Le rabbin et le philosophe

Plusieurs surprises attendaient la communauté juive de France la semaine passée. De rebondissement en rebondissement, le Grand Rabbin.

By AMANDINE SAFFAR
April 9, 2013 12:33
2 minute read.
French Chief Rabbi Gilles Bernheim

French Chief Rabbi Gilles Bernheim 370. (photo credit: Wikimedia Commons)

Gilles Bernheim a vu sa réputation durablement entachée Une fin de Pessah amère pour le Grand rabbin de France. Le 2 avril, il faisait parvenir un communiqué depuis Jérusalem où il se trouvait pour célébrer la sortie d’Egypte, admettant la faute. Ses Quarante méditations juives (Stock, 2011) plagient plusieurs passages d’un livre d’entretiens, dirigé par Elisabeth Weber (université de Santa Barbara) et intitulé Questions au judaïsme, paru en 1996. Ces passages copient notamment des propos du philosophe Jean-François Lyotard (1924-1998).

Un extrait d’un entretien retranscrit mot à mot entre Weber et Lyotard a ainsi été repéré.

Scrutant l’ouvrage du rabbin, le site « Strass de la philosophie » signale également des reprises de Jean- Marie Domenach, Elie Wiesel, Charles Dobzynski. Ces premières révélations, le 20 mars, suscitent un tel tollé que Bernheim, après un premier démenti, avoue finalement avoirs eu recours à un nègre. Et de déclarer : « Je me suis appuyé, par manque de temps, sur un étudiant dont je tairai le nom et à qui j’ai confié des travaux de recherche et de rédaction ». Le rabbin se dit « trahi », mais prend ses responsabilités et fait retirer le livre des ventes ainsi que de sa bibliographie.

Son répit ne sera que de courte durée. Deux jours plus tard, le magazine L’Express révèle une autre duperie de Gilles Bernheim, cette fois-ci sur son parcours.

Partout, au dos de ses ouvrages, comme lorsqu’il reçoit la Légion d’honneur des mains de l’ancien président Sarkozy, le rabbin se présente comme un agrégé de philosophie. Mais selon l’hebdomadaire français, le dignitaire religieux aurait usurpé le titre.

Car, affirme-t-il, ni les archives de la Société des agrégés, ni les « fichiers administratifs du ministère de l’Education nationale » ne font mention de Bernheim. Les journalistes de L’Express ont pourtant décortiqué les documents de 1968 à 1986, sachant que le rabbin est né en 1952.

Depuis, l’affaire fait couler beaucoup d’encre. Selon une autre version des faits : il aurait bien réussi le concours, mais pour ne pas avoir enseigné les années réglementaires, son agrégation n’aurait pas été validée. Un argument qui satisfait certains, mais ne suffit pas à d’autres. Un appel à la démission a été lancé.

A l’heure où nous mettions sous presse, le Consistoire n’avait pas encore officiellement réagi.


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