Lost in Translation…

Vous rencontrez des difficultés à faire reconnaître vos diplômes en Israël ? Vous n’êtes pas seuls. Zoom sur un problème récurrent.

By AMANDINE SAFFAR
April 9, 2013 12:30
4 minute read.
Haifa students at ceremony

Haifa students at ceremony 370. (photo credit: Arik Baltinester/University of Haifa)

Attention, changement. C’est du moins la mission que s’est fixée le Collectif franco-israélien, en coopération avec l’AAEGE Israël (Association des anciens élèves de grandes écoles) et l’AMI (Aliya et meilleure intégration), l’ambassade de France en Israël et le Consul général. Ces organismes donnent de la voix afin de défendre un sujet crucial pour la communauté française en Israël : la reconnaissance des diplômes obtenus en France par l’Etat hébreu. Via ses porte-parole Alain Zeitoun et Gérard Benhamou, le Collectif souhaite « promouvoir le rayonnement de la communauté franco-israélienne et lui permettre d’occuper la place qui lui revient légitimement au sein d’Israël », en harmonie avec les autres communautés.

Valoriser l’image des Français au pays du lait et du miel est donc le mot d’ordre des 14 membres fondateurs lors de la création du collectif en mai 2010.

En vue d’une vidéoconférence prévue le 25 avril entre les ministères français de l’Education et de la Santé, des représentants israéliens, des responsables d’associations et l’ambassade française, retour sur la situation et les activités des Franco-israéliens.

Un combat sur tous les fronts

Deux types de diplômes sont concernés par les problèmes de reconnaissance. D’abord, les diplômes dits « généraux » : écoles de commerce, universités, écoles d’ingénieurs etc.

Ensuite, les diplômes d’Etat concernant, entre autres, les professions de santé et d’éducation, les travailleurs sociaux, les architectes et les professeurs d’art. Dans le premier cas, lorsque les diplômés s’installent en Israël, ils s’insèrent souvent dans le secteur privé et, la plupart du temps, aucune certification officielle du diplôme n’est requise. Mais dans le second cas, et les emplois dans l’administration, « c’est un autre problème », confient Zeitoun et Benhamou. « On demande alors une confirmation officielle de ces diplômes » en provenance du gouvernement français.

Idéalement, c’est un supplément au diplôme (Suplement diploma), qui est demandé. Un document qui porte le sceau de l’Union européenne, et, par conséquent, est reconnu par Israël, mais qui fait pourtant blocage en France. La France est en effet un des seuls pays européens, avec la Grèce, la Serbie, la Bosnie et l’Ukraine, à ne pas fournir automatiquement et gratuitement ce document aux étudiants, traduit en plusieurs langues.

L’Hexagone ne fournit d’ailleurs ce supplément que depuis 2012. Pour les anciens diplômés, il reste du chemin à parcourir. « Les écoles internationales commencent à saisir l’importance de l’exportation de diplômes français. Les étudiants bougent, voyagent, et si notre cheval de bataille est aujourd’hui Israël, le problème se pose aux Etats-Unis, en Chine, au Japon… La spécificité de l’Etat hébreu, c’est que les Français qui s’y installent ne sont pas des expatriés comme les autres » précise Zeitoun. « Notre travail est donc de faire reconnaître le contenu du diplôme, d’obtenir certaines équivalences, le tout par la pression sur les autorités compétentes ».

Vous avez dit LMD ? 

Outre la délivrance du supplément, la conversion des diplômes au système universel LMD (Licence-Master-Doctorat), un langage compris par les autorités israéliennes, pose un problème de taille, notamment pour les diplômes d’Etat. La loi en Israël impose le système LMD, voire le « Deug », désormais rentré dans le vocable des partenaires israéliens. Mais les diplômes d’Etat ne suivent pas ce schéma, loin de là. Sur une durée de 2, 4 ou 5 ans, ces cursus ne sont pas uniformisés en France et fort peu intelligibles à l’étranger.

Sous l’impulsion des associations francophones en Israël, des avancées non négligeables ont néanmoins été obtenues : « En 2009, les diplômes d’infirmiers ont été reconnus, en 2013, ceux d’orthophonie et de kinésithérapie », se félicitet- on au Collectif franco-israélien, « mais cela ne concerne que les étudiants qui commencent leur cursus en 2013 » et feront leur aliya dans quelques années.

Pour ceux qui résident déjà en Terre sainte et tentent de s’intégrer au marché du travail, l’affaire est loin d’être entendue. Tout comme pour ceux, nombreux, qui possèdent des diplômes pré-LMD aux consonances encore familières : maîtrise, DEA, DESS… En Israël, la loi veut que le nouvel immigrant apporte de luimême la preuve de son diplôme pour pouvoir travailler. A l’inverse, dans les pays européens, ce sont les gouvernements du pays d’accueil qui font leur propre enquête pour confirmer les cursus universitaires. La loi israélienne est, bien entendu, très controversée. Mais « la révoquer, c’est de l’ordre de l’impossible », s’agace-t-on au Collectif.

Alors, on tente surtout d’amortir le choc et d’aplanir les difficultés en organisant des formations linguistiques et des stages d’adaptation. « Nous recherchons activement des financements, et sommes en pourparlers avec la Knesset pour la naissance d’un ‘cursus’ d’intégration », confirme Zeitoun.

Source de difficultés, la bureaucratie française n’est cependant pas la seule à blâmer. L’absence de communication entre les homologues français et israéliens freine grandement les changements. Parfois aussi, les syndicats hexagonaux bloquent certaines réformes. L’opacité de l’administration, l’unité universitaire ECTS que la France a mis du temps à mettre en place et les équivalences LMD non validées, s’ajoutent aux difficultés. Les actions concrètes du Collectif et de l’AAEGE consistent donc surtout pour l’instant à trouver des solutions pragmatiques et réalistes. Un combat mené au quotidien au nom des francophones, pour qui intégration ne rime pas encore avec sinécure.


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