Mandela, une célébrité d’un nouveau genre

La vague d’empathie, qui entoure l’ancien leader d’opposition sud-africain, est un espoir pour l’humanité.

By
July 9, 2013 16:23
Nelson Mandela en visite à Yad Vashem, en 1999

P9 JFR 370. (photo credit: Reuters)

 
X

Dear Reader,
As you can imagine, more people are reading The Jerusalem Post than ever before. Nevertheless, traditional business models are no longer sustainable and high-quality publications, like ours, are being forced to look for new ways to keep going. Unlike many other news organizations, we have not put up a paywall. We want to keep our journalism open and accessible and be able to keep providing you with news and analyses from the frontlines of Israel, the Middle East and the Jewish World.

As one of our loyal readers, we ask you to be our partner.

For $5 a month you will receive access to the following:

  • A user experience almost completely free of ads
  • Access to our Premium Section
  • Content from the award-winning Jerusalem Report and our monthly magazine to learn Hebrew - Ivrit
  • A brand new ePaper featuring the daily newspaper as it appears in print in Israel

Help us grow and continue telling Israel’s story to the world.

Thank you,

Ronit Hasin-Hochman, CEO, Jerusalem Post Group
Yaakov Katz, Editor-in-Chief

UPGRADE YOUR JPOST EXPERIENCE FOR 5$ PER MONTH Show me later


Warren Goldstein L’ancien président sud-africain, le charismatique Nelson Mandela, aura su captiver les cœurs et les esprits de l’humanité entière. Depuis près d’un mois, les plus grands médias du monde, se bousculent à son chevet pour le veiller devant l’hôpital dans lequel il lutte pour sa vie, en retenant littéralement leur souffle. Concentrer sur soi autant d’attention et de ferveur universellement partagée, pour ne pas dire obsessionnelle, est un phénomène remarquable et unique dans son genre car il augure de l’avènement d’un nouveau visage de la célébrité.

Mandela n’est pas une star du monde du spectacle, de la musique ou du cinéma, ni une idole du monde du sport. Habituellement les célébrités qui font la une sont célèbres pour leurs performances physiques, leur vitesse ou leur force, ou bien, elles sont adulées pour leur plastique, ou encore, admirées pour leur richesse. Nelson Mandela lui, s’est hissé sur le podium de la célébrité, grâce à ses convictions morales. C’est la star de la compassion, du pardon, de la liberté et de la démocratie. Un héros de l’esprit.

Emouvante rencontre multi-générationnelle 

Un événement clé qu’il relate dans son autobiographie, Long Walk to Freedom, Le long chemin vers la liberté, révèle le genre d’héroïsme qui a été le sien, qui a frappé les imaginations, contribué à l’imposer comme modèle et participé à l’avènement du mythe. Nelson Mandela raconte comment sa fille Zeni, qui en 1978 a épousé le prince Thumbeumuzi, fils du roi du Swaziland, est venue lui rendre visite en prison, accompagnée de son nouveau mari et de leur nouveau- né : « Pour Zeni, devenir un membre de la famille royale, a représenté un énorme avantage : on lui a immédiatement accordé des privilèges diplomatiques, ainsi que l’autorisation de me rendre visite autant qu’elle le souhaitait. Cet hiver- là, peu après son mariage avec Thumbeumuzi, le couple est venu me voir, pour me présenter leur petite fille qui venait de naître. » « Grâce au statut princier de son époux, il nous a été permis de nous rencontrer ailleurs que dans l’espace réservé habituellement aux visites, où l’on est séparés les uns des autres par des murs épais et une paroi de verre. J’attendais leur arrivée avec une certaine anxiété. Ce fut un moment vraiment merveilleux. Quand ils sont entrés dans la chambre, je me suis levé et dès que Zeni m’a aperçu, elle a pratiquement jeté son bébé dans les bras de son mari, pour traverser la pièce en courant et venir m’embrasser. Je n’avais plus tenu ma fille dans mes bras, depuis l’âge qu’avait sa propre fille à ce moment-là. C’était une expérience vertigineuse. J’étais projeté dans le temps, comme dans un roman de science- fiction, tout à coup j’embrassais une enfant adulte. » « J’ai ensuite enlacé mon gendre et il m’a remis ma petite- fille dans mes bras, que je n’ai plus lâchée durant toute la durée de leur visite. Tenir un nouveau-né si vulnérable et tendredansmesmainsrugueuses,desmainsquipendant trop longtemps n’avaient manipulé que des pioches et des pelles, était une joie profonde. Je ne pense pas qu’un homme ait été un jour plus heureux que moi ce jour-là, rien que de tenir ce bébé dans mes bras. » 

Une vie dédiée à une cause 

Cette expérience douce-amère est symptomatique de toute la douleur accumulée au cours des 27 années passées en prison. Elle nous rappelle les énormes sacrifices auxquels Nelson Mandela a consenti toute sa vie au nom de son combat, tout entier dédié à sa lutte pour l’égalité et la dignité pour tous les Sud-Africains. Il a tout abandonné pour défendre sa cause ; sa liberté, sa famille et presque la vie elle-même.

Pendant ses années d’emprisonnement, en dépit des offres répétées qui lui ont été faites, il a refusé tout compromis à ses principes, à même de lui assurer une libération plus rapide. Et puis au terme de toute cette souffrance, il a encore trouvé la force surhumaine de pouvoir pardonner, par amour pour la création de la nouvelle Afrique du Sud, et le rassemblement dans l’unité et l’harmonie, de l’ensemble de tout son peuple.

Nous vivons dans un monde pétri d’égoïsme qui se complaît dans le matérialisme, un monde voué au culte de l’apparence. À l’opposé, Nelson Mandela est un héros du monde de l’esprit, un homme de convictions, un héros des valeurs morales. L’adulation dont il aura fait l’objet sa vie durant et la réaction internationale sans précédent face à la maladie qui le frappe, sont un reflet de la façon dont nous sommes tous inspirés par le pouvoir de la bonté, du pardon et de la vie dédiée à un but plus élevé.

Depuis l’aube de la création, nous savons que l’être humain a deux pôles : le corps et l’âme, ou comme il est dit dans la langue du livre de la Genèse, « la poussière de la terre » et le « souffle » de vie insufflé par Dieu. La grandeur de l’homme et son inspiration lui viennent de l’âme que Dieu lui a insufflée. Les instincts sont égoïstes et obsédés par leur satisfaction immédiate, mais l’âme a vocation de vivre avec des valeurs et des objectifs plus élevés.

Parmi les sociétés qui idolâtrent le pouvoir et les stars du paraître, Nelson Mandela prouve la capacité d’endurance dont l’âme dispose, la puissance des principes sur l’opportunisme, du don de soi sur la consommation, des valeurs durables sur la satisfaction de plaisirs éphémères et égoïstes, du vrai bonheur qu’il y a à vivre avec un objectif moral.

Zaziwe = l’espoir 

Dans les leçons de vie que le Gaon de Vilna a léguées à ses enfants, il écrit que se complaire dans le matérialisme et la satisfaction des plaisirs physiques revient à se désaltérer d’eau salée : plus vous buvez plus la soif augmente et les promesses d’épanouissement personnel se dissolvent dans la vacuité, hors de portée à jamais. Nelson Mandela nous lègue, à nous et à nos enfants, sa stature de star des valeurs morales, un héros de l’âme, un modèle d’identification pour qui ne veut pas se reconnaître dans les stars du paraître, qui ne peuvent que nous décevoir. Ces icônes vides de sens, dont les ego, voués aux abysses de la satisfaction égoïste, les précipitent dans la fange et la corruption pour les engloutir.

La grandeur d’âme universelle de Nelson Mandela révèle la puissance latente des forces spirituelles profondes enfouies dans l’être humain, capables de se déployer quand elles sont sollicitées par un grand esprit. Cette idylle que le monde mène avec Nelson Mandela est un signe d’espoir pour l’humanité, et nous sommes toujours bouleversés par les héros de l’esprit.

Et c’est notre espoir dans l’avenir qui nous lie, comme Mandela le confie à propos de ce qui s’est passé lors de cette réunion avec sa fille et son nouveau-né : « Leur visite avait un but plus officiel, celui de me demander de nommer leur enfant, conformément à la coutume qui veut que le choix du prénom du nouveau-né revienne au grand-père. Et celui que j’ai choisi, c’est Zaziwe qui signifie espoir. Ce nom a une signification particulière pour moi, car, pendant toutes ces années passées en prison, l’espoir ne m’a pas quitté, et maintenant je sais qu’il ne m’abandonnera jamais. Je suis convaincu que cette enfant appartiendra à une nouvelle génération de Sud-Africains pour qui l’apartheid ne sera plus qu’un lointain souvenir et c’est là mon rêve le plus cher. »

Nelson Mandela est la lueur d’espoir qui n’a cessé de briller pour son peuple, pour l’éclairer aux heures les plus sombres del’apartheid,etaujourd’huiencore,alorsmêmequ’illutte pour sa vie, il reste un symbole d’espoir. Celui de la puissance de l’esprit qui peut changer le monde, la suprématie de la bonté sur le matérialisme et l’égoïsme, la victoire de l’espoir sur la peur. Le monde physique semble invincible, et pourtant ce sont les forces de bonté, de pardon et de morale, que Nelson Mandela a incarnées et qui auront finalement eu raison de la force brute du régime d’apartheid. Comme l’a dit le prophète Zacharie (IV, 6), « Ni par la puissance ni par la force, mais par mon Esprit, dit l’Eternel des armées ».

L’auteur est le Grand Rabbin d’Afrique du Sud.

Join Jerusalem Post Premium Plus now for just $5 and upgrade your experience with an ads-free website and exclusive content. Click here>>

Related Content

February 11, 2018
Les nouveaux « judaïsants »

By DAN HUMMEL