NKM fait son « université d’été » en Israël

Nathalie Kosciusko-Morizet, la candidate UMP à la mairie de Paris était en Israël du 30 juillet au 1er août pour s’inspirer du hi-tech israélien.

By YOHAV OREMIATZKI
August 6, 2013 13:08
Nathalie Kosciusko-Morizet à Jérusalem, après Tel-Aviv, Netanya et Haïfa.

P2 JFR 370. (photo credit: Marc Israël Sellem/The Jerusalem Post)

« Je suis ingénieure de formation, donc passer du temps à découvrir des pépites technologiques qui inventent l’avenir, pour moi c’est de l’espérance à partager, et ce, sur un plan totalement différent du processus de paix ». Nathalie Kosciusko-Morizet, actuelle députée de la 4e circonscription de l’Essonne, annonce d’emblée la couleur : elle n’est pas venue en Israël « pour parler actu ».

Ancienne secrétaire d’Etat à la Prospective et à l’Economie numérique, NKM a occupé des fonctions ministérielles pendant pratiquement tout le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Elle a ainsi rencontré Dan Meridor, ex-ministre du Renseignement et de l’Energie atomique de Binyamin Netanyahou, au moment où, coïncidence, les négociations de paix repartaient.

Mais, avant tout, on devinait la candidate de l’UMP (Union pour un mouvement populaire) à l’élection municipale 2014 de Paris, sortie victorieuse le 3 juin d’une primaire ouverte houleuse. Et elle n’avait aucune raison de s’en cacher : « Hier, j’étais à Netanya. J’ai donc dîné avec la formidable maire de la ville, Myriam Feirberg-Ikar, qui m’a officiellement apporté son soutien dans la campagne de Paris. »

Un petit meeting baptisé « NKM près de chez vous » avait même été organisé pour l’occasion sur la plage, avec « les Parisiens de Netanya, dont beaucoup de supporters des XIXe et XXe arrondissements ». L’ancienne maire de Longjumeau, les joues rougies par la chaleur de Jérusalem, s’en réjouit. Pour elle, c’est, semble-t-il, une manière conviviale de s’assurer du vote des juifs parisiens. NKM veut ainsi s’inscrire dans le sillage de Nicolas Sarkozy. En Israël, le président sortant avait réalisé un score écrasant de 92,8 % auprès des électeurs « Français de l’étranger » à la présidentielle 2012.

Israël : un écosystème innovant 

Après avoir soigné son réseau politique international, NKM la studieuse, la polytechnicienne en « voyage d’étude », a tenu en priorité à s’inspirer, voire à faire son marché parmi les start-up de la « Silicon Wadi » israélienne qui inventent la « smart city » de demain.

« Il y a beaucoup de start-up à Paris, mais que peut-on faire pour en voir plus, et pour créer des coopérations avec Israël ? », s’interroge NKM. « Je veux en définitive répondre à 2 questions », détaille-t-elle : « Comment l’écosystème israélien fonctionne-t-il de façon aussi efficace ? Et quelles sont les pépites qui peuvent éventuellement nous intéresser pour régler les problèmes de nuisance sonore, de vie nocturne, d’insertion professionnelle ou encore de transports qu’on rencontre à Paris. »

« La France a une vraie expertise dans le transport lourd sur rail, et je trouve qu’Israël a optimisé les modes de déplacements plus légers », remarque l’ancienne ministre des Transports. A ce titre, Nathalie Kosciusko-Morizet regarde de près le projet pilote de transports semi-collectifs SkyTran. Supposé être mis en place dans quelques mois à Tel-Aviv, sous la forme d’un rail en altitude sur piliers avec une nacelle en lévitation magnétique, il est selon la députée « intéressant pour Paris dans la perspective du lien entre banlieue et centre-ville ».

Côté applications mobiles, la quadra donnerait presque des complexes à un geek. « J’ai rencontré les créateurs PanGo qui proposent un paiement numérique de votre stationnement et ceux de Parko, une appli communautaire permettant de connaître à l’avance le moment où un membre de la communauté va libérer une place de stationnement. Certains disent que cette toute petite start-up est le prochain Waze. Je suis moi-même utilisatrice de ce GPS prenant en compte l’état du trafic ».

NKM est certaine que de telles applications, combinant Internet et gestion urbaine, seraient très bien accueillies dans la Ville-Lumière.

Tel-Aviv & Paris : villes de tous les fantasmes ?

L’intelligence de cette bête de campagne, c’est aussi d’avoir compris que toutes les réussites des capitales en vogue ne sont pas nécessairement transposables, mais que l’essentiel est de « confronter les expériences ». La vie nocturne des capitales « soulève, par exemple, des défis identiques partout. Se pose la question récurrente de la cohabitation entre les dormeurs et les veilleurs. Après, on ne peut pas dupliquer tel quel à Paris l’exemple de Tel-Aviv où l’on sort beaucoup dans des quartiers de business. »

Pour concurrencer Bertrand Delanoë, maire socialiste de Paris depuis 2001, sur le terrain des oiseaux de nuit, Nathalie Kosciusko-Morizet a ainsi commencé à travailler sur un projet de réaménagement des 9 stations fantômes du métro parisien fermées pour la plupart en 1939, ou jamais utilisées. « Ce sont des lieux formidables pour devenir des espaces de nuit, et il n’y aurait pas de problème de voisinage », avance-t-elle. Cela suffirait-il à faire de Paris, à l’instar de Tel-Aviv, une ville qui ne dort jamais ? On peut en douter. Alors qu’à Tel-Aviv, les marges de liberté sont à l’intérieur de la ville, à Paris, la liberté est de plus en plus dans les marges géographiques.

Un doute plane toujours sur les politiques basées sur l’événementiel. Les maires des grandes métropoles veulent-ils en fin de compte changer radicalement l’image ou la réalité de leur cité ? La députée riposte : pour transformer une capitale, il faut « en penser toutes les dimensions afin d’attirer et de garder les bons profils ». Lucide, elle ajoute : « Aujourd’hui, des jeunes pensent pouvoir réussir dans d’autres capitales que Paris parce qu’ils les imaginent plus porteuses. Mais aussi parce qu’il y a le mode de vie autour : le coût du logement, la vie nocturne, le sentiment que ce sont plutôt Tel-Aviv ou Berlin qui bougent ».

« Tel-Aviv semble consacrée à l’instant », écrit l’ethnopsychiatre français Tobie Nathan dans la postface de Tel-Aviv sans répit (éditions Autrement, 2009). « Ici, poumon économique du pays, le travail prend un air de vacances. Non pas que les habitants y travaillent peu, bien au contraire ; ils s’affairent en tous sens ! […] De là cet air de liberté. […] Accomplissement de rêves de bohème, de liberté sexuelle, de corps déliés et joyeux, d’art insoumis… Une anarchie constitutive y fait et défait inlassablement l’espace, comme la mer sur le sable. […] [Mais] le rêve est un paradoxe : on veut […] s’y abandonner ; mais si l’on y parvient, la conscience s’évanouit et avec elle le plaisir… Comment surveiller son rêve et le laisser s’accomplir néanmoins ? ».

Un dilemme paraissant étranger au Paris contemporain, et qui prouve une chose : une capitale ne peut en imiter une autre.

Intemporalité et avant-garde 

A écouter NKM, tout n’est pourtant en Israël que luxe, calme, volupté… et miracle économique. La parisienne n’est pas la seule à le penser. Barack Obama lui-même avait chanté les louanges de l’Etat hébreu lors de son discours à la jeunesse israélienne, à Jérusalem, le 21 mars dernier : « Israël est une nation de musées et de brevets, de sites sacrés intemporels et d’innovations avant-gardistes. Il n’y a qu’en Israël que l’on peut voir simultanément les manuscrits de la mer Morte et la création d’un logiciel crucial pour le projet d’exploration Rover Curiosity sur Mars ».

Avant de rentrer à Paris, NKM souhaitait rencontrer Saul Singer, auteur en 2009 du livre La Nation start-up avec Dan Senor. « C’est une manière de faire la synthèse de mon voyage », explique-t-elle.

Peut-être aussi une façon de comprendre ce mystère israélien illustré par Obama. « On dit souvent que les 3 années passées à l’armée donnent aux Israéliens le goût de la technologie. Singer émet une idée plus audacieuse : dans la réflexion des études talmudiques, il y a pour lui une sorte d’insatisfaction, de questionnement pouvant aussi mener à la créativité et à l’innovation ». Israël ne serait pas seulement un pays, mais aussi un état d’esprit. Et Les Israéliens n’auraient, à l’image d’une partie des Américains, ni peur du futur, ni honte de l’échec. Un exemple que Nathalie Kosciusko-Morizet semble volontiers reprendre à son compte.


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