Pourquoi les Ayatollahs ne peuvent pas renoncer à l’atome

Car c’est sur le nucléaire que Téhéran table pour assurer la victoire de l’Iran et frapper de terreur ses voisins sunnites, mais aussi pour exporter la révolution.

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October 8, 2013 17:36
Centrale de Natanz, en 2008.

P8 JFR 370. (photo credit: Reuters)

 
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Ils sont nombreux en Occident à se voiler la face et à croire contre toute évidence que les Ayatollahs accepteront en dernière analyse de changer de cap et de se transformer en adeptes de la démocratie et des droits de l’homme. C’est impossible pour deux raisons majeures. La première est bien évidemment le fanatisme idéologique du régime chiite. La seconde, les sommes astronomiques investies dans le programme nucléaire et le terrorisme mondial.

Le régime iranien repose sur la doctrine de l’ayatollah Khomeini, l’homme qui a déclenché la révolution islamique en Iran en 1979, en a jeté les bases et les a léguées à Khamenai son successeur.

Quels sont les deux points essentiels de cette doctrine ? Tout d’abord, c’est une autorité religieuse – velayat-e faqih – qui doit se trouver à la tête du pays ; ensuite la révolution islamique se doit d’être permanente. Ce sont aujourd’hui encore les piliers idéologiques sur lesquels repose le régime.

Le Guide suprême de l’autorité religieuse n’est pas nécessairement la plus haute personnalité religieuse du pays, mais il doit être un imam. Il est au-dessus du président et du parlement élus par le peuple. Il est assisté par le Conseil des Gardiens chargé d’assurer le respect scrupuleux de la Charia par la législation. La notion de révolution islamique permanente signifie non seulement que l’Iran doit être à jamais dirigé par une autorité religieuse, mais encore que le modèle iranien d’islam chiite doit être « exporté », dans un premier temps dans les pays du Moyen-Orient puis aux Etats-Unis, symbole de la décadence de l’Occident et toujours qualifié de « Grand Satan ».

Paradoxalement le terme de révolution permanente est « emprunté » à Trotski : il estimait qu’il ne suffirait pas de faire de la Russie un pays communiste, il fallait exporter cette idéologie dans le monde entier ; autrement, pensait-il, si la Russie devenait seule communiste, elle ne pourrait tenir face à un monde hostile et le régime finirait par s’écrouler.

Khomeini était arrivé à la même conclusion pour la révolution islamique chiite qu’il mettait en place dans un monde arabe majoritairement sunnite. C’est pourquoi, dès 1982, il s’est employé à la création du Hezbollah, fer de lance de son implantation dans la région et menace sur la frontière nord d’Israël.

Le plus grand programme nucléaire au monde


Le peuple qui avait renversé le Chah attendait des nouveaux dirigeants des mesures concrètes sur le plan économique et social. Il n’en fut rien. Les Ayatollahs mirent sur pied une première milice paramilitaire : les Gardiens de la Révolution, fanatiquement dévoués au Guide suprême et chargés d’imposer la révolution islamique par la force. Les Gardiens de la Révolution se virent octroyer carte blanche pour mettre la main sur de larges segments de l’économie et prendre le contrôle des services de sécurité et des services secrets.

Pendant la longue guerre contre l’Irak, les Ayatollahs créèrent une seconde organisation paramilitaire, les Basijis, qui comptent aujourd’hui un million de membres et jouent un rôle essentiel dans la survie du régime.

Cependant, c’est sur le nucléaire que Téhéran table pour assurer la victoire de l’Iran et frapper de terreur ses voisins sunnites tels l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe, mais aussi pour exporter la révolution.

Le programme nucléaire mis en route par le Chah avait été abandonné par Khomeini dans les premiers temps ; l’Occident avait en effet arrêté sa collaboration et Khomeini n’était pas sûr que son pays en avait besoin. L’utilisation par Saddam Hussein de l’arme chimique contre l’armée iranienne le fit changer d’avis. Les Ayatollahs décidèrent que la possession de l’arme nucléaire était nécessaire pour protéger et développer leur révolution.

Le monde n’a appris qu’en 2002 l’existence du programme nucléaire iranien, commencé dans le plus grand secret et en violation des engagements pris par Téhéran, signataire du traité de non-prolifération. Des dissidents au régime ont révélé qu’à Natanz, on procédait à l’enrichissement de l’uranium, et qu’à Arak, on produisait du plutonium. L’existence d’autres sites nucléaires a été connue par la suite, notamment celui de Parchin où des techniques de mise à feu seraient testées.

Le programme nucléaire de l’Iran est probablement le plus grand au monde. Il faut ajouter les missiles capables de porter des ogives nucléaires jusque dans les capitales européennes aujourd’hui et bientôt en Amérique.

Un coût monstrueux


Parallèlement, l’Iran renforçait ses liens avec la Syrie, passage obligé du financement et des armes vers le Hezbollah. Cette organisation joue désormais un rôle majeur dans la région et menace ouvertement Israël. Téhéran assiste aussi le Hamas – sunnite – en lui faisant parvenir argent et armements, missiles compris.

Par ailleurs le terrorisme iranien ne connaît pas de frontières. Les attentats contre la communauté juive d’Argentine en 1994 ont fait des centaines de morts et l’an dernier une tentative d’assassinat de l’ambassadeur saoudien aux Etats-Unis a été déjouée à temps.

Il faut bien voir que le coût combiné du programme nucléaire, des Gardiens de la Révolution, des Basijis, de l’assistance au Hezbollah et au Hamas et du financement de la terreur à travers le monde a atteint un niveau proprement monstrueux : il est estimé par certains à des centaines de milliards de dollars au cours des dernières décennies. Malgré les revenus considérables tirés du pétrole, il ne restait pas grand-chose pour le développement du pays.

Le régime des Ayatollahs est tout entier tourné vers la survie et le développement de la révolution islamique à travers le monde. Il est donc incapable d’abandonner son programme nucléaire devenu la pierre angulaire de sa politique.

Sans la menace nucléaire le pays perdrait son influence à l’étranger. Les Ayatollahs devraient alors expliquer au peuple le manque de développement économique et l’absence de droits de l’homme. Ils devraient surtout rendre des comptes sur le gaspillage effréné des ressources du pays. Ce serait le commencement de la fin pour la révolution islamique.

Le Premier ministre israélien, qui connaît bien la réalité iranienne, a tenté d’en convaincre le président Obama et les Nations unies. Rouhani a beau tenir des propos conciliants, il n’a aucunement l’intention de dévier de son objectif. Malheureusement l’Occident n’a pas envie de se lancer dans une nouvelle confrontation et veut croire aux propos « modérés » du nouveau président iranien.

C’est là-dessus que compte Téhéran, qui se moque de l’Occident depuis quinze ans tout en faisant semblant de négocier de bonne foi. Pour paraphraser les paroles du prophète Jérémie, il n’y a pas plus aveugles que ceux qui ne veulent pas voir.



L’auteur est ancien ambassadeur d’Israël en Egypte et chercheur au JCPA.


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