Hollande en Israël : entre espoir et scepticisme

La visite de François Hollande en Israël annonce un rapprochement économique. Mais le président viendra-t-il à bout des dissonances politiques ?

By KATHIE KRIEGEL
November 12, 2013 14:21
4 minute read.
"La sécurité d'Israël est capitale pour la France"

P8 JFR 370. (photo credit: Reuters)

C’est confirmé : François Hollande sera reçu à la Knesset et y prononcera un discours. C’est tout d’abord sur fond de querelle que s’est annoncé ce premier voyage présidentiel en Israël du 17 au 19 novembre prochain. Youli Edelstein, président de la Knesset, a fait savoir que la présence de François Hollande à la Knesset n’était pas souhaitée s’il ne consentait pas à y prononcer un discours, ce qui semblait devoir être le cas. Beaucoup de bruit pour rien, affirme aujourd’hui le nouvel ambassadeur de France en Israël, Patrick Maisonnave, qui évoque le planning encore flou du chef de l’Etat et les difficultés à faire coïncider les agendas respectifs de la Knesset et du président. Fi donc des rumeurs, problèmes de susceptibilité et autres querelles de chapelle, soulevés en cette occasion. « Il est naturel pour un chef d’Etat de souhaiter être accueilli à la Knesset, d’autant plus que François Hollande est un parlementaire dans l’âme. Vouloir s’y rendre est un geste politique fort qui exprime son amitié », veut rassurer le diplomate. Pourquoi qvoir hésité à s’exprimer devant les députés israéliens ? Le dirigeant français craignait peut-être de froisser son électorat par une déclaration d’amitié trop appuyée en cette enceinte.


Beaucoup d’économie…


C’est avant tout le domaine économique qui devrait tenir une place de choix dans la visite du président, attendu aux Journées de l’innovation qui se tiendront les 17 et 18 novembre à Tel-Aviv. Plusieurs grands patrons français seront du voyage présidentiel : Guillaume Pepy, président de la SNCF et d’Eurostar est d’ores et déjà annoncé, ainsi que plus d’une centaine d’entrepreneurs français, décidés à se rendre dans la « Nation start-up ». Des contrats devraient être finalisés et officialisés notamment avec Alstom qui vient de remporter un appel d’offres de plus de 300 millions d’euros pour remettre à niveau les wagons des trains israéliens. Le géant français incube déjà plusieurs start-up d’énergies propres locales via une société de financement baptisée Horizon, dont il est l’actionnaire majoritaire. Par ailleurs Alstom a déjà signé au printemps dernier un contrat EPC (ingénierie, approvisionnement et construction) d’une valeur d’environ 500 millions d’euros avec le groupe israélien Dalia Power Energies pour la construction d’une des plus importantes centrales électriques privées du pays.


Ce voyage officiel sera également l’occasion de lancer le fond d’investissement « Parrainer la croissance ». Composé d’investisseurs français dont l’objectif est de transposer en France le modèle créateur de richesses israélien et servir de potentiel de croissance économique dans l’Hexagone. Israël est un berceau de technologies de plus en plus recherché par les Européens, en passe de devenir un incontournable rendez-vous pour toute économie soucieuse de se maintenir à flot. Le pays compte davantage de sociétés cotées au Nasdaq, la Mecque du high-tech, que tout le Vieux Continent réuni. Voilà qui explique la nécessité pour Paris de lorgner de plus en plus avec envie vers ce petit pays qu’il fustige si souvent par ailleurs. Rien de surprenant non plus quand on connaît l’essoufflement de la France dont l’investissement en capital à risque n’est que de 7 %, alors qu’il caracole autour des 164 % dans l’Etat juif. Par ailleurs, l’Hexagone investit peu en Israël et ses exportations y sont faibles : l’économie française n’y représente que 2,9 % de parts de marché.


… et de la politique malgré tout


Le ministre de l’Economie Pierre Moscovici avait déjà appelé au développement d’un dispositif d’échanges croisés entre les deux pays, lors d’un discours prononcé à la Chambre de commerce Israël-France (CCFI) en avril 2013 et encouragé les entreprises françaises à lutter contre leur fâcheuse tendance à se priver du marché israélien, par crainte des retombées négatives sur le volume des activités avec les autres pays de la région en cas de partenariat économique avec l’Etat hébreu. La France a en effet longtemps privilégié le rapprochement avec les Etats arabes du bassin méditerranéen, au détriment des Israéliens. Mais aujourd’hui, la stabilité d’Israël est perçue comme nécessaire à l’équilibre régional par l’Arabie Saoudite aussi bien que les pays du Golfe. Dans ce contexte, la nouvelle convergence de vues entre Paris et Ryad sur les deux crises majeures qui secouent le Proche-Orient, à savoir la Syrie et le nucléaire iranien, ainsi que sur le désir de contrer l’influence chiite, devrait augurer d’un rapprochement Paris-Jérusalem. De fait, Français et Saoudiens sont d’accord pour s’opposer catégoriquement à un Téhéran nucléaire. Le rôle de la France, salué par les uns et décrié par les autres, est en question après l’échec des négociations de Genève sur le nucléaire iranien. Echec en partie provoqué après qu’elle ait dénoncé le réacteur à eau lourde à Arak qui doit entrer en service l’été prochain. L’occasion pour la République islamiste d’accuser la France de défendre les positions de Jérusalem. « La sécurité d’Israël est cardinale pour la France », martèle Patrick Maisonnave. Reste que les incontournables divergences sur le dossier israélo-palestinien ne devraient pas manquer de souffler le chaud et le froid entre le président Hollande et le Premier ministre Binyamin Netanyahou. D’autant plus que la France soutient les décisions de l’Union européenne concernant l’étiquetage des produits en provenance de Judée-Samarie ainsi que sa décision d’exclure les territoires disputés de sa coopération avec Israël à partir de 2014. Rendez-vous le 17 novembre.



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