Romney en Israël : l’anti-Obama

La visite du candidat républicain à la présidentielle en Israël a réchauffé les coeurs de plus d’un

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August 1, 2012 16:34
Mitt Romney en visite au Kotel

romney. (photo credit: Marc Israel Sellem)

Une seule et même voix entre Washington et Jérusalem. C’est ce qu’a voulu promettre le candidat républicain aux élections américaines, Mitt Romney, lors de sa visite du samedi 28 juillet au lundi 30 en Israël. Dans une allusion à peine voilée à son adversaire démocrate Barack Obama, le millionnaire mormon a déclaré que l’actuel soutien américain à Israël, en matière de sécurité et de renseignements, n’était pas suffisant. Selon lui : aucune distance diplomatique ne doit être perçue entre les deux alliés, sous peine d’enhardir les ennemis de l’Etat hébreu.




Le candidat républicain a beau avoir répété qu’il ne souhaitait pas critiquer son opposant sur un sol étranger, il n’a pas prononcé une seule fois son nom au cours d’un discours de politique étrangère de 20 minutes, délivré devant la Vieille Ville de Jérusalem. Mais il n’a pas eu besoin de le faire : l’allusion était claire. Au début de son mandat, le président Obama avait en effet déclaré qu’il n’y avait rien mal à laisser paraître au grand jour quelques désaccords avec Israël. “Soutenir Israël ne signifie pas le faire seulement militairement”, a lancé Romney, se référant à la coopération américano- israélienne plus étroite que jamais sous l’administration Obama. “Nous ne pouvons pas rester silencieux lorsque des critiques qui visent à saboter Israël se font entendre. Et nous devons encore moins nous joindre à ces critiques”, a conclu le candidat.

Devant plus de 300 invités triés sur le volet, Romney a eu à coeur de se distancier autant que possible de son rival. Il a notamment souligné le lien historique entre le peuple juif et Israël, ce qu’Obama s’était gardé de faire lors de son discours du Caire, en 2009. “Pénétrer en Israël, c’est pénétrer au sein d’une nation née grâce à une ancienne promesse faite sur cette terre”, a continué Romney. “Le peuple juif a survécu à l’un des crimes contre l’humanité le plus monstrueux de l’histoire, et désormais cette nation a pris sa place parmi les plus impressionnantes démocraties de la planète. La réussite d’Israël est une des merveilles du monde moderne”. Le candidat a mis l’accent sur sa relation avec le Premier ministre Binyamin Netanyahou, l’appelant “mon ami” et le qualifiant de “l’une des plus fortes voix” des valeurs communes aux Etats-Unis et à Israël.

Après son discours, Mitt Romney a retrouvé Netanyahou pour la seconde fois dans la journée, autour d’un dîner. Juste avant, le candidat avait ostensiblement qualifié Jerusalem de capitale d’Israël. Une nouvelle façon de se distancier de l’administration Obama, dont les porte-parole ont évité de nommer la capitale israélienne au cours des dernières semaines. Le négociateur en chef palestinien, Saeb Erekat, a critiqué ces commentaires. “Les paroles de Mitt Romney font du tort à la paix, à la stabilité et à la sécurité”, a déclaré Erekat selon la radio militaire israélienne. “Nous rejetons totalement ces affirmations”.

Haro sur les ayatollahs

L’autre grand sujet de la visite du candidat républicain était bien entendu l’Iran. Dès dimanche matin, la République islamique était au coeur de la rencontre entre Romney et le président Shimon Peres. Les deux hommes ont semblé se rejoindre sur la question. Romney a ainsi déclaré que la menace posée par l’Iran sur Israël, la région et le monde en général, était “incompréhensible et inacceptable”. Tout comme l’Etat hébreu, a-t-il affirmé, les Etats-Unis sont inquiets au plus haut point du développement de la capacité nucléaire de Téhéran et feront tout pour l’empêcher de devenir une puissance atomique. Le président israélien a de son côté réitéré au candidat à l’investiture ce qu’il avait déjà dit aux leaders mondiaux, y compris Barack Obama : “Nous soutenons la coalition internationale dans sa politique de sanctions économiques sur l’Iran, tout en maintenant toutes les options sur la table pour gérer la menace nucléaire iranienne”, a-t-il martelé.




Les deux hommes ont également discuté des autres sujets brûlants du Proche- Orient : la crise en Syrie, le nouveau gouvernement égyptien et les négociations avec les Palestiniens. Si Romney s’est dit en faveur d’une solution à deux Etats, il s’est montré intraitable : ce sera sans le Hamas. L’homme d’affaires a repris la même ligne dure sur l’Iran au cours de son discours de politique étrangère. “Lorsque les leaders iraniens nient la Shoah ou parlent de rayer Israël de la carte, seuls les naïfs - ou pire encore - feront passer cela pour un excès de rhétorique”, a-t-il lancé. “Ne vous y trompez pas : les ayatollahs de Téhéran sont en train de tester nos défenses morales. Ils veulent savoir qui opposera une résistance et qui se désistera”. Le message de Romney aux Iraniens comme aux Israéliens ? “Les Etats-Unis ne se désisteront pas”. Affirmant encore que “nous avons le devoir solennel et moral d’empêcher les leaders iraniens de poursuivre leurs malveillants desseins”, Romney ne s’est cependant pas aventuré à donner davantage de précisions. “Nous ne devons reculer devant aucune mesure pour dissuader le régime iranien dans sa course au nucléaire et nous espérons ardemment y parvenir par le biais de sanctions diplomatiques et économiques.

Mais, en fin de compte, aucune option ne doit être écartée. Nous reconnaissons le droit d’Israël à se défendre, et il est juste que les Etats-Unis vous soutiennent en cela”, a conclu le candidat. Mais dans l’avion pour Tel-Aviv, Dan Senor, proche conseiller aux affaires étrangères de Romney, a déclaré aux journalistes présents que son candidat soutiendrait une attaque israélienne sur l’Iran. Interrogé à ce sujet par la chaîne américaine ABC au cours de sa visite à Jérusalem, le Républicain a répondu : “J’userais de mes propres termes là-dessus, à savoir que je reconnais le droit d’Israël à se défendre”.

Israël, passage obligé de la campagne américaine

Le discours de Romney à Jérusalem, prononcé alors que la majorité de l’audience se trouvait dans la 23e heure de jeûne de Tisha Beav, était le point d’orgue du déplacement à l’étranger du candidat. Ancien gouverneur, pour un mandat seulement, de l’Etat de Massachusetts, Romney a entrepris cette tournée internationale (Royaume-Uni, Israël, Pologne) pour renforcer son image en matière de politique étrangère.




Barack Obama s’était également rendu dans l’Etat hébreu lors de sa campagne en 2008, et la visite de sa Secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, mi-juillet, après deux ans d’absence, sert sans doute les objectifs de la course électorale actuelle. Israël est en effet d’une importance capitale pour l’électorat juif américain, mais également évangéliste : un réservoir de voix des plus conséquents. L’Etat hébreu est donc devenu un passage obligé de la campagne américaine, tout comme le serait une visite en Floride ou un déplacement dans l’Iowa.

Alors que la venue du Républicain le jour de Tisha Beav est considérée par certains comme une gaffe, Romney a voulu mettre l’accent sur les liens particuliers l’unissant à Binyamin Netanyahou. En retour, le Premier ministre, nommant le candidat par son prénom, a rappelé qu’ils étaient amis depuis des dizaines d’années et s’est réjoui des remarques fermes de Romney sur l’Iran. Pas de passage par l’Autorité palestinienne pour le rival d’Obama, mais une rencontre avec le chef du gouvernement palestinien Salam Fayad, qu’il a fait venir jusqu’à son hôtel à Jérusalem.

S’il s’est entretenu avec le (de nouveau) chef de l’opposition, Shaoul Mofaz, en dépit du soutien affiché de ce dernier à Obama, une rencontre prévue avec la dirigeante du parti travailliste Shelly Yahimovich a été annulée au dernier moment, donnant lieu à une polémique intérieure. Romney est en effet la troisième personnalité internationale à ignorer Yahimovich en un peu plus d’un mois. Alors qu’en tant que chef de l’opposition d’alors, le protocole exigeait qu’elle rencontre le président russe Vladimir Poutine et Hillary Clinton, tous deux lui ont fait faux-bond au cours de leur visite à Jérusalem. Les députés de son parti lui avaient alors reproché son manque de stature internationale et l’absence d’une ligne diplomatique claire.

Mais cette fois-ci, rien n’obligeait officiellement Romney à maintenir la visite prévue avec la dirigeante travailliste, repassée au rang de simple députée. Pourtant, lorsque son entourage a choisi d’annuler moins de trois heures avant la réunion, les membres d’Avoda ont accusé d’une seule voix Netanyahou d’être derrière la manoeuvre, alléguant que le Likoud faisait tout pour minimiser l’influence croissante de Yahimovich au sein du pays. La visite de Romney s’est achevée par une levée de fonds, lundi matin, à l’hôtel King David. A 50 000 dollars par couple, l’événement s’est déroulé en présence du milliardaire américain Sheldon Adelson, qui a largement contribué à la campagne républicaine jusqu’à présent.


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