Netanyahou sort les griffes pour Jérusalem

La Maison-Blanche n’a pas mâché ses mots dans sa critique des constructions de Guivat Hamatos et des installations de Juifs à Silwan. Et Netanyahou n’a pas hésité à riposter sous les feux de la rampe

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October 22, 2014 15:06
Netanyahou sort les griffes pour Jérusalem

Netanyahou sort les griffes pour Jérusalem. (photo credit: REUTERS)

 
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La première question posée par les journalistes israéliens lors du briefing avec Benjamin Netanyahou dans la suite du 44e étage de l’hôtel New York Palace, deux jours après son allocution à la tribune de l’ONU, n’a surpris personne. Elle ne concernait pourtant ni le contenu de son discours, ni l’Etat islamique ou l’Iran, ni même l’entretien qu’il venait d’avoir avec le président Barack Obama.

Non, elle portait sur des constructions au-delà de la ligne verte de 1967. Ou plus précisément sur la réaction très vive – voire sans précédent – de la Maison-Blanche à deux nouvelles qui venaient de tomber : d’une part, les obstacles bureaucratiques qui s’opposaient jusque-là à la construction d’un programme immobilier à Guivat Hamatos, quartier Sud de Jérusalem, avaient été surmontés ; d’autre part, plusieurs familles juives avaient emménagé la veille dans une propriété achetée par des Juifs dans le quartier arabe de Silwan.

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Inhabituellement combatif

Cette question n’a surpris ni l’entourage de Netanyahou, présent à la table du Premier ministre pendant le briefing, ni les journalistes assis en face. Ce qui a étonné, en revanche, a été la réponse donnée, et ce, à deux points de vue.
Tout d’abord, c’est en son nom propre que Netanyahou a exprimé sa réaction au sévère blâme américain, sans se réfugier derrière le voile d’anonymat carctéristique, depuis des dizaines d’années, des déclarations des Premiers ministres israéliens à la presse lors de leurs déplacements. Ses paroles, y compris la réponse à la fameuse question, allaient devenir officielles et ne seraient pas attribuées, cette fois, à « des sources diplomatiques bien informées »…
Ensuite, c’est le ton qui a surpris : inhabituellement combatif à l’égard des Américains et dénué de la prudente courtoisie diplomatique de rigueur.

Netanyahou a rejeté avec force l’idée selon laquelle seuls les Arabes seraient autorisés à acheter des logements n’importe où dans Jérusalem, tandis que les Juifs, eux, se verraient interdire certains quartiers comme Silwan. Et pour Guivat Hamatos, le Premier ministre a expliqué qu’une grande part des appartements construits est destinée à une population arabe ; il ne s’agit en aucun cas d’une implantation, a-t-il précisé, mais d’un quartier qui sera placé sous la juridiction municipale de la capitale. Et de conseiller aux Américains de commencer par étudier les faits avant d’exprimer des réactions officielles.

Et ce n’était là qu’une réaction très maîtrisée. Dans les six interviews qui ont suivi sur des radios et des télévisions américaines, Netanyahou s’est montré encore plus direct.
Sur la chaîne d’informations MSNBC, il s’est déclaré franchement déconcerté par la condamnation de la Maison-Blanche ; et sur CBS News, il a indiqué que les critiques formulées ne reflétaient pas les valeurs américaines.
C’est une déclaration du porte-parole de la Maison-Blanche Josh Earnest, rendue publique quelques minutes à peine après la rencontre Obama-Netanyahou, qui avait suscité la colère du Premier ministre israélien.
« Les Etats-Unis ont appris avec une profonde inquiétude que le gouvernement israélien poursuit ses efforts pour mener à bien ses constructions dans… un quartier sensible de Jérusalem-Est », a déclaré Earnest. « Cela est contraire à l’intention affichée par Israël de négocier un accord de statut permanent avec les Palestiniens, et engager des travaux de construction dans un tel secteur reviendrait à envoyer un message très troublant. »

Le porte-parole a également prévenu : ce projet immobilier « ne fera qu’attirer les condamnations de toute la communauté internationale, éloigner Israël de ses alliés, même les plus proches, empoisonner l’atmosphère, non seulement avec les Palestiniens, mais aussi vis-à-vis des gouvernements arabes avec lesquels le Premier ministre Netanyahou affirme vouloir construire des relations ». Et Earnest a ajouté : ce projet « remettra en question l’engagement d’Israël à conclure à terme de façon pacifique un accord négocié avec… avec les Palestiniens ».



Concernant Silwan, Earnest a sévèrement condamné « l’occupation de bâtiments résidentiels dans le quartier palestinien de Sawan [sic], à Jérusalem-Est – cela se trouve près de la Vieille Ville – par des individus liés à une organisation dont l’objectif est, par définition, d’attiser les tensions entre Israéliens et Palestiniens. »
Des paroles dures, mais à l’évidence soigneusement pesées. Tout comme l’a été la réponse de Netanyahou.

Susceptibilité américaine

« Les Arabes de Jérusalem-Est, des Palestiniens, achètent des appartements, des milliers d’appartements, dans des quartiers juifs de Jérusalem », a expliqué ce dernier dans le très célèbre magazine politique dominical de CBS, Face the Nation. « Personne ne les en empêche. »

Il a ajouté qu’il y aurait à l’évidence un tollé général aux Etats-Unis si l’on y interdisait aux Juifs d’acheter des appartements dans certains secteurs du pays. « Quand, en 2010, le Grand Rabbin de Safed Shmouel Eliyahou a demandé à ses fidèles de ne pas vendre ou louer des appartements à des Arabes, je l’ai descendu en flammes. Je ne tolère pas ce genre de chose. Les Juifs peuvent acheter des logements privés dans des quartiers arabes, tout comme les Arabes peuvent acheter des logements privés dans des quartiers juifs. C’est leur droit. Cette idée que la purification ethnique soit une condition à la paix me paraît contraire à toute idée de paix. Je pense qu’elle est néfaste à la paix. Je ne crois pas qu’il faille approuver un tel principe. Il faut le condamner, au contraire. »
Netanyahou n’a pas la réputation de perdre facilement son sang-froid, ni lorsqu’il est interpellé à la Knesset, ni quand on lui pose des questions difficiles devant une caméra. Il choisit toujours ses mots avec le plus grand soin et n’est pas homme à démarrer au quart de tour, du moins en public.

Sa réponse à la Maison-Blanche, tant pour les journalistes israéliens que pour les médias américains, n’a pas été formulée sous le coup de la colère. Il n’avait pas perdu la tête lorsqu’il a qualifié la politique américaine de « contraire aux valeurs américaines ». Il s’agissait au contraire d’une formulation mûrement réfléchie, qui a d’ailleurs agacé davantage encore l’administration d’Obama ; celle-ci ne se prive pas de critiquer ouvertement la politique israélienne, mais se montre toutefois extrêmement susceptible dès qu’un notable israélien s’interroge sur les positions américaines.
Il suffit de voir la colère des Américains toutes les fois où Israël a critiqué le secrétaire d’Etat John Kerry cette année. Les commentaires de Netanyahou sur les valeurs américaines ont ainsi valu à ce dernier une réponse irritée d’Earnest : selon sa déclaration, ce sont précisément ces valeurs américaines qui conduisent les Etats-Unis à accorder leur soutien à Israël année après année.

Parce qu’il s’agissait de Jérusalem

Ce qui nous mène à une question simple : pourquoi ? Pourquoi Netanyahou a-t-il réagi comme il l’a fait, quitte à déclencher une querelle publique avec la Maison-Blanche ? Les condamnations, même sévères, ne sont ni nouvelles ni rares à son encontre. Israël en essuie dès lors qu’il s’avise de construire, ou d’envisager de construire, au-delà des frontières de 1967. Mais il est exceptionnel que le Premier ministre y réagisse directement ; il laisse cette tâche à des sources anonymes de son bureau, ou encore au ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman.
Ainsi, quand, en 2012, les Etats-Unis condamnent violemment Israël pour le projet d’extension E1 de Maalé Adoumim, Netanyahou garde le silence. Même chose le mois dernier, quand Washington a blâmé l’Etat hébreu de vouloir nationaliser 400 hectares de terrain dans le Goush Etzion, ou encore chaque fois qu’Israël annonce son intention de construire dans la vallée du Jourdain ou ailleurs en Judée-Samarie.

Mais cette fois-ci, non seulement Netanyahou a répondu en personne, mais il n’a pas hésité à s’élever contre la Maison-Blanche. Pourquoi ? Parce qu’il s’agissait de Jérusalem. Netanyahou entendait envoyer un message clair et net, non pas tant à l’administration américaine, mais à tout le peuple américain : Jérusalem est différente, Jérusalem représente le cœur et l’âme du peuple juif.
Ainsi trace-t-il une ligne rouge dans le sable. Ainsi établit-il clairement que, lorsqu’il affirme que Jérusalem restera la capitale indivisible d’Israël, il le pense réellement. Ainsi dit-il au peuple américain qu’Israël n’a pas l’intention de s’excuser de « judéiser » Jérusalem, comme disent les Palestiniens.

Et c’est pour une série de raisons qu’il s’est senti assez fort pour tenir fermement ses positions. Tout d’abord, il a la certitude qu’une vaste majorité du public israélien juif le soutient sur ce point. Et sachant que même Yaïr Lapid – Monsieur l’Israélien moyen – déclare que Jérusalem représente « l’esprit fondateur » d’Israël et ne pourra jamais être divisée, Netanyahou se sent bien épaulé.

Préparer les prochaines élections

Netanyahou choisit soigneusement ses batailles contre Obama. Il ne les initie que s’il sait la majorité des Israéliens derrière lui. Cela a été le cas en 2011, lorsque le président américain a appelé à revenir aux frontières de 1967, avec des échanges de territoires acceptés par les deux parties, et de nouveau ce mois-ci.
La deuxième raison pour laquelle Netanyahou se permet de camper fermement sur ses positions est politique. Sa réaction face à la Maison-Blanche au sujet de Jérusalem peut, plus que tout ce que nous avons vu ces dernières semaines, faire office de message pour préparer les prochaines élections : celles-ci n’auront peut-être pas lieu le mois prochain, ni même cet hiver, mais dans un très proche avenir.

Parce que c’est de Netanyahou qu’il s’agit. De ce même Netanyahou qui, en 1996, remportait la course au poste de Premier ministre contre Shimon Peres sur le slogan : « Peres va diviser Jérusalem ».
« Mais que fait-il, bon sang ? », ont dû se demander certaines personnes en l’entendant répondre vertement aux Etats-Unis au début du mois. « Comment peut-il défier ainsi publiquement l’administration américaine à un moment où Israël va avoir le plus grand besoin des Etats-Unis à l’ONU pour freiner les avancées des Palestiniens ? » Comment ? C’est simple !
D’abord, il croit à ce qu’il fait.
Ensuite, c’est un fin politicien.

Se faire le champion de Jérusalem et la défendre, Netanyahou l’a appris par le passé, n’est pas une mauvaise façon de mener campagne.
Et il est fort possible qu’il sache déjà avec certitude une chose sur laquelle le reste d’entre nous ne fait que palabrer : la prochaine campagne électorale débutera sans doute plus tôt qu’on ne le pense.


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