C’était bien le Hezbollah…

Après 7 mois d’enquête, les autorités bulgares concluent à la responsabilité du mouvement islamiste libanais dans l’attentat du 18 juillet à Burgas.

By BENJAMIN WEINTHAL ET HERB KEINON
February 12, 2013 13:28
Relatives of a victim of the Burgas bomb attack

Burgas Memorial (R370). (photo credit: REUTERS/Stoyan Nenov)

 
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Confirmation. Le ministre de l’Intérieur bulgare Tsvetan Tsvetanov a déclaré le 5 février que deux individus, liés au groupe armé Hezbollah, étaient impliqués dans l’attaque du bus à la station balnéaire de Burgas en Bulgarie, en juillet dernier. Cinq Israéliens ainsi qu’un Bulgare y avaient trouvé la mort. Ces deux hommes possédaient de faux passeports d’Australie et du Canada.

« Nous avons établi que les deux suspects sont membres de la branche armée du Hezbollah », a déclaré Tsvetanov à la presse.

« Nous avons des données montrant le financement et le lien au Hezbollah des deux suspects. » Selon le ministre, les deux hommes sont arrivés en Bulgarie le 28 juin où ils sont restés jusqu’au 18 juillet 2012. Ils ont tous deux vécu au Liban de 2006 à 2010. Leurs faux permis de conduire ont été « fabriqués au Liban » a fait savoir le ministre ; la Bulgarie a pu collecter les preuves de leur voyage depuis le Liban jusqu’en Europe.

Tsvetanov a remercié le gouvernement israélien de son soutien au cours de l’enquête. L’Etat hébreu, a-t-il déclaré, a fourni « d’importantes expertises » pour identifier les faux documents employés par les terroristes. Ce sont notamment des taches de sang sur un permis de conduire prétendument délivré dans l’Etat de Michigan aux Etats-Unis qui a permis de faire lien avec le suspect.

Le Premier ministre Binyamin Netanyahou a réagi aux résultats de l’enquête en appelant l’Union européenne à en tirer « les conclusions nécessaires ». Israël tente en vain de convaincre l’Union européenne de placer le Hezbollah sur la liste des organisations terroristes, depuis près de 20 ans.

Selon un communiqué de Netanyahou, ces nouveaux éléments confirmaient ce que l’Etat hébreu savait depuis longtemps, à savoir que « le Hezbollah et son mécène, l’Iran, sont lancés dans une guerre de terrorisme qui dépasse les frontières et les continents ». Et l’attaque en Bulgarie figurait parmi d’autres attentats que l’Iran et le Hezbollah ont planifiés et menés, comme en Thaïlande, au Kenya, en Turquie, en Inde, en Azerbaïdjan, à Chypre et en Géorgie.

« Tout cela survient en parallèle du soutien mortifère du Hezbollah et de l’Iran au régime assassin d’Assad en Syrie », ajouté le Premier ministre avant de conclure : « L’attaque de Burgas était une attaque sur le sol européen, contre un pays européen. Nous espérons que les Européens en tireront les conclusions nécessaires quant à la nature véritable du Hezbollah ».

Netanyahou a remercié les Bulgares pour leur enquête « rigoureuse et professionnelle » au sujet de l’attentat.

L’exception qui confirme la règle 

Les conclusions de l’enquête bulgare pointent la responsabilité du Hezbollah dans l’attentat de Burgas et, pourtant, le groupe armé libanais ne sera sans doute pas inscrit sur la liste européenne des organisations terroristes. En toute logique, on aurait pu penser qu’attraper, littéralement la main dans le sac, un mouvement en train de mener un attentat sur un sol étranger, attentat qui a fait 6 morts, 5 Israéliens et 1 Bulgare, suffirait à le qualifier de terroriste.

Mais le groupe armé doit être sans doute l’exception qui confirme la règle de l’Union européenne.

Pour preuve, d’après la déclaration du mois dernier de Gilles de Kerchove, haut fonctionnaire européen, coordinateur de la lutte contre le terrorisme, la responsabilité de l’attentat ne qualifie pas automatiquement le Hezbollah pour la fameuse « liste noire ». « Il n’y a pas de listage automatique à la seconde où vous avez été impliqués dans une attaque terroriste », a-t-il indiqué. Car, a continué de Kerchove, « il n’y a pas seulement le facteur juridique, mais aussi le message politique en fonction du contexte et du timing ».
C’est donc là que le bât blesse.

Certains acteurs clefs de l’UE, dont la France et l’Allemagne, s’opposent à l’inscription du Hezbollah sur la liste depuis plus de 20 ans. Une donnée que le rapport bulgare ne devrait pas pour autant modifier.

Comme l’a expliqué de Kerchove : « On peut se demander, vu la situation du Liban, qui est un pays très fragile, très fragmenté : ce listage va-t-il nous amener là où nous le souhaitons ? » La question va en effet se poser au sein de l’Union, en particulier du côté de l’Hexagone qui craint de perdre son influence à Beyrouth. Car, avancent certains, une initiative européenne de ce genre pourrait aboutir à la sortie du Hezbollah du gouvernement libanais, ce qui déstabiliserait largement un pays déjà instable en ces temps dangereux.

En réalité, les preuves n’ont jamais manqué pour faire placer le Hezbollah sur cette liste. Les Etats-Unis, rejoignant Israël, l’ont fait depuis de nombreuses années et les Européens n’ont pas besoin de l’enquête de Burgas pour savoir que le mouvement est bien davantage qu’un parti politique.

En réalité, depuis les attentats jumeaux d’Argentine, au début des années 1990, l’implication du Hezbollah dans le terrorisme mondial est amplement démontrée.

Mais l’Union européenne choisit malgré tout depuis des années de détourner les yeux. Non pas à cause du manque de preuves, mais bien en raison d’intérêts et de considérations politiques de certains membres de l’Union. Des intérêts et des considérations qui ne changeront pas en vertu de l’enquête de Burgas.

La « bonne » branche ou la « mauvaise » ?

En quoi consistent-ils ? Pour certains, ils sont économiques : certaines capitales craignent qu’une telle initiative ne froisse une partie de ce monde arabe qui investit dans ses marchés. D’autres ont peur de « provoquer » le Hezbollah, et craignent des représailles sur leur propre sol ou à l’encontre de leurs ressortissants.

A noter cependant qu’il existe des divergences parmi les 27. Les Pays-Bas, par exemple, ont placé le groupe terroriste sur leur liste, tandis que la Grande-Bretagne y a placé la branche armée du mouvement. Mais c’est précisément contre ce phénomène – qui consiste à séparer la branche armée de la branche politique du Hezbollah – que s’est élevé le Premier ministre Binyamin Netanyahou lorsqu’il a affirmé en commentant les conclusions de l’enquête bulgare : « Il n’y a qu’un seul Hezbollah, une seule organisation et une seule direction ».

Quant aux Bulgares, ils ont peut-être laissé le champ libre à ce type de distinguo en affirmant justement dans la conclusion officielle de l’enquête qu’au moins deux des suspects impliqués dans l’attaque « appartiennent à la branche armée du Hezbollah ». Ce qui conférerait une porte de sortie confortable à l’UE. Mais demeurerait, évidemment, une solution partielle.

Comme le rapportait le New York Times du 5 février, le Hezbollah dispose de milliers d’agents et de soutiens, dont la tâche consiste notamment à lever des fonds aux quatre coins de l’Europe. Qualifier sa branche armée de terroriste n’entravera que très légèrement ces collectes d’argent puisque ces mêmes agents pourront toujours dire qu’ils le font au nom de la « bonne » branche du mouvement libanais.

Le week-end du 9 février, les ministres européens des Affaires étrangères se sont réunis à Bruxelles pour un séminaire de travail. Et devaient évoquer, entre autres, les conclusions bulgares. Mais la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a tenu à minimiser les attentes concernant une éventuelle mise au ban du Hezbollah, tandis qu’un autre haut fonctionnaire a affirmé que « c’est déjà une très bonne chose d’en parler ».

Quant au président François Hollande, il a déclaré au président du Congrès juif mondial Ronald Lauder, reçu mercredi 6 février à l’Elysée, que « la France allait étudier les preuves assemblées par l’enquête bulgare » avant de prendre une décision. D’ici là, les dirigeants du Hezbollah peuvent dormir sur leurs deux oreilles… 

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