Iran : Washington et Jérusalem en désaccord

Netanyahou hausse le ton. Après un premier échec, les négociations reprendront la semaine prochaine.

By HERB KEINON ET HENRY ROME
November 12, 2013 14:11
3 minute read.
Le Premier ministre s'adresse au cabinet, réuni à Sdé Boker, dimanche 10 novembre

P4 JFR 370. (photo credit: DR)

 
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Rien ne va plus. Israël et les Etats-Unis étaient à nouveau en désaccord, dimanche 10 novembre, après l’échec des négociations entre le groupe P5 + 1 et l’Iran à Genève. Composé des Etats-Unis, de la Russie, de la Chine, de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Allemagne, le P5 + 1 souhaitait obtenir un accord progressif, au cours duquel Téhéran gèlerait d’abord son programme nucléaire existant pour 6 mois, donnant le temps aux grandes puissances d’atteindre un accord plus détaillé et obtiendrait, en contrepartie, un allégement partiel des sanctions économiques qui lui sont imposées. Une approche à laquelle s’oppose fermement le Premier ministre Binyamin Netanyahou, comme il n’a cessé de le répéter au cours de ces derniers jours. Le dirigeant est vent debout contre tout allégement des sanctions ou gel du programme qui n’inclurait pas de véritable démantèlement.


Le désaccord porte également sur les sanctions elles-mêmes. Selon la diplomatie américaine, renforcer leur sévérité pourrait chasser les Iraniens de la table des négociations, et serait perçu comme irraisonnable au sein de la communauté internationale, ce qui pourrait pousser à terme certains Etats à les abandonner complètement. De son côté, Jérusalem prône exactement le contraire : augmenter la pression exercée sur Téhéran rendra le régime plus enclin au compromis, affirme la capitale. Pour Israël, ce serait justement un affaiblissement des sanctions qui serait perçu à l’international comme un encouragement à la permissivité.


Bibi a fait allusion à ces profondes divergences lors d’une interview pour la chaîne télévisée américaine CBS dimanche soir. « Nous avons le même objectif », a-t-il déclaré au sujet du président américain Barack Obama, « mais notre opinion diverge sur la meilleure façon de l’atteindre ». Cet entretien faisait partie d’une offensive médiatique lancée par Netanyahou et qui devrait aller en s’intensifiant jusqu’à la seconde session de négociations genevoises qui doit s’ouvrir le 20 novembre prochain. « De très nombreux leaders arabes de la région ont qualifié cet accord de mauvais. Et vous savez, lorsque les Israéliens et les Arabes sont d’accord, c’est suffisamment rare pour qu’on y fasse attention », a fait valoir le Premier ministre.


"Une décision historique"


Toujours dimanche, Bibi s’est félicité en réunion ministérielle de l’absence de signature d’un accord au cours du week-end. Le dirigeant a révélé être resté en contact étroit avec chacun de ses homologues représentés aux négociations pendant toute la durée de celles-ci. « Je leur ai dit que selon les informations dont nous disposions, l’accord qui a presque été signé était mauvais et dangereux. Dangereux pour nous mais aussi pour le monde entier », a-t-il martelé, rappelant que les termes de ce traité n’appelaient pas au démantèlement de « la moindre centrifugeuse » iranienne. « “Pourquoi se presser ?”, leur ai-je demandé. Je leur ai suggéré d’attendre et de se montrer prudents. Il s’agit d’une décision qui changera le cours de l’Histoire. Je leur ai vraiment demandé d’attendre », a relaté Netanyahou


Le Premier ministre a continué sur sa lancée en s’adressant dimanche soir à l’Assemblée générale des Fédérations juives, réunie à Jérusalem aux Binyanei Haouma. « C’est un mauvais accord, un accord dangereux qui touche à notre survie. Jamais je ne me tairai lorsqu’il s’agit de la survie du peuple juif et de l’Etat juif ! », s’est exclamé Netanyahou. « Vous ne savez que trop bien ce qui est arrivé lorsque le peuple juif s’est tu alors qu’il s’agissait de notre survie. Rien n’est plus important que cela aujourd’hui. Les choses ont changé, nous avons un Etat juif et nous sommes capables de nous défendre. Il est temps de nous faire entendre ».


Ce discours de Netanyahou intervenait alors que le Sénat américain doit bientôt adopter une loi, déjà approuvée par le Congrès, visant à renforcer les sanctions à l’égard du régime iranien. L’administration Obama a demandé un report de la mesure, arguant qu’il fallait « donner une chance aux négociations, voir s’il est possible de les faire progresser ». Si elle a réitéré que « lorsque le Premier ministre israélien s’exprime, il est entendu », la diplomatie américaine a, pour sa part, assuré que l’accord n’avait pas été signé, non pas en raison de l’objection de la France (voir ci-dessous), mais bien parce que les Iraniens « n’étaient pas prêts ». « Ils ont besoin d’une phase de consultation à Téhéran. Ils n’ont pas su saisir l’opportunité. Mais c’est leur choix, nous ne sommes pas pressés », déclare une source officielle à la Maison-Blanche.


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