La France, ce royaume désenchanté

Qu’est donc devenue la patrie de Voltaire ? Ou de la difficulté d’enseigner quand l’antisémitisme prolifère.

By PIERRE-HENRI WEBER
January 1, 2013 15:30
2 minute read.
Kerem Menahem Nice

p10 521. (photo credit: Reuters)

 
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Je vous écris du royaume de France, un pays si beau qu’on y venait, jadis, du monde entier pour trouver bonheur et accueil généreux. On répétait d’ailleurs avec volupté le mot fameux de Victor Hugo selon lequel chaque homme avait deux patries : la France et la sienne. Sans crier gare pourtant, le royaume enchanté de jadis est devenu un pays aux rues tristes et aux visages fermés. Le 11 décembre 2012, dans un lycée professionnel d’Istres, près de Marseille, une professeur de physique-chimie a failli être défigurée et rendue aveugle par une bouteille d’acide transformée en bombe par deux de ses élèves. Lesquels, les jours précédents, l’avaient apostrophée en ces termes : « Sale feuj, on va te casser la gueule ! ». Quelques jours plus tôt, dans un autre lycée, une avocate, aidée des pédagogues locaux, tentait d’expliquer la notion de crime contre l’humanité. Alors que le débat en vint à porter sur les crimes de Mohamed Merah, un lycéen s’écria à propos des victimes : « Ce n’étaient pas des enfants, c’était des Juifs ». Heureux pays aux villes hérissées de paraboles et aux cohortes de femmes voilées. Heureux pays que celui où le frère du tueur de Toulouse, un homme courageux, Abdelghani Merah, témoigne (Mon frère, ce terroriste, Calmann-Lévy, 2012) de l’antisémitisme rabique de ses proches, évoquant à six reprises, ce sont ses mots, un « antisémitisme culturel, une judéophobie enracinée ». Mais sans faire allusion, ni au conflit israélo-arabe, ni à la Palestine dont le nom n’est même pas cité une fois. Ni aux « crimes » commis par l’armée israélienne « contre des enfants sans défense » pour user de la novlangue des plateaux de la télévision d’Etat en France. Et des officines arabo-antisémites qui de, Dieudonné à Soral, se situent dans la droite ligne des collaborateurs pronazis de 1942. Heureux pays que celui où la bien pensance ferme les yeux et bâillonne la bouche. Heureux pays que celui qui jouit d’un média tel Télérama qui aurait fait le bonheur d’un George Orwell, et lui en aurait même remontré dans l’art de convaincre les foules que le blanc c’est le noir et que la guerre c’est la paix. Et que le naufrage dont vous êtes le témoin n’est qu’une vue de l’esprit. Heureux pays que celui où le manque de courage politique (une tradition française depuis les années 1930) évite de nommer ce que chacun sait. Et tait la dépossession d’un peuple de son histoire et de sa patrie. Nomme « incivilités » le retour de la barbarie et de la violence au quotidien. Feint de ne pas voir ce que chacun perçoit, ce processus de recul de la civilisation. Je vous écris d’un royaume où dans les autobus et les trains, les tramways et les métros on rappelle à des populations silencieuses et soumises qu’il ne faut pas cracher ni même insulter son voisin. Et que l’on peut même dire bonjour au conducteur du bus. Heureux pays.… 

L’auteur est professeur de lettres dans un lycée d’Aquitaine.

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