Elections à Téhéran

Le peuple iranien est appelé à désigner un successeur à Ahmadinejad, dans un contexte économique et politique catastrophique.

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June 11, 2013 13:24
Le président iranien sortant M. Ahmadinejad assiste au défilé de la Journée nationale de l'armée.

P5 JFR 370. (photo credit: Hamid Forootna/Reuters)

 
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Mahmoud Ahmadinejad s’en va. Mais l’aventurisme politique et l’abîme économique devraient demeurer. Le scrutin du 14 juin est un simulacre, même selon les critères iraniens. En apparence, le peuple devra choisir entre 8 candidats. Mais dans les faits, le futur président a d’ores et déjà été désigné par le Guide suprême Ali Khamenei, après le rejet de centaines de candidats. Seuls des candidats ternes et inoffensifs ont ainsi obtenu le droit de se présenter.

Pendant des dizaines d’années, c’est justement ce poste de président de la République islamique qui a empêché l’Iran de tomber clairement dans le despotisme. S’il ne s’agissait pas d’une véritable élection démocratique, les leaders devaient néanmoins affronter d’autres candidats aux urnes, ainsi que des débats parfois très vifs face aux assemblées parlementaires, scrutés par des médias semiofficiels.

La limite de deux mandats présidentiels de 4 ans rendait également les gouvernements iraniens plus flexibles et sophistiqués qu’un grand nombre de leurs voisins arabes.

La bataille pour la capitale syrienne 

Mais tout a changé après les manifestations de 2009. Des millions de personnes en sont ressorties convaincues que le scrutin, gagné officiellement par Ahmadinejad, avait été en réalité remporté par l’ancien Premier ministre Hossein Mousavi. Ce dernier avait ouvertement critiqué Khamenei, ainsi que plusieurs positions gouvernementales, comme le déni de la Shoah par Ahmadinejad.

Dès lors, les politiques répressives sont allées croissant. A l’automne 2009, le neveu de Mousavi était assassiné lors d’une manifestation contre le président. En février 2011, peu après la révolution égyptienne, Mousavi et un autre candidat de l’opposition, Mehdi Karoubi appelaient le peuple iranien à suivre l’exemple cairote. Ils seront assignés à domicile, ainsi qu’une partie de leurs familles.

Sur le front étranger, des efforts massifs sont déployés pour empêcher la chute du président syrien Bachar el-Assad. En effet, les révoltes arabes sont hautement menaçantes pour les mollahs. Non pas tant par amitié envers les anciens leaders de la région, mais parce que les Iraniens, jadis plus libres que les Arabes, sont aujourd’hui un des peuples les plus opprimés du Moyen-Orient. Ajoutons que la plupart des nouveaux leaders sont sunnites, ce qui, pour un leadership chiite, dérange à la fois politiquement et religieusement.

Voilà pourquoi le Hezbollah, le commando particulier de Téhéran, a été lancé dans la mêlée syrienne, en dépit du lourd coût humain. Au vu de la récente victoire militaire d’Assad et des émeutes en Turquie, la stratégie peut sembler payante. Elle ne l’est pas.

La victoire d’Assad, la semaine dernière, a été la conquête de la ville de Qousseir, située, chose importante, sur la route de Damas depuis le port de Tartous, face au nord-est du Liban, région depuis laquelle opèrent le Hezbollah et ses troupes. Les Iraniens espèrent que cette victoire constituera un tournant pour Assad. Leur bataille commune se reporte désormais vers Alep, où les combattants libanais et les conseillers iraniens semblent l’emporter sur les rebelles.

Reprendre le contrôle de la capitale commerciale du pays est crucial pour le régime. Avec Damas, Tartous et Alep en main, Téhéran pourrait créer une nouvelle ceinture chiite depuis l’Iran, jusqu’en Syrie et au Liban, en passant par l’Irak.

Un régime menacé de l’extérieur… 

Les émeutes de cette semaine semblent également contribuer aux desseins iraniens, vu que le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan est le critique le plus virulent d’Assad dans la région. Les affrontements de la police avec les milliers de manifestants pourraient empêcher Erdogan de s’opposer à la Syrie dans un proche avenir. En ajoutant à ce tableau le soutien de la Russie et la Chine, on pourrait conclure que la dynamique moyen-orientale est exactement telle que la souhaite Téhéran.

Mais c’est loin d’être le cas. Tout d’abord parce que les limites de l’emprise iranienne ont clairement été mises au jour dans le conflit d’Assad avec les rebelles. En conduisant la guerre syrienne, Téhéran s’est même positionné comme l’ennemi numéro de la majorité sunnite mondiale. Les quelque 80 000 morts arabes représentent plus de pertes que tout autre conflit dans le monde arabe depuis la guerre entre l’Iran et l’Irak. Pire encore, l’ingérence iranienne en Syrie a hérissé la Turquie. Ce que Téhéran ne peut ni se permettre, ni réparer. Ankara n’autorisera pas un retour d’Assad aux pleins pouvoirs. Même si le président survivait à Damas, et peu importe qui sera au pouvoir à Ankara, la Turquie trouvera un moyen pour renforcer la Syrie sunnite parce que, contrairement à l’Iran, elle fait frontière commune avec elle, partage sa religion dominante et a été son principal partenaire économique depuis des siècles.

Une Syrie dirigée par l’Iran est, du point de vue turc, une monstruosité géopolitique.

De plus, les combats sont loin d’être finis en Syrie. Selon les experts, la violence va durer encore un bon moment. Or, si la politique étrangère iranienne demeure inchangée, cela signifie une véritable hémorragie pour Téhéran – à la fois physique, diplomatique, politique et financière.

Sur le front diplomatique, la terrible conjoncture léguée par Ahmadinejad n’est un mystère pour personne. L’entretien d’un programme nucléaire qui offense l’occident, et le terrorisme répandu dans le monde entier, de l’Argentine à la Bulgarie, en passant par la Thaïlande et l’Inde, ont isolé l’Iran sur le plan international. Mais tout ceci n’est encore rien comparé à la catastrophe économique que devra affronter le nouveau président.

… et de l’intérieur 

Les résultats de l’économie iranienne sont désolants. Le taux de change du rial (9 000 pour un dollar) lorsque Ahmadinejad est arrivé au pouvoir, a aujourd’hui explosé à 40 000 rials pour un dollar. Le chômage touche 25 % de la population, dont plus d’un tiers de jeunes diplômés. Des milliers d’usines ont fermé en raison de la hausse des matières premières.

En d’autres termes : la stagflation (stagnation + inflation).

Pendant ce temps, un système bancaire sclérosé, plombé par la lourdeur administrative du régime, ne laisse que peu de possibilités d’investissements aux plus riches, qui misent donc tout sur l’immobilier. Conséquence : les prix du logement grimpent encore plus vite que l’inflation. En résumé, l’Iranien moyen a de plus en plus de mal à trouver un emploi, se loger et manger de la viande.

Les difficultés du marché iranien ne datent pas des sanctions économiques occidentales. Mais remontent à l’époque du défunt Ayatollah Khomeiny ; pour lui, les classes populaires constituaient la colonne vertébrale de la révolution, et la classe moyenne était hérétique et subversive. Des régimes de subventions ont donc été créés, réduisant artificiellement le prix de nombreux produits, de l’essence aux transports en commun, en passant par les tracteurs, la viande, la farine et les oeufs.

Derrière cette politique se trouvait l’idée que les revenus pétroliers étaient une donnée invariable que le gouvernement pouvait simplement collecter pour redistribuer. C’est ainsi que les islamistes en sont venus à négliger l’industrie, qui affichait pourtant une belle croissance, parfois à deux chiffres, sous le règne du Shah. Pendant ce temps, la population a doublé, passant de 35 millions au moment de la Révolution islamiste à 75 millions aujourd’hui.

Comme cela a été le cas en Israël dans les années 1980, le régime des subventions est peu à peu devenu impossible à financer et Ahmadinejad en a réduit une bonne partie.

Sans appliquer les mesures de sauvegarde employées dans l’Etat hébreu. En Iran, il aurait notamment fallu permettre à la banque centrale de mener une politique monétaire indépendante, mettant ainsi un terme au comblement de la dette en imprimant toujours plus d’argent ; libéraliser les marchés financiers ; moderniser l’industrie de l’énergie ; revendre des biens étatiques, réduire le secteur public et démanteler les activités économiques des Gardes révolutionnaires. Des mesures dont il est absolument hors de question pour Khamenei.

Cette ligne conservatrice apparaît aujourd’hui très clairement dans le choix des candidats à la présidentielle.

Selon les experts, le maire de Téhéran Muhammad Kalibaf ou le chef des négociations nucléaires Saeed Jalili sont les deux favoris du scrutin. Mais d’autres rappellent que les victoires d’Ahmadinejad en 2005 et celle de Muhammad Khatami en 1997 étaient inattendues et que le prochain président pourrait créer la surprise.

Quoi qu’il en soit, aucun des candidats qui se sont exprimés pendant la campagne n’a fait preuve d’une vision économique, ni même d’une expertise ou d’un enthousiasme particulier. En réalité, les sanctions internationales n’ont même pas été évoquées. En résumé, les clercs mènent l’Iran à la catastrophe, et l’identité du nouveau président n’y changera rien. En clair, il ne sera pas un Mikhaïl Gorbatchev qui pourrait modifier la terrible politique étrangère iranienne, ou un Deng Xiaoping qui ferait repartir son économie moribonde. L’arrivée d’un leader de cette trempe dépend de la survenue d’autres événements, que ce soit au sein de l’Iran, à l’étranger, ou les deux.

 


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