Egypte : le cri du cœur du général al-Sissi

« Hé, l’Amérique, où est ton soutien à l’Egypte ? Où est ton soutien à un peuple libre ? ».

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August 13, 2013 15:55
Posters anti Obama enjoignant le président américain à arrêter de soutenir Morsi.

P9 JFR 370. (photo credit: Reuters)

 
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Les jeunes révolutionnaires descendus dans la rue en janvier 2011 au Caire voulaient mettre fin à la dictature, avoir plus de liberté et améliorer leurs conditions de vie. Le président Obama s’était alors empressé d’ordonner à Moubarak, fidèle allié des Etats-Unis depuis des dizaines d’années, de déguerpir sans tarder. Pourtant jusqu’alors, personne n’avait mis en doute la légitimité du vieux leader.

Deux ans plus tard, le peuple descend de nouveau dans la rue : il s’agit cette fois de protester contre le début d’une dictature islamique, le manque de sécurité croissant et une situation économique proprement catastrophique.

Cette fois, autre son de cloche de l’Occident qui demande la restauration du président « légitime ». L’Union européenne et les Etats-Unis se refusent à voir que ce qui se passe aujourd’hui n’est qu’une correction du trajet de la révolution.

En 2011, l’armée qui avait pris le pouvoir, car il n’y avait plus d’autorité légitime, s’était laissé manipuler par les Frères musulmans, mouvement interdit, et les avait laissés agir au grand jour : en organisant des élections trop tôt, sans procéder d’abord à la rédaction de la constitution et établir des règles précises pour la consultation.

En 2013, par contre l’armée s’est empressée de transférer le pouvoir à l’autorité civile, nommant président par intérim la plus haute personnalité judiciaire du pays, le président de la Haute Cour constitutionnelle. Mohammed el-Baradei, lauréat du Prix Nobel de la paix, a été nommé vice président et c’est à Nabil Fahmy, ancien ambassadeur aux Etats-Unis, qu’a été confié le portefeuille des affaires étrangères.

Mais ces mesures n’ont pas satisfait l’Occident. Le régime Morsi était-il si légitime à leurs yeux ? Il est pourtant clair que les Frères musulmans ont détourné la révolution.

Certes, lors des élections parlementaires, Frères et Salafistes ont obtenu 73 % des sièges, mais les irrégularités ont été de telle ampleur que le parlement a été dissous. De fait les Frères étaient alors la seule force organisée ; l’opposition laïque était morcelée en dizaines de petites formations sans expérience politique.

Tenue six mois plus tard, l’élection présidentielle a eu des résultats fort différents. Morsi, arrivé en tête au premier tour avec seulement 25% des voix, sera élu au second tour avec 51,2% et un taux d’abstention de 50%. Il était pourtant opposé à Shafik, trop associé à l’ancien régime pour avoir la faveur des révolutionnaires.

En d’autres termes Morsi a été désigné le plus légalement du monde avec les voix d’un quart du corps électoral.

La mission sacrée de Morsi


Sitôt élu, il prodigua des promesses dont aucune ne sera tenue. Il était bien trop occupé à mettre en œuvre le programme de la confrérie des Frères musulmans : jeter les bases d’un régime islamique par le biais d’une constitution rédigée à la hâte par une majorité d’islamistes et foulant aux pieds les droits des femmes et des minorités, remplacer ministres et hauts fonctionnaires nationaux et locaux par des hommes à lui.

Lorsque les tribunaux ordonneront la dissolution du parlement, il promulguera un décret présidentiel d’une audace à couper le souffle, s’octroyant le pouvoir législatif et postulant que ses décisions ne seraient pas susceptibles de recours. Le scandale sera tel qu’il dut faire marche arrière. La leçon a été salutaire pour l’opposition.

Les trois courants principaux, libéraux, gauche et nassériens, décident alors de mettre de côté leurs différences pour former ensemble un front de salut national dont la première décision aura été de rompre tout dialogue avec le régime tant que la constitution n’était pas annulée et un gouvernement neutre mis en place jusqu’aux élections.

Le mouvement du Six Avril, à l’origine de la révolution, avait déjà annoncé qu’il coupait tout contact avec Morsi. Le général al-Sissi aura beau avertir le président à plusieurs reprises de l’orage qui se levait, Morsi n’en a pas tenu compte. Il continuera à placer ses hommes et donnera ordre à l’académie de la police et à celle de l’armée de mettre un terme à leur politique de refuser les candidats appartenant à la Confrérie.

S’il avait disposé d’encore un à deux ans, il aurait parachevé son œuvre d’« iranisation » de l’Egypte et plus personne n’aurait pu s’y opposer. Il était tellement obnubilé par ce qu’il considérait comme sa mission sacrée qu’il en oubliait totalement l’économie.

Pendant son mandat, le chômage explose ; on manque d’essence à la pompe et de gaz de cuisine. Les coupures de courant se succèdent et l’insécurité va grandissante. Par ailleurs, les Egyptiens découvrent que l’Ethiopie s’apprête à construire un gigantesque barrage sur le Nil qui risque de porter atteinte au flot du fleuve sans lequel le pays retournerait au désert – et que le gouvernement Morsi n’a rien fait pour prévenir la catastrophe. C’en est trop. Un nouveau mouvement de jeunes « Les rebelles » lance une pétition réclamant la démission du président ; elle recueillera 22 millions de signatures.

Les Etats-Unis et l’Europe n’ont rien vu


Le 30 juin, tout juste un an après l’accession de Morsi à la présidence, un raz-de-marée humain balaye le pays. Une nouvelle fois, l’armée prend le pouvoir, mais, comme il a été dit plus haut, elle le transmet immédiatement aux autorités civiles.

Le président par intérim publie une feuille de route détaillant les étapes du retour à la démocratie : rédaction de la constitution, élections parlementaires et enfin élection présidentielle. Ce qui n’empêche pas l’Union européenne et les Etats-Unis de crier haut et fort leur indignation devant ce qu’ils qualifient de coup d’état militaire.

Ils n’ont apparemment rien vu : ni l’islamisation rampante, ni les prémices de la dictature islamique. Ils n’ont pas non plus voulu voir ce qui se passait au Sinaï, qui était en train de devenir une enclave terroriste islamique alors que Morsi refusait de donner son feu vert à l’opération de grande envergure que réclamait l’armée.

L’Occident continue à ne pas voir que ce qui se passe aujourd’hui n’est autre qu’une remise de la révolution sur les rails.

Le général al-Sissi répète à qui veut l’entendre qu’il n’a pas d’ambition politique ; il réprime avec la plus grande prudence les manifestations des Frères ; il a enfin donné ordre à l’armée de nettoyer le Sinaï et a fermé la plupart des tunnels de contrebande où transitaient les armes de Gaza au Sinaï et inversement ; il s’est refusé à cautionner la provocation du Premier ministre turc qui voulait se rendre à Gaza et ne lui a pas accordé libre passage.

Les pays arabes pragmatiques – grands alliés des Etats-Unis – ne s’y trompent pas : l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe (Qatar excepté) ont offert douze milliards de dollars au nouveau régime ; le roi de Jordanie s’est rendu en visite au Caire.

Pourtant l’Union européenne et les Etats-Unis sont toujours intransigeants et se refusent à apporter au nouveau régime le soutien économique dont il a tant besoin. Ils insistent pour que les Frères soient associés au nouveau gouvernement sans voir que cette remise en route a porté un coup terrible aux mouvements fondamentalistes et djihadistes contre lesquels ils se battent aussi.

D’où le cri du cœur du général Sissi, s’en prenant dans une interview accordée le 1er août au Washington Post au président Obama qui ne s’est jamais donné la peine de lui téléphoner : « Hé, l’Amérique, où est ton soutien à l’Egypte ? Où est ton soutien à un peuple libre ? »

L’auteur est ancien ambassadeur d’Israël en Egypte et chercheur au JCPA.


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