Erdogan sur la touche

Au pouvoir depuis 10 ans, le Premier ministre turc est aujourd’hui plus que jamais contesté. Au point de perdre les prochaines élections ?

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January 28, 2014 16:58
Photo d'Erdogan

P9 JFR 370. (photo credit: REUTERS)

 
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Fin de partie Tayep Erdogan… Le dirigeant devrait jouer ses dernières cartes lors des prochaines élections. Les pressions politiques sans précédent auxquelles il est confronté pourraient bien le contraindre à tirer sa révérence et faire ses adieux à la scène politique. En ligne de mire : le scrutin municipal, puis la présidentielle. Un test pour Erdogan, mais aussi pour le peuple turc qui devra choisir son visage de demain…

Le charismatique leader de l’APK, le parti islamique pour la Justice et le Développement, est en effet impliqué dans un scandale de corruption qui pourrait bien sonner le glas de sa carrière politique. Depuis 2002, Erdogan a remporté les élections à trois reprises : il est Premier ministre de la Turquie depuis plus de 10 ans. Ironie de l’histoire, c’est principalement pour son dégoût affiché de la corruption dans les rangs des anciennes élites kémalistes qu’il doit d’avoir été propulsé au sommet des sphères du pouvoir, mais c’est cette même corruption aujourd’hui qui pourrait bien précipiter sa propre fin.


La stabilité sacrifiée à l’islamisation

Plusieurs facteurs sont à l’origine du rôle pivot joué par le parti APK qui a pris les rênes du pays. Le rejet d’une classe politique corrompue et de sa laïcité affichée, la crise économique, la croissance démographique qui a renforcé les éléments traditionalistes de la population et enfin le charisme qui émane de la forte personnalité d’Erdogan, expliquent sa fulgurante ascension.
Sous la houlette du Premier ministre, les gouvernements successifs sont parvenus à stabiliser l’économie et pendant un certain temps, ont favorisé le rôle de l’islam dans la sphère publique avec une certaine discrétion. Cette stabilité intérieure s’est accompagnée d’une constance de la politique étrangère turque, avec des tentatives récurrentes d’adhérer à l’UE, une solide alliance occidentale et de bonnes relations avec Israël. Ankara a ensuite progressivement adopté des coudées plus franches dans sa volonté d’islamisation du pays : en imposant des restrictions sur la vente d’alcool, en rehaussant le statut des écoles religieuses, en encourageant la création d’établissements scolaires religieux et en désignant des islamistes notoires aux postes clés du secteur public.

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Les Turcs ont alors commencé à subir les effets pervers de l’autoritarisme de plus en plus prégnant du pouvoir en place. Particulièrement sensible dans les médias turcs qui ont fait l’objet d’intimidations et de tentatives de rachat, il a frappé en tout premier lieu les journalistes envoyés en prison sous des chefs d’inculpation fallacieux. Le milieu des affaires, a lui aussi fait les frais de pressions informelles pour l’inciter à se conformer aux mœurs musulmanes. Et plus récemment, le système bancaire a été infiltré par les islamistes parrainés par le gouvernement, sans oublier les purges qui ont frappé dans les rangs des militaires.


Des rêves de grandeur déçus

La Turquie a ensuite amorcé un virage très net dans sa politique étrangère en prenant ses distances avec la traditionnelle politique kémaliste de non-intervention au Proche-Orient, qui prônait l’apaisement et une politique de « Zéro conflit » à tout prix. Sous l’impulsion des islamistes taraudés par la nostalgie de l’empire Ottoman, le gouvernement a joué la carte du rapprochement avec ses voisins musulmans afin d’asseoir le leadership de la Turquie dans la région. Dans la foulée, et ce, pour fédérer autour de lui, Erdogan s’en est pris à Israël, bouc émissaire de choix, pour détourner l’attention de ses problèmes domestiques d’une part et servir son ambition hégémoniste dans le monde arabo-musulman d’autre part, au prix d’une détérioration des relations entre Ankara et Jérusalem. Confirmant par là non seulement que la Turquie ne lorgne plus à l’ouest, mais encore renonce à faire la cour à l’Europe pour entrer dans l’Union (les Européens sont en partie à blâmer pour cela). Le changement de cap de la politique étrangère du Premier ministre s’est vu confirmé par sa décision en septembre 2013 d’acheter un système de défense antiaérienne à la Chine, ce qui est de toute évidence en contradiction avec ses obligations au sein de l’OTAN, dont la Turquie est membre.

Parallèlement, les Etats voisins s’engouffraient dans une spirale de violence mettant à mal les visées hégémonistes d’Erdogan. Lui qui espérait que la crise politique et économique surnommée « printemps arabe » serait une occasion en or pour vendre son pays comme modèle de compatibilité entre islam et modernité, a dû déchanter alors que le zèle islamiste démontré d’Ankara était mis en échec par l’inimitié ethnique historique entre Turcs et Arabes. Les revers cuisants infligés à sa politique étrangère ont trouvé un corollaire dans les déboires de sa politique intérieure. Les manifestations du parc Gezi à Istanbul l’été dernier ont mis le feu aux poudres et galvanisé l’opposition populaire. Erdogan semble depuis avoir perdu la main ; la violence avec laquelle il a répondu aux manifestants a été vertement critiquée aux quatre coins du globe et même par ses alliés. A tel point qu’il envisage aujourd’hui de recourir à un référendum pour renforcer la fonction de président en lui attribuant plus de pouvoir, avec l’intention d’en briguer le poste pour lui-même afin d’asseoir sa position et conserver le pouvoir à tout prix.


Seul contre tous

Mais il pâtit également du fossé qui s’est creusé entre l’AKP et le mouvement Fethullah Gülen. Ce mouvement islamiste émanant de l’AKP qui se veut moderne, a pris ses distances avec les prises de position politiques d’Erdogan, sa nouvelle politique étrangère délétère, les tensions israélo-turques, son soutien inconditionnel aux Frères musulmans en Egypte, et bien sûr son fiasco face au mouvement social. Les critiques de ce parti ont culminé quand en novembre dernier, Erdogan a annoncé qu’il allait fermer les écoles privées de préparation aux examens des grandes écoles, dites les « dershanes », dont un quart environ sont administrées par des membres du mouvement Gülen. En s’aliénant les Gülenist, le Premier ministre s’est tiré une balle dans le pied et a perdu le seul soutien interne dont il bénéficiait encore. « Zaman », le média phare de ce mouvement, figure de proue de la presse turque, lui est depuis devenu ouvertement hostile. C’est aussi en grande partie sous l’influence de Gülen, que la police et la justice ont pris l’initiative des récentes arrestations de plusieurs protégés d’Erdogan accusés de corruption. Ce qui a conduit le Premier ministre à lancer en hâte un remaniement ministériel pour tenter de sauver sa tête qui menace de tomber sous le coup de ce scandale de corruption.
Plus que jamais, le règne d’Erdogan bat de l’aile et semble toucher à sa fin. On doute que lui et son parti, l’AKP puissent tirer leur épingle du jeu de ce bourbier dans lequel les a plongé la crise politique actuelle. Bien qu’ils ne soient pas encore parvenus à redorer leur blason politique malgré les dérives du Premier ministre, les partisans de la laïcité en Turquie ne manqueront pas de saisir leur chance de saper encore davantage sa popularité vacillante. Les éléments laïcs les plus conservateurs sur l’échiquier politique turc, pourraient même être tentés de faire alliance avec les Gülens afin de renforcer leur force politique pour damer le pion au Premier ministre et lui donner le coup de grâce.

Les élections municipales prévues pour mars 2014 seront le premier test sérieux qui permettra de mesurer les dégâts de ce scandale de corruption sur la carrière politique d’Erdogan. Elles seront suivies d’élections présidentielles en juin. Sa mainmise sur l’économie du pays sera aussi remise en question dans la campagne. 

L’auteur est directeur du Centre Begin-Sadate d’études stratégiques et professeur de sciences politiques à l’université Bar-Ilan, et chargé de cours au Forum du Moyen-Orient. Il est également l’auteur d’un autre article de ce dossier.

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