Négociations : le tournant du concret ?

Révision des objectifs et plans sécuritaires détaillés ont fait surface cette semaine dans les pourparlers israélo-palestiniens. Une bonne nouvelle.

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December 17, 2013 20:04
Kerry et Netanyahou face à Jérusalem enneigée, le 13 décembre 2013.

P6 JFR 370. (photo credit: Reuters)



Quatre mois et demi de négociations. Après de multiples rencontres à huis clos et un nombre record de voyages du secrétaire d’Etat américain John Kerry dans la région – 11 à ce jour ! –, l’opinion peut enfin se faire une idée plus précise des objectifs recherchés via le processus. Objectifs qui mettent l’accent, une fois n’est pas coutume, sur la sécurité israélienne. Tour d’horizon des principales questions abordées – et des écueils à venir.


La sécurité d’Israël


Principale nouveauté, les Etats-Unis semblent enfin prendre en compte une donnée incontournable : aucun progrès ne sera enregistré dans les négociations tant que le Premier ministre Binyamin Netanyahou ne sera pas intimement convaincu que la sécurité israélienne ne sera pas compromise par un futur accord. Une vérité à nouveau martelée par Bibi au Forum Saban, dimanche 8 décembre. Tout accord « doit nous permettre de protéger la paix, ou au contraire de protéger Israël au cas où la paix s’effiloche, ce qui arrive souvent dans notre région… Et ces mesures de sécurité doivent être basées sur les propres forces d’Israël. Il n’y a pas de substitution à cela. »


Cette analyse, partagée au demeurant par de nombreux acteurs, semble enfin être aujourd’hui sur la sellette avec les mesures concrètes proposées par l’amiral (à la retraite) John Allen.


« Jamais auparavant les Etats-Unis n’ont effectué une telle analyse en profondeur des besoins sécuritaire d’Israël, besoins qui découlent de la possibilité d’une solution à deux Etats », a martelé Kerry au Forum Saban. « Jamais ». Quelque 160 personnes de différentes organisations de défense et de renseignement américaines sont, de fait, impliquées dans le projet : elles procèdent à l’évaluation des incidences sécuritaires d’un Etat palestinien, envisageant chaque « scénario potentiel », dixit le diplomate.


Comprenant cela, Kerry, à nouveau présent dans la région la semaine dernière, espère présenter à Netanyahou un plan sécuritaire qu’il ne peut tout simplement pas refuser. Un plan qui serait perçu comme garantissant autant la sécurité israélienne que les propres moyens mis en œuvre par l’Etat hébreu pour sa défense.


Un défi de taille. Comme l’a écrit l’ancien conseiller à la sécurité nationale Giora Eiland dans un éditorial du Yediot Aharonot la semaine dernière, pour Israël, les risques de sécurité liés au retrait de la Judée-Samarie ne proviennent pas seulement d’un potentiel Etat palestinien, mais bien d’autres forces ennemies. Les territoires disputés, à quelques dizaines de kilomètres seulement du centre du pays, constituent par exemple un espace aérien stratégique que l’Etat juif ne peut se permettre de livrer entièrement à la souveraineté palestinienne.


Ramallah acceptera-t-elle un tel compromis ? Les récentes déclarations du chef de l’Autorité palestinienne en font douter.


Mais la question est cruciale, pour une série de raisons. Une présence militaire israélienne est en effet indispensable pour empêcher le passage de terroristes et d’armes illégales dans un futur Etat palestinien, comme c’est actuellement le cas dans la bande de Gaza. Tsahal devra aussi éviter que des cellules terroristes ne prennent appui en Jordanie, comme c’est aussi le cas dans le Sinaï égyptien.


D’autres scénarios sont à envisager : l’invasion d’un futur Etat Fatah, à l’instar de la prise de Gaza par le Hamas, le risque de déstabilisation des régimes sunnites à l’est d’Israël par un Iran (chiite) à deux doigts de se doter de la bombe atomique et enfin et enfin l’instabilité générale de la région sous le coup du conflit syrien.


Comme le souligne Eiland, ce sont donc des questions très précises qui doivent trouver une réponse : comment préserver la démilitarisation du futur Etat palestinien ? Comment limiter sa capacité à conclure des traités avec d’autres pays ennemis tels que l’Iran ? Quelles solutions apporter au problème de l’espace aérien ou encore au spectre électromagnétique nécessaire aux systèmes de communication militaire ?


Des questions auxquelles les Américains tentent de répondre très précisément. Sont envisagées pour l’instant une présence israélienne dans la vallée du Jourdain pour une période allant de 10 à 50 ans et à une mise à disposition par les Etats-Unis en faveur d’Israël de systèmes d’armes de pointe et d’équipements de surveillance les plus sophistiqués à l’heure actuelle, des satellites aux censeurs.


Les Palestiniens, qui ont désapprouvé la semaine dernière les idées défendues par John Kerry, tentent désormais de saper le plan en « s’opposant à toute présence israélienne le long du Jourdain ». Et continuent, par ailleurs, de refuser toute reconnaissance d’Israël en tant qu’Etat juif et à exiger une libération de « tous les prisonniers palestiniens » détenus sur le sol israélien.


Vers un accord-cadre


Une attitude qui semble amener à une révision à la baisse des objectifs américains. « Je pense qu’il est possible au cours des prochains mois d’arriver à un cadre qui ne traite pas de tous les détails, mais qui nous permette d’atteindre le point où tout le monde reconnaîtrait qu’il est préférable d’aller de l’avant que de reculer », a ainsi récemment fait valoir le président Obama. Une déclaration détaillée ensuite par Kerry. Cet accord-cadre, a-t-il expliqué, permettrait « de répondre à toutes les questions essentielles – les frontières, la sécurité, les réfugiés, Jérusalem, la reconnaissance mutuelle et la fin des revendications. Et il devra établir des lignes directrices acceptées des parties pour des négociations ultérieures qui régleront les détails dans un traité de paix global ».


Israël a une expérience mitigée avec ces accords, parfois également appelés « feuille de route ». Les accords de Camp David de 1978 étaient en fait deux accords-cadres qui ont été plus tard peaufinés dans un traité de paix complet avec l’Egypte, qui subsiste maintenant depuis près de trois décennies. Un exemple réussi qui n’a cependant pas été réédité avec la Déclaration de principes de 1993 (Accords d’Oslo) qu’Israéliens et les Palestiniens ont signée sur la pelouse de la Maison-Blanche…


La mise en œuvre de tout accord sera progressive, a rappelé cette semaine la ministre de la Justice Tzipi Livni, en charge des négociations côté israélien. Obama a également été clair sur ce point, affirmant que « les Palestiniens doivent aussi reconnaître qu’il y va y avoir une période de transition, durant laquelle les Israéliens ne peuvent pas voir se produire une réplique de la bande de Gaza en Cisjordanie ».


Ce qui doit être déterminé, a continué le dirigeant américain, c’est de savoir si Abbas « est prêt à comprendre que cette période de transition exige une certaine retenue de la part des Palestiniens et également qu’ils ne recevront pas tout ce qu’ils veulent dès le premier jour. Et cela créera aussi des problèmes politiques pour le président Abbas. »


Le tabou de Gaza


La mise en œuvre de l’accord, d’après les propos d’Obama, s’effectuera donc en plusieurs étapes. Une référence directe à ce qui a toujours constitué le tabou des négociations israélo-palestiniennes : que faire de Gaza ? Une des plus grosses surprises du sommet d’Annapolis de 2007 a, en effet, été de voir les dirigeants passer sous silence complet la prise de contrôle de la bande Gaza par le Hamas et négocier sans faire face au problème. Or, comment signer un accord avec les Palestiniens si Abbas est incapable d’inclure Gaza dans un traité, pour la simple et bonne raison qu’il ne la contrôle pas.


Ou, comme l’a bien tourné le ministre de l’Economie Naftali Bennett dans une interview à Aroutz 2 la semaine dernière, « comment voulez-vous négocier la vente d’une voiture avec quelqu’un qui possède la plus grande partie de la voiture, mais pas le coffre ? ».


La réponse américaine est, peut-être sans surprise, économique. « Si nous pouvons créer un chemin vers la paix, même si au départ il est limité à la Judée-Samarie, qui peut servir de modèle pour les jeunes Palestiniens de Gaza qui y verront que les Palestiniens peuvent vivre dans la dignité, s’auto-déterminer ; si tout à coup leur économie se développe et que le commerce se déroule normalement, parce qu’ils auront créé un environnement dans lequel Israël sera confiant quant à sa sécurité ; si un grand nombre de vieux obstacles au commerce et aux échanges éducatifs auront commencé à s’effondrer, c’est quelque chose dont les jeunes de Gaza auront envie. Et la pression qui sera placée sur les habitants de Gaza, afin d’avoir le même avenir, c’est quelque chose qui va être, je pense, extrêmement attractif. »


En d’autres termes, Obama envisage un accord entre Israël et l’Autorité palestinienne sur les territoires disputés, avec l’espoir que la population de Gaza voudra sa part du gâteau, et qu’elle forcera ses gouvernants à prendre cette direction. Reste à savoir si cette vision libérale est compatible avec l’idéologie islamiste en vigueur dans l’entité du Hamas…



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