Le mariage homosexuel vu par les Juifs français

La loi sur le mariage pour tous a été adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale. Elle doit encore être ratifiée par le Sénat au mois d’avril.

By JTA
March 5, 2013 14:57
Manifestation contre le mariage homosexuel, à Marseille, début février

0603JFR22 521. (photo credit: Jean-Paul Pelissier/Reuters)

 
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Grands yeux et tous sourires, Elay-Gabriel ne semble que peu affecté par la bulle médiatique qui s’agite autour de lui. Des dizaines de journalistes français ont rendu visite ces derniers mois à ce petit bonhomme d’un an et demi. Et pour cause : l’enfant est sans citoyenneté, car la France ne reconnaît pas les enfants nés de mères porteuses à l’étranger, même si l’un des parents est de nationalité française.

Pour compliquer les choses, Elay-Gabriel est élevé par deux homosexuels parisiens, Eran, Israélien d’origine et son partenaire, Jean-Louis (leur famille a demandé à ne pas révéler leurs patronymes). Les couples homosexuels ne peuvent pas adopter aujourd’hui en France, ce qui leur laisse très peu d’autres choix, dont le recours à une mère porteuse, pour élever un enfant.

« Les célibataires n’obtiennent en général pas le droit d’adopter, et les gays sont considérés célibataires en France puisque nous ne pouvons pas légalement nous marier », explique Eran. Mais tout cela pourrait fort changer, si la loi sur le mariage pour tous était définitivement adoptée par les deux chambres législatives hexagonales. Ces derniers mois, le débat sur le mariage homosexuel a fait rage en France. La communauté juive y a joué un rôle non négligeable. Rappel des faits.

« Plus écoutés que les catholiques » 

Au mois d’octobre, le Grand rabbin Gilles Bernheim rompt avec la tradition de neutralité du rabbinat français sur les questions civiles pour rédiger un plaidoyer sur les conséquences négatives du mariage homosexuel. Selon Bernheim, ces efforts législatifs ne concernent qu’« une minuscule minorité » de la société et font partie d’une plus large tendance à « saboter les fondements hétérosexuels de notre société ».

L’association française des juifs homosexuels, Beit Haverim, réagit alors en qualifiant ces propos de « belliqueux ». Mais le texte est largement repris par les grands quotidiens et le pape Benoît XVI le qualifie de « profondément émouvant » lors d’un discours à l’occasion de Noël. Il fait aussi remarquablement contraste avec la réaction incendiaire de l’Eglise catholique française. Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, déclare ainsi, au cours d’une interview, que la nouvelle loi signerait « l’effondrement de la société », ajoutant : « Ensuite, ils voudront avoir la polygamie. Puis ils légaliseront l’inceste ».

« Lorsque les catholiques se sont exprimés contre cette loi, personne n’y a prêté attention, en raison de leur virulence et parce que ce sont des opposants pavloviens aux changements », explique Yeshaya Dalsace, un rabbin massorti parisien de premier plan. « Les gens ont écouté Bernheim parce que les juifs sont connus pour être en faveur du progrès dans les champs légal et médical, dans le monde du travail etc. ».

Pour beaucoup, le débat autour du mariage gay est avant tout une question de principe, le Pacs accordant quasiment les mêmes droits aux couples homosexuels qu’aux couples hétérosexuels. Le droit de filiation reste cependant une exception.

Au mois de novembre, Eran a rencontré plusieurs députés socialistes en première ligne de la bataille pour le mariage pour tous. Le 29 janvier, la ministre de la Justice Christiane Taubira, propulsée au-devant de la scène par son combat en faveur de la loi, publiait une circulaire ordonnant aux autorités concernées de faciliter la reconnaissance des dizaines d’enfants nés de mères porteuses, comme Elay-Gabriel, qui vivent aujourd’hui tels des étrangers en leur propre pays.

« C’est très positif, mais une circulaire peut tout aussi bien être annulée et ne peut remplacer une loi », analyse Eran.

Une communauté conservatrice 

Alors que le débat à l’Assemblée nationale, à l’issue duquel le texte a été adopté en première lecture par les députés, a été passionnément suivi par les pros et antis, les mêmes divisions étaient palpables au sein de la communauté juive. Joël Mergui, président du Consistoire, s’est lui aussi élevé contre le mariage gay en septembre dernier, affirmant au Monde que « cela porterait atteinte au modèle naturel de la famille ».

Mais Dalsace, lui, s’est fait le porte-parole de la partie adverse. Il a rédigé un opus de 37 pages, ainsi que plusieurs tribunes pour s’opposer aux arguments du rabbin Bernheim, martelant que la nouvelle loi n’enfreindrait pas les libertés religieuses. Cité par de nombreux défenseurs du texte, Dalsace maintient cependant que les rabbins ne devraient pas s’impliquer dans les débats sur les réformes civiles.

En prenant la parole, son objectif était avant tout « de combattre la fausse impression que Bernheim s’est exprimé au nom de tous les juifs », explique-t-il.

S’il n’existe aucune donnée officielle sur la question (les sondages ethniques sont interdits dans l’Hexagone), les experts estiment que la communauté juive française – la 3e du monde avec ses près de 600 000 membres – penche pour le conservatisme et s’oppose dans son ensemble à cette réforme promue par le gouvernement du président Hollande. « La communauté juive de France devient de plus en plus religieuse et traditionnelle, en partie sous l’influence des pieds noirs arrivés ici dans les années 1950 et 1960 », confirme Gideon Kouts, professeur au département d’hébreu et de culture juive à l’université Paris 8.

Mais quelle que soit l’opposition religieuse à la réforme, François Hollande semble bien déterminé à aller jusqu’au bout pour mettre en oeuvre ce qui constitue l’une de ses majeures promesses de campagne. Cité par Le Figaro, le président aurait réagi aux grandes manifestations contre la loi au mois de janvier lors d’une rencontre informelle avec des dignitaires religieux, dont le Grand rabbin Bernheim, en affirmant : « Nous ne votons pas les réformes en fonction des manifestations ». Et de conclure : « Si tel était le cas, nous laisserions en réalité la rue décider et ce serait le chaos ».

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