Fraternité irano-biélorusse

Minsk cherche à renforcer ses liens avec Téhéran. Et si l’ex-République soviétique aidait l’Iran à échapper aux sanctions et à servir de point de passage discret pour des livraisons d’armes russes ?

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February 6, 2013 13:32
Missiles S200

0602JFR15 521. (photo credit: Ali Shayegan/Reuters)

 
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Mi-décembre, dans un discours largement diffusé en Biélorussie et en Iran, le président Aleksander Lukashenko appelait Téhéran à augmenter ses investissements dans l’ex-République soviétique. Car, selon lui, la Biélorussie et l’Iran « partagent la même vision du monde ».

A la suite d’une réunion avec l’ambassadeur iranien en Biélorussie Seyyed Abdollah Hosseini, on a ainsi pu lire sur son site Internet officiel : « en matière de relations politiques avec l’Iran, nous n’avons absolument aucun problème… Nos deux pays soutiennent le multilatéralisme et la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats ».

Le renforcement des liens entre les deux pays et la poursuite du support inconditionnel de Minsk à la République islamique inquiètent Israël et les Etats-Unis qui redoutent que la Biélorussie puisse aider l’Iran à esquiver les sanctions de plus en plus dures à son encontre et serve de canal de passage des armes et des technologies militaires russes. Et dans un rapport publié fin décembre, dans la revue d’études militaires « US Foreign Military Studies Office’s OE Watch », l’ancien responsable au Pentagone, Michael Rubin, va plus loin : il note que malgré la petite taille du pays, l’Iran envoie en Biélorussie de nombreuses délégations militaires et commerciales, dont la dernière conduite par le responsable de la Chambre de commerce de Téhéran, Yahya Al-e Eshagh.

Selon Rubin, Eshagh est « souvent l’homme clé dans les efforts de l’Iran pour convaincre les marchés émergents et les pays en voie de développement de contourner les sanctions contre son pays ».

Contourner les sanctions 

Le volume des échanges commerciaux entre la Biélorussie et l’Iran explique que Minsk puisse se laisser convaincre par les arguments d’Eshagh. Car, selon l’ambassadeur d’Iran à Minsk, Hosseini, les échanges commerciaux n’ont pas cessé d’augmenter exponentiellement, ces cinq dernières années.

Et Hosseini de noter : « l’investissement iranien en Biélorussie se montait à 6 millions de dollars lors de ma visite de septembre 2008. En décembre 2010, ce chiffre dépassait les 960 millions de dollars en capitaux bancaires et en investissements ».

Selon un article du quotidien italien La Stampa, les banques iraniennes – dont plusieurs détiennent des capitaux en Biélorussie – utilisent cette ex-République soviétique en enregistrant des filiales à Minsk pour contourner les sanctions bancaires de l’Union européenne. La Stampa cite des sources anonymes occidentales qui mentionnent la création par l’Iran de nouvelles institutions financières à Minsk, destinées à être ultérieurement enregistrées comme des banques biélorusses dans le but d’échapper aux sanctions.

L’Iran utilise d’ailleurs un schéma similaire en Russie. La République islamique transite par la « Mir Business Bank CJSC », basée à Moscou, pour permettre à ses hommes d’affaires de poursuivre leurs échanges commerciaux, malgré les sanctions bancaires. Mir est au départ une filiale de la banque Melli que l’Iran a rebaptisée en réponse aux sanctions américaines de 2010.

La maison mère de Mir n’est autre que la banque d’Etat iranienne, Melli, que les Etats-Unis ont soumise aux sanctions du fait de son rôle de soutien du programme nucléaire iranien. Selon le Wall Street Journal, les responsables du Trésor américain ont exprimé leurs craintes relatives aux opérations de Mir en Russie.

Les analystes ont aussi tiré la sonnette d’alarme car l’Iran tente d’acquérir des technologies militaires et des armes russes via la Biélorussie, qui, selon le ministre russe de la Défense Anatoly Serdyukov, se classe parmi les premiers pays de la CEI en termes d’importations d’armements (incluant les systèmes de missiles S-300 SAM) depuis la Russie.

Minsk : un substitut de la Russie ?

Comme l’Iran, cette ex-République soviétique est un régime de plus en plus isolé. Depuis 2010 et du fait de la répression par Lukashenko contre les contestataires antigouvernementaux, la Biélorussie est soumise aux sanctions américaines et européennes. Les soucis de l’UE en matière de non-respect des droits de l’homme et des principes démocratiques ont conduit cette dernière à renouveler en octobre les sanctions à son égard pour une nouvelle année.

La Biélorussie réfute constamment ceux qui l’accusent d’ignorer les sanctions militaires en vendant des armes à divers pays dont la Syrie.

En février dernier, l’ONU l’avait pourtant accusé de violer un embargo militaire international en fournissant trois hélicoptères d’attaque au président de Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo.

Minsk a aussi été accusée de violer les règles du Conseil de sécurité de l’ONU en livrant par bateau, au régime syrien de Bachar el-Assad, des cargaisons illégales d’armements, incluant des armes à visée laser.

Enfin, en septembre, le Trésor américain a imposé des sanctions contre son entreprise étatique Belvneshpromservice, pour avoir tenté de fournir aux services d’achat de l’armée syrienne des détonateurs destinés à des bombes aériennes tous usages. Selon le rapport du mois de mars de l’Institut de la Recherche pour la Paix de Stockholm (SIPRI), la Biélorussie est le deuxième fournisseur d’armements de la Syrie sur la période 2007-2011.

Selon Rubin, l’empressement de Minsk à vendre des armes à la Syrie « tend à prouver sa volonté d’agir comme substitut de la Russie au Moyen-Orient ». L’Iran tient particulièrement à acquérir le système de missile russe sol-air à longue portée S-300, développé pour la défense contre les attaques aériennes et les missiles de croisière. En 2007, Téhéran avait ainsi signé un accord avec Moscou pour acquérir ce système ; mais la vente avait été annulée en 2010, suite au décret du président russe Medvedev interdisant les ventes d’armes russes à l’Iran dans le nouveau contexte d’embargo militaire. Le régime des Mollahs avait alors déposé, en juillet dernier, un recours devant la cour d’arbitrage de Genève pour demander des compensations à hauteur de 4 milliards de dollars.

Voie d’approvisionnement alternative

L’Iran a un besoin désespéré de ces systèmes russes pour doper ses défenses aériennes contre de possibles attaques aériennes israéliennes ou américaines destinées à retarder ses efforts en vue d’acquérir des armes nucléaires. Car, pour l’heure, la république islamique s’appuie sur les systèmes S-200 VE Vega SAM, dont la conception soviétique date des années 1960. Des systèmes devenus complètement obsolètes dans les contextes militaires actuels et qui, utilisés par la Libye en 1986, se sont déjà avérés inefficaces contre les attaques des forces aériennes et navales américaines.

En obtenant des armes russes via Minsk, Téhéran disposerait donc d’une voie alternative d’approvisionnement en armes et technologies militaires, tandis que Moscou continuerait à nier de façon plausible son implication dans ce type de transactions.

Certes, jusque-là nous n’en sommes qu’aux suppositions, mais selon Rubin, « si la Biélorussie aidait l’Iran à échapper aux sanctions sur les importations d’armement, soit en lui livrant directement le système S-300, soit de façon plus plausible, en se contentant de lui livrer la technologie permettant à son industrie militaire de le produire, elle pourrait accélérer le développement des capacités iraniennes. Et, à l’inverse, susciter une réaction internationale pour empêcher le déploiement de tels systèmes avancés ».

On dispose d’indications relatives à la volonté de Minsk de fournir à l’Iran le système S-300. Un article de 2006 de Jane’s Intelligence Digest évoquait la préparation par la Biélorussie de l’exportation vers l’Iran de la version la plus avancée du système. En 2010, le site Internet de l’agence Run de la garde révolutionnaire iranienne, mentionnait (avant que ce ne soit très vite effacé) que la Biélorussie avait accepté de fournir deux fusées pour le système S-300. Et plus récemment, des sources biélorusses suggéraient que selon les annonces faites par l’Iran, cette année, quant à ses capacités en matière de SAM, Minsk a au moins fourni une assistance technologique aux militaires iraniens.

Dans l’attente d’un cas concret 

En septembre, l’Iran avait ainsi annoncé l’amélioration en cours de ses systèmes S-200. Pendant que le général Farzad Esmaili, commandant de la base aérienne iranienne Khatamol- Anbiya, mentionnait que le système connaîtrait des améliorations systémiques et structurelles, avec extension de son usage dans la zone d’un système SAM de moyenne à haute portée.

Cette année également, l’Iran a annoncé avoir construit presque 30 % du Bavar-373, un SAM de facture iranienne, dans le but de se substituer au S-300 russe.

Tandis qu’Esmaili a insisté sur le fait que l’Iran entreprend de tels projets sans aide extérieure, les analystes doutent de la capacité de l’Iran à conduire des améliorations opérationnelles et militaires significatives sur des équipements soviétiques de conceptions complexes, sans l’aide d’experts issus de l’ex-URSS.

Pour l’analyste militaire biélorusse, Aleksander Alesin, la compagnie privée Tetraedr – spécialisée dans l’amélioration des systèmes de défense de missiles aériens, la production de systèmes d’armes radio électroniques et dans les équipements et logiciels pour radars – pourrait avoir contribué au programme d’amélioration des S-200 iraniens.

Selon un rapport de l’agence de presse russe Interfax, datant de 2007, Tetraedr offre ses services pour l’amélioration sur site du système S-200 VE Vega de façon à éviter aux clients de déplacer ses systèmes de missile de leur lieu de déploiement. Son offre comprend aussi les réparations du système S-200 permettant d’en étendre la durée d’utilisation.

Malgré ces indications, le Dr Paul Holtom, directeur du Programme de transferts d’amements au SIPRI a déclaré au Jerusalem Post que, s’il est possible que la Biélorussie s’engage dans une coopération technico-militaire avec l’Iran, il ne dispose pas « de preuves tangibles de sa fourniture à l’Iran de matériels relevant des sept catégories du Registre des armes conventionnelles de l’ONU ».

Holtom a signalé l’existence de rapports indiquant que Minsk a commencé à aider l’Iran à développer son missile Sol-Sol et des capacités nucléaires. Parmi eux, un rapport de Reuters de septembre dernier mentionne un diplomate d’un pays hostile au programme nucléaire iranien citant des sources de renseignement selon lesquelles un homme d’affaires biélorusse, Yuri Charniauski, a essayé d’acquérir des technologies de la société russe Optolink afin que sa société TM Services puisse les vendre à l’Iran.

Néanmoins, Holtom a indiqué qu’un rapport final datant de juin émis par un comité d’experts de l’ONU ne mentionnait pas Charniauski.
Holtom a conclu : « J’attends un cas concret attestant l’évidence de l’utilisation de la Biélorussie comme couverture d’actions russes. »

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