La nouvelle guerre de l’opinion publique

Après la publication du rapport officiel israélien sur l’affaire al-Doura, les médias internationaux vont-ils admettre leur erreur ?

By NAHMAN SHAI
May 30, 2013 16:23
Et pourtant, nous savons tous que cet incident n'a pas été oublié.

P11 JFR 370. (photo credit: Reuters)


L’incident al-Doura a été l’événement déterminant qui a marqué le début de la seconde intifada. Cela s’est passé le 30 septembre 2000.

Certes la seconde intifada n’a été déclenchée qu’à l’issue d’un long processus, jalonné d’étapes politiques comme Camp David et de violents affrontements comme ceux qui ont suivi la visite d’Ariel Sharon au mont du Temple. Cependant, après l’incident survenu au carrefour de Netzarim, les combats ont pris une tout autre ampleur.

Les images de France 2, montrant Jamal al-Doura tentant de protéger son fils Mohammed des tirs à balles réelles, sont restées gravées dans les mémoires comme l’illustration tragique de ce nouveau conflit israélo-palestinien. J’ai inclus cet incident dans l’étude que j’ai préparée en raison de son impact médiatique – combien de fois nous est-il donné de voir en direct quelqu’un se faire tuer devant une caméra ? – ainsi que pour ses vastes répercussions encore perceptibles aujourd’hui.

Il faut bien dire la vérité. Dans l’affaire al-Doura, des questions ont été soulevées dès le départ quant à la validité de l’incident. Il a été, de ce fait, très difficile de trancher.

Tout d’abord, comment se fait-il qu’un seul cameraman, Talal Abou Rahman, pigiste à France 2, ait saisi cette séquence, alors que tous les autres journalistes, reporters et photographes, avaient leur objectif fixé sur l’avant-poste israélien ? Deuxièmement, pourquoi l’armée israélienne a-t-elle mis autant de temps à réagir et de façon aussi équivoque après l’incident de Netzarim, alors que le reportage de la télévision française faisait la une de toutes les rédactions du monde entier ? En outre, pourquoi le général de réserve Giora Eiland, ancien chef du Conseil national de sécurité israélien, a-t-il reconnu aussi promptement qu’Israël était responsable de l’incident ? Et pourquoi l’enquête menée par le général de réserve Yom Tov Samia, ancien chef du Commandement sud de Tsahal, qui aboutissait à la conclusion précisément inverse, a-t-elle été rejetée? 

Israël n’est pas responsable 

La seule conclusion à laquelle je suis parvenu, c’est qu’Israël n’est pas responsable de la mort d’al-Doura. Le carrefour était grouillant de monde ; Jamal et Mohammed ont, sans aucun doute, été pris entre des tirs croisés. Les photos acquises par Nahum Shahaf, physicien israélien qui a minutieusement mené l’enquête sur ce sujet, le montrent très clairement.

Il est impossible que les balles tirées depuis l’avant-poste de Tsahal, qui était la cible des hordes palestiniennes ce jour-là, aient réussi à forcer le barrage de ciment dressé à l’intersection.

Mais ce qui a rendu l’enquête si difficile, c’est que le commandement sud de Tsahal a décidé de raser le carrefour de Netzarim, y compris les lieux où s’est déroulé l’incident.

La scène a dû être reconstruite plus tard pour les besoins de l’enquête. Personne n’a eu l’idée de recueillir des preuves avant que tout ne soit détruit.

Au fil des ans, il y a eu plusieurs tentatives de réexaminer l’incident, essentiellement du fait de la persévérance de deux personnes extrêmement motivées : Philippe Karsenty, observateur des médias français, et l’historien américain Richard Landes, professeur à l’université de Boston, qui ont tous deux investi de nombreux efforts dans leurs travaux de recherche.

Philippe Karsenty a mené de longues batailles juridiques en France, et en dépit du prix élevé qu’il a dû payer, il est quand même parvenu à miner la crédibilité de la chaîne de télévision française. L’objectif de Landes était de prouver que l’incident n’était qu’un autre exemple du phénomène « Pallywood », qui montre comment les Palestiniens mettent en scène et filment de telles scènes à l’intention des médias.

Je ne suis pas d’accord avec toutes leurs conclusions, mais dans le cas d’al-Doura, il ne fait aucun doute que les recherches de Karsenty et de Landes ont contribué à faire la lumière sur ce qui s’est réellement passé ce jour-là.

13 ans après 

Chaque fois que j’ai demandé pourquoi Israël ne cherchait pas à vérifier la véracité des images de France 2, on m’a donné la même réponse : « Pourquoi devrait-on à nouveau remuer tout ça ? C’est du passé. Il faut laisser dormir les morts. » Et pourtant, nous savons tous que cet incident n’a pas été oublié. Il est revenu sur le devant de la scène dans les médias français avec le procès en diffamation contre Karsenty et son éventuel retournement. Et de nouveau avec la condamnation du médecin israélien Yehuda David, poursuivi lui aussi en diffamation pour avoir affirmé que les cicatrices que Jamal al-Doura avait montré aux médias étaient le résultat d’une attaque, plusieurs années auparavant, par des membres du Hamas qui le soupçonnaient de collaborer avec Israël, et non pas de l’incident de Netzarim.

Le nom d’al-Doura est sans arrêt cité dans les médias. J’ai donc recommandé que, si Israël était vraiment convaincu de ne pas être responsable de sa mort, il était impératif de rouvrir officiellement l’enquête. Ma conviction reste que c’est le seul moyen de prouver que nous n’avons pas peur de faire face à ce fantôme et qu’il est impératif de remodeler l’événement aux yeux du public.

Il est important de nous rappeler que nous sommes engagés dans un combat d’opinion publique. Ce type de bataille ne se gagne pas en présentant aux médias des faits bruts. C’est la manière dont le public perçoit l’événement et ce qui reste gravé par la suite dans les mémoires qui a le plus de poids.

Mardi 21 mai, la commission d’examen du gouvernement a publié un nouveau rapport qui fait la preuve qu’al-Doura n’a pas été tué ou blessé par les tirs de Tsahal ce jour-là, au carrefour de Netzarim. Telle est la conclusion des spécialistes qui ont mené l’enquête, après avoir examiné les images brutes et autres documents recueillis à cette fin.

Rallier l’opinion 

Des années auparavant, quand j’ai entendu cette affirmation pour la première fois, j’ai refusé d’y souscrire par mesure de précaution. Mais aujourd’hui, la démonstration des professionnels est étayée par des faits que j’estime fiables.

Mon seul souci est que certains puissent réfuter cette thèse et suggèrent que, 13 ans après, le corps soit exhumé et examiné. Ce serait, à mon sens, une très mauvaise idée.

À mon humble avis, nous devons nous satisfaire des conclusions de la commission gouvernementale, affirmant que Mohammed al-Doura n’a pas été tué par des soldats de Tsahal. Il a été abattu par les tirs aveugles de policiers palestiniens ce matin du 30 septembre 2000. Du point de vue d’Israël, cela doit suffire.

Une étape importante reste cependant à franchir : comment les médias internationaux, et en particulier France 2, vont-ils réagir à cette annonce ? Durant toute l’Intifada, les médias internationaux ont été l’objet de pressions et parfois même de menaces émanant de l’Autorité palestinienne. C’est un fait avéré.

On l’a constaté après un autre incident : le lynchage de deux réservistes de Tsahal, Vadim Nurzhitz et Yossi Avrahami, qui après avoir traversé par erreur un poste de contrôle israélien, sont entrés à Ramallah.

La question est de savoir si ces pressions ont affecté la couverture d’incidents tels que celui d’al-Doura. Il est essentiel de vérifier si la tragédie qui s’est produite au carrefour de Netzarim a été traitée selon les normes journalistiques reconnues internationalement. Les médias internationaux ont-ils pris ces questions en compte, de même que le doute sur la véracité de ces rapports ? Maintenant qu’Israël a publié le rapport officiel de la commission gouvernementale, les médias du monde entier vont-ils reconnaître leur erreur ? C’est la seule façon de mener la guerre de l’opinion publique pour gagner les coeurs et les esprits.

L’auteur est un député travailliste à la Knesset. Il vient de publier un livre intitulé « La guerre des médias », qui traite de la seconde Intifada. Ce livre est basé sur sa thèse de doctorat.


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