Confidences d’un ambassadeur

Il était du voyage de Binyamin Netanyahou en France. L’ambassadeur français Christophe Bigot n’a pas encore dit son dernier mot à Israël, le pays des possibles.

By EVA BENKIN
November 14, 2012 16:20
Avec Bibi à la sortie de la maison des Sandler

bigot. (photo credit: Reuters)

Jeudi 1er novembre, Binyamin Netanyahou rencontrait François Hollande, et abordait avec lui les questions qui préoccupent les deux pays.

Aux côtés du Premier ministre israélien : l’ambassadeur français Christophe Bigot. A son retour, le diplomate accepte de confier sa vision de ce déplacement, express, mais riche, selon lui, en preuves d’amitié réciproques. Un enthousiasme à mille lieues des propos cités par le Canard Enchaîné. “Nous avons supposé que Netanyahou était là pour faire campagne !”, aurait déclaré Hollande à l’issue de leur conférence de presse commune. “Sa visite avait deux parties : le mémorial et le discours. Il était prudent avec ce qu’il disait parce que j’étais là, mais tourner la cérémonie en meeting électoral, c’était une mauvaise idée.” Propos qui ont été par la suite démentis à l’AFP par un proche de Francois Hollande.

“Netanyahou voyage très peu à l’étranger”, commence par remarquer Bigot. “Cette décision illustre l’importance qu’il accordait à cette visite. Côté français, l’un des premiers gestes de François Hollande en tant que président de la République avait été de recevoir Yaacov Amidror, conseiller en sécurité de Netanyahou. Une initiative en dehors de tout protocole, et de toute obligation, qui prouvait que François Hollande voulait entendre les préoccupations israéliennes.”

Au coeur de la récente rencontre Netanyahou-Hollande : l’antisémitisme en France. L’hommage rendu aux victimes de Mohamed Merah, à Toulouse, est l’occasion de dresser le bilan de la situation.

“Il y a une recrudescence de l’antisémitisme en France, c’est une évidence”, reconnaît Bigot. “Mais ce problème est traité par toutes les autorités françaises. Et au plus haut niveau, par le Président, le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur.

Tel était le message de Toulouse : l’antisémitisme n’est pas une question parmi tant d’autres, il est traité de manière centrale. Et avec efficacité, souligne-t-il.

L’affaire Merah a toutefois mis en évidence des failles dans le système de prévention français. “Des erreurs ont été commises”, n’hésite pas à admettre le diplomate. “Il est important de le noter, pour mieux les traiter. En parallèle, on peut toutefois remarquer que la France est l’un des pays occidentaux les moins touchés par le terrorisme sur une période de trente ans.

Loin derrière les Etats-Unis, l’Espagne ou le Royaume-Uni... Ce n’est pas parce que la France est différente, mais parce que le travail réalisé en amont, par les Services de Renseignements et la police, se révèle efficace. “Il est vrai cependant que ces attentats ont déclenché une véritable prise de conscience. Ces sept crimes abominables, commis en l’espace de trois semaines, ont prouvé que des attentats peuvent être commis de l’intérieur, et non plus seulement de l’extérieur. Commis par des Français, qui s’endoctrinent sur Internet ou dans les prisons. Des Français au parcours de délinquants. Qui constituent une menace beaucoup plus diffuse, plus difficile à tracer. Et nettement plus compliquée à traiter.”

Contre les clichés Autre menace de taille : celle de l’Iran.

Au sujet de la République islamique, le diplomate ne cache pas sa détermination.

“A ce sujet, la France s’est toujours montrée très ferme”, affirme-t-il. “Aujourd’hui encore, elle conserve cette même position.

Une position très claire : un programme nucléaire iranien représente une menace contre Israël, contre l’ensemble de la région, et contre la sécurité du monde. Dès lors, cette menace doit être traitée de manière prioritaire. Il nous faut donc faire comprendre au régime iranien que nous n’avons pas d’autre solution que d’arrêter ce programme.” La France joue un rôle leader en faveur du renforcement des sanctions, et l’a prouvé, avec l’adoption de mesures sans précédent le 1er juillet et encore le 15 octobre dernier, rappelle Bigot. Le travail de l’ambassadeur consiste également à se battre contre les clichés. “Je tente d’expliquer ce qu’est Israël aux Français, loin des caricatures.” En d’autres termes : rappeler sans cesse que l’Etat hébreu est une démocratie “avec une culture du débat très forte, et une importante volatilité des opinions.”

“Rien n’est décidé, rien n’est arrêté”, semble presque s’amuser le diplomate.

“Tout rebondit, change, s’adapte.” Et de poursuivre : “Il faut bien sûr rappeler également qu’Israël est un incroyable succès économique. En temps de crise, continuer à afficher 3 ou 3,2 % de croissance, et une croissance ininterrompue depuis 2004, c’est impressionnant !” La seule pierre qui manquerait donc à l’édifice bleu et blanc est une paix véritable avec ses voisins. “Je sais aussi que pour faire la paix, il faut être deux !”, notet- il toutefois, le sourire aux lèvres. “Mais il faut saisir toutes les occasions. Et prendre des risques. Oui, on connaît les destins de Sadate et de Rabin. Mais il n’y a pas d’autres choix. Nous espérons que viendra le temps des négociations.”

Pour l’heure, Bigot souhaite poursuivre les objectifs qu’il s’est fixés dès son arrivée en 2009 : que les relations économiques soient à la hauteur de la qualité du lien qui unit les deux Etats. “Il y a déjà eu des progrès”, énonce-t-il. “Accor est revenu, la SNCF a investi, le succès de Véolia et Alstom se poursuit...”

Jamais dans l’indifférence L’année 2013 verra en outre la seconde édition de la Journée de l’innovation, qui avait réuni l’année dernière, à Bercy, 400 entreprises françaises et israéliennes pour parler de technologies. “La France est le 3e partenaire scientifique d’Israël”, insiste l’ambassadeur. “Et le premier pays à coproduire des films israéliens.” Les échanges culturels également sont très nombreux. D’ici peu, en février, se tiendra notamment la Semaine de la Gastronomie française, note Bigot. La coopération s’étend décidément sur tous les domaines et confirme que l’histoire d’amour francoisraélienne n’est pas prête de toucher à sa fin. “Nous avons parfois des incompréhensions et des désaccords, notamment sur le processsus de paix et la colonisation.

Mais nous sommes en mesure de traiter nos difficultés comme le font des amis.

Dans un climat de compréhension. Sans préjugés ni polémique”, affirme l’ambassadeur.

“Pour ma part, j’aime cette sensibilité à fleur de peau qui habite les Israéliens. Parfois même un peu agressive.

Et puis ce sentiment, quand on rencontre quelqu’un, que l’on rencontre toute une Histoire. Ceux qui portent la Shoah, ou un pays... Chacun arrive avec son passé, c’est assez unique”. “Vous ne pouvez pas aller à une Shiva, ou à un enterrement sans être marqué par la douleur des familles. Mais c’est aussi cela faire partie de la famille.

Partager ensemble des joies et des peines.

Il y a eu des moments d’euphorie incroyables. Je pense notamment au retour de Guilad Schalit : l’embrasser, le tenir dans mes bras le jour de sa libération... Et il y a eu des moments très durs, comme l’attentat de Toulouse. Les instants sont parfois difficiles, mais toujours emplis de beaucoup d’énergies, de forces. On n’est jamais dans l’indifférence. Très loin des protocoles et des formalités.”

Et de conclure : “ Israël, c’est un pays jeune, où tout est possible !”


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