Crise syrienne: le rôle de l'Iran

Pourquoi avoir pris le risque de bombarder la Syrie ? Damas multiplie les menaces depuis les raids, mais pour Israël, les enjeux dépassent la Syrie. Décryptage.

By YAAKOV LAPIN
May 7, 2013 11:38
4 minute read.
Briefing militaire, dimanche 5 mai, face au plateau du Golan.

JFR P4 370. (photo credit: Baz Ratner - Reuters)

 
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Deux attaques aériennes en deux jours. Israël n’a pas confirmé officiellement, mais tout le monde s’accorde pour attribuer à Tsahal les deux raids qui visaient en Syrie des convois d’armement à destination du Hezbollah. Des bombardements qui auraient fait des dizaines de victimes, selon les autorités syriennes. Si Jérusalem s’est appliquée à minimiser l’événement, Damas ne semble pas l’entendre de cette oreille. Les hauts gradés du régime Assad ont multiplié les menaces de représailles en début de semaine. Un risque que l’Etat hébreu s’est vu forcé d’assumer.

Une position claire 

Les raids résultent certainement d’informations confidentielles prévenant Israël d’un convoi imminent d’armes stratégiques de la Syrie vers le Hezbollah, au sud Liban. Le mouvement chiite a déployé près de la moitié de ses hommes pour soutenir le président Bachar Assad, dans la lutte qui l’oppose aux rebelles syriens depuis plus de deux ans. Un soutien pour lequel le Hezbollah attend certainement une récompense. On peut ainsi imaginer que l’Iran et son vassal libanais ont demandé les armes à Assad en échange de leur assistance. Et le président ne pouvait ignorer que ce marché provoquerait une nouvelle offensive israélienne.

Un premier raid, attribué à Tsahal en janvier, avait déjà envoyé un message très clair. Ce qui n’a pas empêché le Hezbollah de recommencer ce week-end. Mais Assad ne peut se permettre de refuser quoi que ce soit aux seuls alliés qui lui restent. Sa survie en dépend.

Les armes ciblées étaient certainement des missiles iraniens Fatah-110, d’une portée de 300 km. Difficile de dire depuis combien de temps elles étaient stockées en territoire syrien.

Mais Jérusalem semble avoir privilégié un risque calculé aujourd’hui pour éviter d’être confrontée à une situation bien pire, plus tard.

Israël choisit donc de réaffirmer sa position sur la prolifération d’armes face au Hezbollah, mais aussi, sans doute, d’envoyer un message à Téhéran, qui continue obstinément de développer son programme nucléaire. Car si ces raids risquent de provoquer une escalade, un Hezbollah lourdement armé laisse envisager un bien maussade avenir. Le mouvement chiite possède déjà quelque 70 000 roquettes, des missiles de longue portée ne le rendraient que plus dangereux encore pour l’Etat juif.

Projet Alaouistan 

Mais d’autres facteurs sont à prendre en considération.

Selon le Dr Ely Karmon, chercheur à l’institut du Contreterrorisme, l’Iran, la Syrie et le Hezbollah fomentent un plan de secours en cas d’effondrement du régime : créer un mini-Etat alaouite sur la côte syrienne et le relier à la plaine libanaise de la Bekaa, ainsi que le sud Liban, tous deux sous contrôle du Hezbollah.

Cette entité alaouito-chiite serait sous houlette iranienne, tant et si bien que Téhéran se créerait ainsi une nouvelle base syrienne. Base que la République islamiste n’hésiterait pas à armer jusqu’aux dents. « Cette stratégie se met en place ces dernières semaines », pointe Karmon. « Les intenses combats dans la ville d’al-Qusayr ont permis aux forces du régime et au Hezbollah de quasiment reconquérir le littoral.

Ce qui dégage un couloir depuis Damas jusqu’à la région alaouite… où Assad pourrait battre en retraite avec ses armes chimiques ». Toujours dans le même but, le massacre des civils sunnites de la ville côtière de Banias semble relever d’un nettoyage ethnique prémédité.

Le président s’est assuré le contrôle des cités de Damas, Alep et Homs. Il a également créé une milice composée de « comités nationaux », chargés de combattre les rebelles aux côtés de l’armée officielle du régime ainsi que des célèbres paramilitaires Shabiha. Mais Assad ne devrait pas pouvoir résister sur le long terme, accentuant le besoin d’un futur « Alaouistan ».

Un plan en 3 étapes 

L’ancien attaché militaire du Premier ministre Binyamin Netanyahou, le docteur et brigadier réserviste Shimon Shapira, pense lui aussi que Téhéran cherche à affermir sa mainmise en Syrie. Et de souligner un fait rare : la visite secrète du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, le mois dernier en Iran, comprenait une rencontre au sommet avec le Guide suprême Ali Khamenei et le général Quasem Suleimani, commandant des Gardes révolutionnaires, en charge de la politique iranienne au Liban et en Syrie. « La présence de Suleimani est importante. C’est la tête pensante des activités militaires iraniennes au Moyen-Orient. En janvier 2012, il a déclaré que la République islamiste contrôlait « d’une façon ou d’une autre » l’Irak et le sud Liban. Il semble désormais vouloir étendre ce contrôle à l’ensemble de la Syrie », explique Shapira.

L’expert a également appris de source sûre l’existence d’un plan iranien en 3 étapes pour assister Damas. « D’abord, créer une armée composée uniquement d’Alaouites et de Chiites, soutenue par des troupes iraniennes, irakiennes, le Hezbollah et mêmes quelques contingents venus du Golfe persique. Ensuite, garnir cette armée de 150 000 hommes en donnant la préférence à des combattants venus d’Iran et d’Irak. Enfin, intégrer ces troupes à l’armée syrienne.

Suleimani s’est lui-même rendu en Syrie, fin février-début mars, pour mettre le plan en place ».

Pour Shapira, il s’agirait d’un « plan B », en cas de chute définitive d’Assad. « L’Iran voit déjà au-delà de la survie du régime et cherche à assurer ses arrières pour la suite. Mais cela fait des années que des observateurs syriens mettent en garde contre l’expansionnisme iranien en Syrie, bien avant la guerre civile ».

Un expansionnisme dans lequel le Hezbollah est appelé à jouer un rôle majeur, ajoute l’expert.

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