus souvent pris à tort pour des lions. Ils ont été placés là par le sultan Soliman le Magnifique pour célébrer la défaite ottomane des Mamelouks en 1517.

Selon la légende, le sultan précédent, Selim, a rêvé qu’il se faisait dévorer par des lions à cause de son projet de construire à l’intérieur de la ville et ceci, apparemment, déplaisait au Seigneur. » Pour obtenir un sursis du ciel, le sultan avait alors promis de protéger la ville en construisant une muraille tout autour. « Et c’est ainsi que le lion serait devenu le symbole de Jérusalem », explique Shadmi.

Mais le lion est aussi un des noms donné au Temple, Arieh, selon la tradition juive, car son dessin rappelle la position d’un lion couché. Le lion est aussi le symbole de la tribu de Yehouda, selon la Torah, d’après la bénédiction de Yaacov à ses fils. Et le roi David, qui a conçu et choisi l’emplacement du Temple, que son fils le roi Salomon bâtira, descend de la tribu de Yehouda. Et selon la Torah, il ne faut pas oublier que le Messie est lui aussi issu de la lignée du roi David.

Une fois à l’intérieur des murs, une courte promenade le long de la Via Dolorosa mène au Mur occidental. Shadmi recommande de s’arrêter en chemin pour visiter l’Hospice autrichien dans le quartier musulman. Et si vous le pouvez, montez les escaliers pour observer la ville – cela vaut vraiment le coup d’œil !



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