Le Sinaï met l’Egypte en danger

Même s’il fait des efforts pour ne pas riposter, Israël s'inquiète de la situation dans le Sinaï.

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May 30, 2013 16:19
Des Gazelle, hélicoptères égyptiens, lors d'un exercice militaire dans le Sinaï oriental.

P10 JFR 370. (photo credit: Reuters)

 
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Après l’angoisse, le soulagement : les sept hommes – six policiers, un soldat – kidnappés au Sinaï ont été libérés sains et saufs. C’est arrivé après des négociations qui se sont poursuivies tard dans la nuit et se sont terminées mercredi 22 mai à l’aube. Y ont pris part un représentant de la sécurité militaire, un cheikh salafiste et un dignitaire de la tribu Swarka, l’une des plus importantes de la région.

Faut-il croire qu’il n’y aura pas d’autre kidnapping ? Selon la version officielle, aucune concession n’a été faite, mais les ravisseurs n’ont pas été pris et ils courent toujours. Rien n’est donc résolu ; il semble bien que les ravisseurs ont compris que leur position était intenable. L’Egypte n’allait pas céder. Pour une fois, la classe politique tout entière et l’opinion publique ont condamné l’opération menée par les djihadistes.

L’armée avait massé hélicoptères, blindés et forces spéciales en vue d’un assaut. Furieux de l’attaque contre leurs collègues, les policiers bloquaient le poste frontière de Rafah, et des milliers de Palestiniens se trouvaient pris au piège. Inquiet, le mouvement Hamas proclamait haut et fort qu’il n’était pour rien dans l’affaire.

On attend toujours un communiqué officiel rendant public le nom de l’organisation responsable du kidnapping. On sait que les ravisseurs réclamaient la mise en liberté de dizaines de terroristes djihadistes, arrêtés après les attentats sanglants de Taba et de Charm el-Cheikh en 2004 et du nord Sinaï en 2011. Certains d’entre eux sont sous le coup d’une condamnation à mort.

Selon des « sources provenant de milieux salafistes » publiées dans les médias, ces terroristes se réclament de l’organisation « Al-Tawhid Wal-Jihad », la plus puissante de la péninsule, et c’est elle qui serait à l’origine de la prise d’otages.

Il s’agit d’un mouvement qui se réclame de la nébuleuse al-Qaïda et regroupe djihadistes égyptiens, salafistes de Gaza et Bédouins de la région traditionnellement hostiles au pouvoir central. Tous appartiennent à la faction la plus dure de l’Islam, les « Takfiri », pour lesquels les sociétés musulmanes d’aujourd’hui se sont écartées de la foi et peuvent donc être attaquées aussi longtemps qu’un régime islamique authentique n’aura pas été rétabli. Cette faction est née de « Takfir wal-Hijra », mouvement qui a vu le jour en Egypte dans les années soixante-dix sous l’impulsion des Frères musulmans emprisonnés par Nasser et remis en liberté par Sadate.

Ce n’est pas avec des tanks… 

L’un des chefs du djihadisme en Egypte, le cheikh Nabil Naim, a déclaré au quotidien « Asharq al-Awsat » paraissant à Londres que la confrérie des Frères musulmans aujourd’hui au pouvoir en Egypte entretient des liens étroits avec les organisations djihadistes de la péninsule du Sinaï et se garde de les heurter.

Il y a à cela deux raisons. Tout d’abord, ils partagent la même idéologie et aspirent au rétablissement du califat ? Ensuite le régime se réserve l’éventualité de pouvoir faire appel à eux dans sa lutte contre l’opposition. La raison pour laquelle le président Morsy a freiné jusqu’au dernier moment les tentatives de l’armée pour libérer les otages par la force.

Les généraux pensent, eux, que les organisations terroristes au Sinaï sont un véritable danger pour l’Egypte. Ils n’oublient pas le massacre de seize soldats en août dernier, un massacre perpétré par des terroristes djihadistes qui n’ont toujours pas été arrêtés. Une vaste opération avait été lancée alors, sans apporter les succès escomptés. L’armée avait pourtant engagé des blindés – en violation de l’annexe militaire au traité de Camp David – mais a dû les retirer sous la pression d’Israël, comprenant aussi que ce n’est pas avec des tanks que l’on peut venir à bout de petits groupes de terroristes évoluant en terrain montagneux.

Israël avait d’autre part accepté l’augmentation du nombre de soldats dans la zone démilitarisée. Toutefois, près d’un an plus tard quelque deux mille terroristes membres de petites formations djihadistes regroupant Egyptiens et Palestiniens associés à des Bédouins de l’endroit opèrent toujours dans le nord du Sinaï.

Difficile de les repérer dans un territoire aussi vaste. Ils n’hésitent pas à lancer des raids audacieux contre des postes de police, des barrages routiers et jusqu’à des patrouilles militaires. Si ces opérations limitées font peu de victimes, elles portent atteinte au moral des troupes et au prestige de l’armée. C’est en vain que l’état-major attend le feu vert du régime pour mettre un terme à ce terrorisme.

Une intense frustration 

On l’a bien vu lors de la dernière prise d’otages : le président Morsy n’a jamais attaqué ou même condamné les kidnappeurs, se contentant de demander la remise en liberté des otages. Seulement quand il a compris qu’aucun compromis n’était possible – et que l’indignation publique montait devant son inaction – il a donné son accord à une opération militaire. Sans attendre, les ravisseurs ont alors libéré les sept hommes.

A la base de ce qui se passe aujourd’hui, il y a bien sûr la situation catastrophique de la péninsule du Sinaï, négligée depuis des dizaines d’années par le pouvoir central. Le manque d’infrastructures et de développement a provoqué une intense frustration qui a fait des Bédouins une proie facile pour les mouvements islamiques cherchant à infiltrer la région. Le Hamas, qui avec la coopération de l’Iran a mis sur place des réseaux de contrebande d’armes, encourageait cette infiltration pour affaiblir les forces de sécurité égyptienne à une époque où le régime Moubarak se montrait hostile au gouvernement de Gaza. D’ailleurs, c’est au Sinaï du nord que se sont réfugiés nombre de terroristes islamistes libérés lors des attaques contre les prisons en janvier 2011 – des attaques menées par des militants du Hamas et des Bédouins équipés d’armes et de véhicules dernier cri.

La confrérie se trouve bien embarrassée. Elle voit bien qu’il est impératif de pacifier la péninsule et de restaurer l’ordre.

D’un autre côté elle se sent proche des terroristes – et n’a aucune envie d’ouvrir un nouveau front à l’heure où il lui faut faire face à une opposition de plus en plus large au sein de l’Egypte. Et puis comment ramener le calme sans confronter le Hamas, qui fait partie du mouvement international des Frères musulmans ; le Hamas qui a aidé les Frères égyptiens à renverser Moubarak et qui est leur allié contre Israël.

Une situation inquiétante 

Paradoxalement le Sinaï est un danger pour la confrérie qui cherche désespérément à redresser la situation économique et à empêcher le chaos de s’étendre au sein de l’Egypte. En effet les Egyptiens de tous bords sont de plus en plus en colère devant les atteintes à l’armée et à sa dignité et s’indignent de voir une partie de la patrie égyptienne abandonnée à des hors-la-loi.

La situation n’est pas moins inquiétante pour Israël confrontée à des tirs de missiles et à des attaques contre sa frontière sud, sans parler du flot d’armes et de munitions qui inonde la péninsule et Gaza. De façon générale l’Egypte montre peu d’empressement à admettre les attaques de terroristes en direction d’Israël qui fait des efforts méritoires pour ne pas riposter en portant atteinte à la souveraineté d’un voisin chatouilleux qui n’a pas besoin de raisons supplémentaires pour se montrer hostile.

Heureusement, la coopération discrète entre les services de renseignement des deux pays se poursuit – pour le moment.

Des voix s’élèvent en Egypte pour demander la révision des clauses militaires du traité de paix qui limitent la présence militaire égyptienne dans la région frontalière. Une révision qui risquerait de remettre en cause tous les accords.

Apparemment les Frères musulmans n’ont pas encore compris que ce n’est pas de plus de soldats à la frontière que le Sinaï a besoin, mais d’une politique de développement économique et sécuritaire pour améliorer le sort des populations bédouines.

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