L’après-Chavez pour les Juifs du Venezuela

Le dictateur sud-américain menait la vie dure aux Juifs de son pays, au point que la moitié d’entre eux avait choisi l’exil.

By OURIEL HELMAN
March 12, 2013 12:54
Supporters of Venezuela's late President Hugo Chavez gather as they wait for a chance to view body

Chavez Funeral 370. (photo credit: REUTERS/Carlos Garcia Rawlins)

 
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Les Juifs du Venezuela ont subi la tyrannie de Chavez pendant plus d’une décennie. Harcelés sans relâche, ils étaient constamment sur la sellette. Pour mémoire : la descente de police dans une école juive, dans le but ridicule d’y trouver de potentiels coupables à inculper dans une affaire d’assassinat d’un procureur ; l’attaque contre une synagogue de Caracas, en 2004 ; l’opération Plomb durci et la demande expresse faite à la communauté juive de désavouer Israël en guerre contre le Hamas, en 2008 ; la constante propagande antijuive, distillée sur les médias… Plus récemment, un ultime coup théâtre : les services de renseignements espionnaient la communauté juive du pays.

Et pour couronner le tout, l’alliance indéfectible de Chavez avec le gouvernement iranien et sa franche amitié avec le président Mahmoud Ahmadinejad.

Effrayés à la seule idée de critiquer leur oppresseur, les Juifs n’en respirent pas mieux, pour le moment, avec sa disparition.

Emporté à l’âge de 58 ans par un cancer fulgurant, quelques semaines à peine après sa réélection pour un quatrième mandat, le dictateur laisse derrière lui un pays englué dans une grave crise économique et en proie à une criminalité exponentielle. L’ingérence de Chavez à tous les niveaux de la vie politique et sociale du pays était tellement prégnante qu’il serait illusoire d’essayer désormais de prédire aux Juifs vénézuéliens un nouvel avenir.

Partis en masse il y a quatorze ans, ces derniers étaient un peu plus de 20 000 à l’arrivée au pouvoir du dictateur. Plus de la moitié a choisi l’exil. Au plus fort du règne Chavez, les organisations juives avaient même mis au point un plan de sauvetage pour évacuer les Juifs du pays, pour le cas où leurs vies seraient en danger. Un plan toujours d’actualité. Les Juifs ne sont pas les seuls à avoir fui le régime. Des centaines de milliers de citoyens, parmi les couches les plus aisés de la population et la classe moyenne, ont aussi préféré s’expatrier pour échapper au marasme économique, aux nationalisations à tour de bras et à l’escalade de la violence et de la criminalité.

A toutes ces raisons s’est ajouté, pour les Juifs, un antisémitisme ambiant largement décomplexé. Maintenant que Chavez a rendu l’âme, l’air pourrait devenir plus respirable sous le soleil vénézuélien. Encore que ! 

Combattre le « bourgeois-sioniste-juif »

 La Constitution du pays, pour le moment en grand deuil, exige de nouvelles élections dans les 30 jours à venir. Avant de mourir, Chavez a fait savoir que son favori pour lui succéder à ce qu’il appelait sa « révolution bolivienne » était sans conteste son vice-président Nicolas Maduro. Mais celuici a un sérieux rival en la personne de Henrique Capriles Radonski, qui a perdu les dernières élections face à Chavez, en octobre dernier, de 11 points seulement.

Capriles, qui possède la même rhétorique antioccidentale que Chavez, se revendique catholique. Il est cependant petitfils de rescapés de la Shoah, un « détail » que Chavez n’avait pas manqué d’exploiter largement contre son lui. Au cours de la campagne présidentielle, les médias avaient exhorté les Vénézuéliens à faire barrage au sionisme international en votant contre Capriles. Péril en la demeure, avaient-ils clamé, et intérêts nationaux menacés, avec ce candidat de l’opposition financé par Israël. Une porte ouverte à l’invasion sioniste et ce, à l’heure où le Mossad complotait déjà d’assassiner Chavez, selon leurs dires.

A la botte du gouvernement, les médias s’étaient acharnés contre Capriles en le traitant de « bourgeois-sioniste-juif ».

La Ligue anti-diffamation américaine et le centre Wiesenthal avaient condamné Chavez pour cette rhétorique. Cette campagne diffamatoire, typiquement chavezienne, n’était d’ailleurs que la dernière en date sous l’ère du dictateur, avant laquelle les Juifs du Venezuela, profondément attachés à leur pays, ne connaissaient que de très loin l’antisémitisme.

Les premiers signes avant-coureurs d’une longue série d’attaques – survenus avec l’ascension au pouvoir de Chavez – avaient émergé durant la seconde Intifada. Le gouvernement avait pris fait et cause pour les Palestiniens et financé des rassemblements en leur faveur. Rassemblements populaires, au terme de l’un desquels, en mai 2004, la synagogue séfarade de Caracas, Tipheret Israël, était mise à sac.

Mais il faudra un second événement marquant pour que les Juifs mesurent la tournure dramatique des événements et comprennent qu’ils sont pris pour cible par le gouvernement.

En novembre de la même année, la police effectue un raid armé dans l’enceinte de l’école juive de Caracas, Hebraica, soi-disant pour y rechercher des coupables. Selon un rapport de l’institut Stephen Roth (étude de l’antisémitisme et du racisme contemporain à l’université de Tel-Aviv), « cet incident est sans doute le plus sérieux qui soit jamais arrivé à la communauté juive du Venezuela ».

Israël diabolisé

L’antisémitisme et l’antiaméricanisme de Chavez culminent dans les années 2000, lorsqu’il traite Georges Bush de diable à l’ONU et les Etats-Unis et Israël d’Etats terroristes.

Puis, au cours de la guerre du Liban en 2006, il accuse Israël de commettre un « nouvel Holocauste » et de se rendre coupable de crimes nazis, perpétrés contre les Libanais et les Palestiniens. Dans le même temps, le dictateur intensifie ses relations avec l’Iran des mollahs. Ce mariage contre nature d’un régime fortement ancré dans une idéologie socialiste avec la théocratie religieuse islamiste iranienne est rendu possible par des ennemis communs : les Etats-Unis, l’Occident et Israël. Cette exécration partagée cimente la lune de miel du rouge et du vert pendant tout le règne Chavez ; avec l’augmentation de leurs échanges commerciaux, l’ouverture de leurs espaces aériens avec des vols quotidiens Téhéran-Caracas et les visites assidues entre les deux leaders.

A mesure que la présence diplomatique iranienne étend ses quartiers dans la capitale vénézuélienne, l’Occident hausse le ton pour dénoncer la création d’une plate-forme, mise à la disposition de l’Iran, pour que la théocratie chiite y cultive ses activités illicites. Pour n’en citer qu’une seule : le trafic d’armes. La rupture avec Israël est consommée en 2009.

Eclate alors le troisième conflit avec le Hamas, à la fin du mois de décembre 2008. La réaction vénézuélienne ne se fait pas attendre : Chavez expulse l’ambassadeur d’Israël de Caracas et accuse l’Etat hébreu de génocide envers les Palestiniens.

Dans le même temps, il exige des Juifs du Venezuela de dénoncer ce qu’il qualifie d’« agression » israélienne.

« Chavez s’occupe de ses Juifs » 

Chavez avait beau clamer « aimer et respecter les Juifs », mettre constamment sur le même plan les Juifs vénézuéliens et Israël signait en réalité son antisémitisme. C’est sous sa dictature que l’éclosion de graffitis antisémites se répand dans tout le pays : on y entrelace la croix gammée et l’étoile de David, pour mieux pouvoir les confondre. L’opus antisémite, Le protocole des sages de Sion, est vivement recommandé sur les ondes radiophoniques comme une lecture éclairante.

C’est alors le coup d’envoi de pillages et d’actes de vandalisme à l’encontre de la communauté juive du pays. « On enseigne la haine aux gens », déclare le rabbin Pynchas Brener début 2009, avant de s’exiler pour la Floride. Pour autant, le très charismatique Chavez continue de bénéficier du soutien inconditionnel de sa population. Aucune comparaison avec Hitler ne sera jamais évoquée. Les Juifs peuvent aller et venir, ceux qui ont fui le pays y reviennent souvent en visite, et parmi eux, le Rav Brener. Pas de quoi se plaindre, en somme.

Dans une certaine mesure, Chavez s’occupe de « ses » Juifs ».

En 2009, par exemple, le gouvernement offre une protection policière à la synagogue de Caracas, après l’agression dont elle est victime. Mais les Juifs du Venezuela se sentent surveillés. Suspicion confirmée il y a peu : le SEBIN, service des renseignements du Venezuela, espionne bel et bien la communauté juive. Des révélations rendues publiques par la chaîne argentine « Analises 24 » avec force rapports du service de renseignement, photos et vidéos.

Difficile de savoir pour l’heure si ce climat antisémite, enraciné pendant les années Chavez, survivra au dictateur.

14 ans d’une politique délétère ont contraint plus de la moitié des Juifs du Venezuela à l’exil. Ce n’est pas un pays plongé dans les affres de la crise économique et en proie à une hausse de la violence et de la criminalité qui va leur donner envie de se précipiter sur le chemin du retour.

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