Ode à la filiation

A l’occasion de la visite de Barack Obama, retour sur le lien entre l’actuel président des Etats-Unis et Martin Luther King.

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March 27, 2013 13:38
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Martin Luther King

JFR 270309 521. (photo credit: Wikipedia)

La portée historique de la visite du président américain en Israël est incontestable. Au cours de son premier mandat, Obama a fait passer un message clair, y compris aux adversaires d’Israël : les Etats-Unis soutiennent l’Etat juif.

Face aux injustes accusations durant la campagne électorale de l’année dernière selon lesquelles le président sortant était plus ou moins anti-israélien, l’ancien ministre de la Défense israélien, Ehoud Barak lui-même, s’est fendu d’une déclaration l’été dernier : « L’administration Obama oeuvre davantage à notre sécurité que tous ses prédécesseurs dont je puis me rappeler ». Plus important, le président américain répète sur tous les tons qu’il ne permettra pas à l’Iran, cet Etat génocidaire qui nie la Shoah et fait voeu de détruire Israël, d’obtenir l’arme nucléaire. Il sera même prêt à tout, y compris l’option militaire, pour l’en empêcher.

Obama est trop modeste pour se comparer au Dr Martin Luther King Junior. Mais il ne fait aucun doute que le dirigeant souhaite perpétuer l’héritage de Luther King et son rêve de justice et d’égalité universelle. Le président cite souvent les propos du révérend sur « l’urgence implacable de l’instant » comme l’un des motifs qui l’ont poussé à se lancer dans sa première campagne présidentielle en 2007. Il a été investi de son second mandat à la Maison Blanche le jour décrété par les Etats-Unis comme la Journée Martin Luther King. Il a prêté serment sur la Bible de King et rendu hommage au pasteur en le citant lors de son discours d’investiture : « Notre liberté individuelle est inextricablement liée à la liberté de chaque âme sur la Terre ».

Dans ces conditions, le président ferait bien d’adopter l’inconditionnel soutien de King à l’Etat d’Israël et de s’associer à cet héritage souvent oublié. Que le premier président afro-américain des Etats-Unis rappelle au monde l’amour et la solidarité que notre pays – symbole des droits civils – a éprouvés pour l’Etat juif, rassurerait profondément les Israéliens.

Et rappellerait également aux progressistes pro-Obama, dont le soutien à Israël devient de plus en plus vacillant, l’argument moral en faveur de l’Etat hébreu. King a dit très clairement au cours de sa vie qu’il considérait la renaissance de l’Etat juif, après plus de 2000 ans, comme un événement inspirant et transcendant qui donnait de l’espoir aux opprimés dans le monde entier, y compris aux Afroaméricains, et leur permettait de rêver à leur propre liberté.

Du côté d’Israël

Durant la guerre de 1956 entre Israël et l’Egypte, il a écrit : « Quelque chose dans la nature même de l’univers pousse à se ranger du côté d’Israël dans son combat renouvelé face à l’Egypte ». En mars 1959, après s’être rendu en Inde pour se rapprocher de l’héritage de son propre mentor spirituel, Mahatma Gandhi, King reprend la route des Etats-Unis en passant par la Jordanie et l’Egypte. Et se rend à Jérusalem et à Jéricho, alors encore sous souveraineté jordanienne.

Même si les Jordaniens refusent de le laisser pénétrer dans le quartier juif de la Vielle ville à Jérusalem, King évoquera souvent sa grande émotion à se retrouver dans la Ville sainte et en Terre sainte.

Le révérend a le vif souhait d’y retourner au cours des années suivantes. Fin 1966, il concocte un plan qui aurait pu lui permettre d’accomplir son désir et, plus important encore, l’aider à bâtir un plan de paix entre l’Etat hébreu et ses voisins. En novembre, Andrew Young se rend en Israël et en Jordanie au nom de King afin de négocier un pèlerinage pour lui et 5 000 fidèles. Les deux gouvernements acceptent de coopérer pour la construction d’un amphithéâtre sur le lac de Tibériade depuis lequel le leader pourrait tenir un discours.

Comme l’a écrit Young plus tard : « Martin Luther King aurait pu changer l’histoire de la région en prouvant à quel point tout le monde avait à gagner en travaillant ensemble ». Tragiquement, ce beau projet n’aura jamais lieu. En mai 1967, le président égyptien Gamal Abdoul Nasser fait fermer le détroit de Tiran aux navires israéliens et déploie ses troupes dans le Sinaï, enclenchant une série d’événements qui mènent rapidement à la guerre des Six Jours, au début du mois de juin.

Juste avant le début de la guerre, face à certains radicaux des « Je considère Israël comme l’un des plus grands avant-postes démocratiques du monde. » - Martin Luther King « Notre liberté individuelle est inextricablement liée à la liberté de chaque âme sur la Terre ».

(Reuters) (Wikipédia) mouvements des droits civiques qui s’identifient haut et fort avec le camp arabe, King prend clairement position. Il cosigne une lettre ouverte au président Lyndon Johnson dans le New York Times avec le philosophe Reinhold Niebuhr et l’évêque de Washington, Stephen Gill Spotswood, appelant les Etats- Unis à honorer leurs engagements face à Israël.

Enfin, en mars 1968, quelques semaines seulement avant d’être assassiné, Martin Luther King prononce l’un de ses plus ardents discours en faveur de l’Etat juif à la convention de l’Assemblée rabbinique d’Amérique. Et de déclarer : « Je considère Israël comme l’un des plus grands avantpostes démocratiques du monde et un merveilleux exemple de ce qui peut être fait, comment une terre désertique peut être transformée en une oasis de fraternité et de démocratie. La paix, pour Israël, signifie la sécurité, et cette sécurité se doit d’être réelle ».

En tant que fervent soutien du président Obama et de l’Etat d’Israël, j’exhorte le président américain à se saisir de cette merveilleuse opportunité qu’aura été sa visite à Jérusalem pour invoquer et célébrer le soutien passionné de Martin Luther King pour l’Etat juif.


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