Iran : les raisons du différend entre Washington et Jérusalem

Israël et les Etats-Unis veulent éviter un Iran nucléaire mais divergent profondément sur les moyens d’y arriver.

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November 19, 2013 18:03
Le Premier ministre Benyamin Netanyahou et le président Barack Obama le 30 septembre dernier aux USA

P10 JFR 370. (photo credit: Reuters)

 
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Rien ne va plus. Jérusalem et Washington ont passé la semaine à étaler au grand jour leurs différends. De part et d’autre, des appels au calme se sont rapidement fait entendre. « La vérité, c’est que les Etats-Unis et Israël sont plus proches que n’importe quels autres pays sur la planète », martelait l’ambassadeur américain Dan Shapiro en début de semaine. « Les relations israélo-américaines ne sont pas bonnes, elles sont excellentes », renchérissait le ministre israélien des Relations internationales et stratégiques, Youval Steinitz. Reste que la prise de bec qui a éclaté la semaine passée témoigne d’une conception radicalement différente quant au nucléaire iranien. Explications.


Jusqu’en juin dernier, tandis que le prédécesseur de Rohani, Mahmoud Ahmadinejad, était aux commandes, la mission d’Israël était (relativement) simple. L’extrémisme radical du président iranien permettait de rallier plus facilement la communauté internationale aux côtés de Jérusalem. Il s’agissait alors seulement de se mettre d’accord sur le calendrier : fallait-il, oui ou non, intervenir militairement pour empêcher Téhéran d’obtenir la bombe atomique ? Cette question a occupé le centre du fameux débat sur la « ligne rouge » que le Premier ministre Binyamin Netanyahou voulait tant imposer et que le président Barack Obama rejetait. Pour mieux cerner le problème, lançons-nous dans une métaphore pâtissière : imaginons que l’on veuille empêcher quelqu’un de confectionner un gâteau. Quelle serait alors la meilleure stratégie ? On pourrait d’une part empêcher l’apprenti-cuisinier de rassembler tous les ingrédients sur la table, les œufs, la farine, le sucre et l’eau, de les mélanger et de les placer au four (la position israélienne). Mais on pourrait également se dire que rien ne presse et qu’il toujours sera temps d’arrêter l’apprenti s’il osait sortir son gâteau du four (la position américaine).


L’Etat hébreu, plus menacé


Ce fossé tactique en Américains et Israéliens peut s’expliquer par la proximité, la gestion des menaces et les capacités. L’Etat hébreu est plus proche de l’Iran que les Etats-Unis, et se sent donc plus directement menacé. De plus, même si Israël affirme être en mesure de lancer seul une offensive, il préfère empêcher les Iraniens de rassembler tous les ingrédients sur la table. Telle était la fameuse ligne rouge tracée par Netanyahou devant l’ONU en 2020 : elle délimitait l’acquisition par Téhéran de 250 kg d’uranium enrichi à 90 %. Une limite soigneusement évitée par le régime…


Mais tout cela date d’avant les élections iraniennes. Aujourd’hui, avec Hassan Rohani en place, le curseur du débat ne pointe plus au même endroit : il ne s’agit plus d’intervention militaire et de deadline, mais d’efficacité diplomatique. Continuons notre métaphore pâtissière. Supposons qu’il faille constamment retenir la main de notre apprenti-cuisinier, faut-il relâcher la pression lorsqu’il se déclare intéressé par un tout autre gâteau et promet de ne plus toucher aux ingrédients pour un certain temps ? Ou faut-il attendre qu’il ait jeté œufs, farine, sucre et eau afin qu’il soit sûr de ne plus recommencer, même si l’envie l’en prenait de nouveau ?


C’est là que se logent les principales différences de conception entre Jérusalem et Washington. Une divergence très visible lors de la dernière session de négociations entre le groupe P5 + 1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne) et la République islamiste à Genève. Fallait-il signer un accord intérimaire ou ne rien accepter d’autre qu’un traité définitif ?


Selon l’approche américaine, développée la semaine dernière par un membre de l’administration Obama devant les journalistes israéliens, la proposition de Genève n’était qu’une étape. L’objectif étant, a insisté la diplomate, que les Iraniens gèlent leur programme nucléaire pour 6 mois et que ce laps de temps permette aux puissances occidentales d’obtenir un accord exhaustif.


De fait, les Américains comprenant qu’il faudra bien plus que 6 mois pour négocier cet accord, l’idée est d’empêcher les Iraniens d’utiliser la durée des pourparlers pour se lancer dans une course contre la montre et faire tourner à fond leurs centrifugeuses, histoire d’obtenir la bombe à tout prix. Un gel du programme, en échange d’un allégement partiel des sanctions économiques à l’égard de Téhéran, est donc perçu par la Maison-Blanche comme la meilleure garantie contre ce scénario.


Une règle d’or : la loi du Talion


Israël ne partage pas cette approche et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, Jérusalem craint qu’un gel de 6 mois permette à Téhéran de gagner une légitimité internationale en tant que puissance au seuil nucléaire – statut partagé par Israël, l’Inde, le Pakistan, l’Afrique du sud, la Corée du Nord et l’Irak – et qu’il sera ensuite difficile de faire marche arrière. « L’Iran est devenu, de fait, un pays de seuil nucléaire il y a 12 ou 18 mois », a déclaré Steinitz la semaine dernière. Et l’élu d’expliquer que, de là, la bombe atomique ne nécessitait plus qu’un an de travail. Ce seuil, a-t-il continué, enfreint clairement la loi internationale, les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et diverses stipulations de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).


Mais « après un tel accord intérimaire et partiel, Téhéran obtiendra bien plus facilement l’aval international, et pourra demeurer une puissance de seuil nucléaire », poursuit Steinitz. « Et une fois qu’on obtient cet aval, il est très difficile de revenir en arrière ».


De son côté, le ministre de la Défense passive, Guilad Erdan, prend moins de gants : « Ne nous y trompons pas : un accord temporaire, c’est un futur accord permanent », a-t-il assuré la semaine dernière.


Ensuite, selon Steinitz, Jérusalem s’oppose fermement à cette solution parce qu’elle croit, au contraire, que « plus la pression est grande, plus les chances de succès augmentent ». De là, poursuit ce proche de Netanyahou, « on peut en déduire que l’inverse est également vrai. Et qu’il ne faut surtout pas relâcher la pression sur l’Iran, tant qu’un accord exhaustif et satisfaisant n’est pas signé. Relâcher la pression avant, c’est perdre les chances de succès. » Une loi du Talion détaillée à son tour par le ministre de la Défense Moshé Yaalon : si les Iraniens ne font que geler leur programme, alors les sanctions doivent elles aussi n’être que gelées. Gel pour gel, démantèlement pour démantèlement, martèle-t-il, mais certainement pas un allégement des sanctions en échange d’un simple gel nucléaire.


Ce dernier point a trait à la seconde différence d’approche fondamentale entre Israéliens et Américains. Celle-ci a trait aux sanctions. Mercredi 13 novembre, Washington déclarait que ledit allégement resterait « modéré », mais Jérusalem répliquait qu’il se monterait malgré tout à 40 milliards de dollars. En réalité, les deux capitales divergent profondément sur l’éventuelle réaction iranienne à un renforcement des sanctions et sur le soutien qu’accordera, ou pas, la communauté internationale à un tel déroulé des événements.


Selon la Maison-Blanche, si les sanctions n’étaient pas un tant soit peu adoucies en cours de négociations, le soutien de certains pays d’abord difficiles à convaincre, tels que la Chine, la Russie, l’Inde, la Turquie ou même la Corée du Sud, pourrait venir à manquer. Et d’insister : avec de nouvelles sanctions, comme l’envisage actuellement le Sénat américain, les conséquences seraient doubles. L’Iran quitterait la table des négociations et avancerait plus que jamais dans son programme d’une part, et la communauté internationale montrerait des signes de faiblesse et finirait par abandonner le régime des sanctions dans son ensemble d’autre part.


Là encore, Jérusalem pense exactement le contraire. Des sanctions plus dures, ou tout du moins l’absence d’un allégement, ne feront que rendre Téhéran plus flexible ; en effet, ce sont elles, et rien qu’elles, qui ont poussé les Iraniens à la table, explique-t-on au gouvernement. Mieux, assure Netanyahou, ce n’est pas un durcissement qui fera fuir la communauté internationale, mais bien un allégement, car, note-t-il, lorsqu’on perce un trou dans un pneu, l’air a tôt fait de s’en échapper et le pneu de s’aplatir complètement.


Les négociations de Genève devaient reprendre mercredi 20 novembre. Après la série de couacs entre Jérusalem et Washington, et la visite en Israël du président François Hollande, qui a surpris par sa fermeté sur le dossier iranien, le groupe P5 + 1 changera-t-il de tactique ? C’est peu dire que ce serait apprécié par le gouvernement israélien.



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