Elections italiennes : quel impact pour Jérusalem ?

Le scrutin des 24 et 25 février a plongé l’Italie dans une impasse gouvernementale qui inquiète toutes les capitales.

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March 5, 2013 14:16
4 minute read.
Impasse parlementaire en Italie

0603JFR14 521. (photo credit: Reuters)

 
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« Et le gagnant est : l’ingouvernabilité ». Ce titre du quotidien romain Il Messaggero reflète bien le pessimisme général après les élections générales italiennes des 24 et 25 février. Aucune des coalitions parlementaires n’est parvenue à obtenir une nette majorité et les deux chambres ont chacune été remportées par des partis différents. Dans les prochaines semaines, alors que l’Italie et toute l’Union européenne retiennent leur souffle, deux ennemis jurés vont devoir collaborer afin de former un gouvernement. Faute de quoi, de nouvelles élections seront lancées.

L’ancien président du Conseil Silvio Berlusconi a d’ores et déjà indiqué que son parti de centre droit serait prêt à établir une coalition avec la formation de centre gauche de Pier Luigi Bersani. Ce dernier pourrait alors obtenir la majorité à la Chambre des députés, où un supplément de sièges est automatiquement accordé au plus large bloc de l’assemblée. Au Sénat, où les mandats sont élus région par région, le centre gauche et ses alliés obtiendraient un total de 119 sièges, contre 117 pour le centre droit. Mais il faut une majorité de 158 sénateurs pour gouverner. Toute future coalition doit être majoritaire dans les deux chambres afin de pouvoir faire adopter des textes de lois.

Beppe Grillo, humoriste à la tête du Mouvement 5 étoiles, formation « anti-establishment », a remporté plus de voix que tout autre parti avec 25 % des votes. Il n’a manifesté aucun désir de coopération avec les autres formations pour le moment. Bersani n’a réussi à remporter la majorité à la Chambre des députés que grâce à ses alliés de centre gauche, dépassant Grillo de 125 000 voix seulement.

Si les spéculations sur un nouveau scrutin vont bon train, les partis dominants semblent vouloir éviter un tel scénario, d’une peur d’une humiliation plus cuisante encore.

Quelles répercussions ?


En Israël, on observe cette situation avec inquiétude.
Une Italie accaparée par des difficultés politiques et économiques serait moins apte à soutenir l’Etat hébreu au sein des institutions européennes, ce qu’elle a fait à plusieurs reprises ces dix dernières années, souvent à l’encontre des autres nations du Vieux Continent. Or, si Berlusconi est considéré comme un solide allié de Jérusalem, d’aucuns murmurent que son amitié s’avère parfois comme un cadeau empoisonné. « Il est complètement discrédité en Europe », souffle un diplomate israélien. Et d’ajouter que lorsque le Cavaliere part en campagne pour Israël, les autres pays ne veulent généralement pas s’associer au subversif Italien. De plus, dans le cadre du chaos politique et économique actuel de la péninsule, des voix pourraient se faire entendre pour rappeler les troupes italiennes des forces Finul déployées au Liban. Un scénario redouté par Jérusalem.

Bersani est également considéré comme amical envers Israël. Mais son passé communiste inquiète néanmoins certains diplomates israéliens, tout comme la possibilité qu’il fasse appel à Massimo d’Alema, ancien Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, et pencherait nettement en faveur des Palestiniens. Mais Jérusalem craint surtout Grillo et son parti. Selon un haut fonctionnaire israélien, Grillo est contre tout : la gauche, le centre, la droite, les politiciens, l’Union européenne, les Etats-Unis et, évidemment, Israël.

Bonne nouvelle cependant : l’agitateur semblerait vouloir se concentrer sur les affaires internes.

Dans le monde, les marchés financiers ont réagi nerveusement à cette impasse parlementaire de la 3e économie de la zone euro, alors que la quasi-catastrophe monétaire de 2011 demeure dans toutes les mémoires. En Allemagne, la chancelière Angela Merkel n’a pas caché sa déception face à la débâcle de Mario Monti, qui avait mené une politique de rigueur depuis la chute de Berlusconi en 2011, et appelé la capitale romaine à continuer les réformes économiques jugées indispensables par Berlin pour stabiliser la monnaie européenne.

Berlusconi s’est dit prêt à une union avec le centre gauche, mais pas avec Monti, ce froid technocrate qui a pris sa succession il y a 15 mois. « L’Italie doit être gouvernée », a déclaré le Cavaliere. « Chacun doit être prêt à faire des sacrifices ».

Les mauvais résultats de Monti sont à expliquer par un rejet de la politique d’austérité, exploité à la fois par Berlusconi et Grillo. Selon plusieurs politologues, les adversaires du Mouvement 5 étoiles ont sous-estimé l’attrait d’un mouvement populaire qui s’autoqualifie de « non-parti », en particulier parmi les jeunes Italiens atteints de plein fouet par le chômage et confrontés à un avenir incertain. Grillo, qui mêle des attaques contre la corruption des élus à des propositions de réformes allant de la gratuité d’Internet aux énergies propres, a suscité une véritable déferlante en fin de campagne électorale, avec plusieurs centaines de milliers de personnes assistant à ses meetings.

En moins de 3 ans, son mouvement autrefois marginal, a su massivement attirer une génération d’Italiens amers et désabusés des grands partis politiques. La campagne de Silvio Berlusconi, qui alternait les promesses de réduction d’impôts avec de virulentes attaques contre Monti et Merkel, creusait le même sillon. Que l’homme, qui a dû démissionner sous les huées il y a un peu plus d’un an, se retrouve numéro 2 après ce scrutin reflète sans doute l’état de désarroi et de pessimisme des Italiens face à une classe dirigeante incapable de leur éviter les douloureuses répercussions de la crise économique.

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