Séparation à l’amiable

L’ambassadeur européen en Israël Andrew Standley achève son mandat ce mois-ci et revient sur les relations tendues entre Bruxelles et Jérusalem.

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August 27, 2013 12:40
L'ambassadeur européen Andrew Stanley à la droite de Benjamin Netanyahou.

P6 JFR 370. (photo credit: Ammar Awad/Reuters)


Andrew Standley n’a pas l’air pressé de partir. Il aurait pourtant de quoi. Ambassadeur européen en Israël, il a dû assumer pendant 4 ans le lien entre l’Union européenne et Israël dans un contexte de tension croissante sur fond de débat sur les implantations, le boycott des produits en leur provenance et, dernièrement, une circulaire publiée par Bruxelles qui a fait grincer des dents à Jérusalem. Reste que Standley a su se démarquer.

Même les élus qui affichent une franche inimitié pour l’Union européenne – ainsi, par exemple, Avidgor Liberman estime que l’obsession européenne des implantations est exagérée, que l’Union européenne se montre grossièrement impartiale envers Israël et ne comprend pas pourquoi il aura fallu plus de 20 ans pour placer le Hezbollah sur la listes des organisations terroristes – l’apprécient. L’homme défie toute définition manichéenne. Il apprécie Israël, comprend ses besoins et avoue sans détour une faiblesse pour cet Etat. Mais, en même temps, estime certaines de ses politiques, et en particulier concernant les implantations, mauvaises, illégales, et responsables de l’éloignement d’une bonne partie des Etats européens.

Son arrivée en poste en 2008, confie l’ambassadeur depuis son luxueux bureau au 15e étage de la Tour de Ramat Gan, est loin de correspondre à la première fois qu’il se rendait en Israël. Jeune homme, il s’était porté volontaire dans un kibboutz en même temps que des milliers d’autres Européens les étés 1973, 1974, 1975 puis 1980. Les relations israélo-européennes étaient alors très différentes. « De très nombreux jeunes Européens des années 1960 et 1970 s’intéressaient à Israël et aux kibboutzim. Ça les attirait beaucoup », se remémore-t-il. « Le kibboutz était attirant, parce que c’était quelque chose d’unique au monde », et c’était l’occasion de vivre dans un environnement différent « avec des gens géniaux et un super climat », sourit-il. « Les jeunes idéalistes voyaient dans le kibboutz une tentative très intéressante de création d’un nouveau modèle social. Israël était perçu comme une nation en cours de construction, progressiste, un modèle d’un nouveau genre ».

Un « léger obstacle sur la route » 

Une époque qui semble bel et bien révolue. Comment et pourquoi l’Etat hébreu a-t-il perdu de son attrait aux yeux des jeunes Européens ? Le mouvement des kibboutzim a changé, note tout d’abord le diplomate. « Lorsqu’un pays évolue, une partie de l’idéalisme dont il irradiait au départ évolue, voire se perd. Ceci influe sur la façon dont il est perçu à l’étranger », commente Standley. Avant d’ajouter : « Et il y a aussi l’occupation ».

Lorsqu’il était jeune bénévole, à l’été 1973, Israël fêtait tout juste ses 25 ans et « l’occupation n’était pas aussi profondément marquée dans les esprits européens, telle qu’elle l’est aujourd’hui, 40 ans plus tard ». Lorsqu’on lui rappelle que Jérusalem contrôlait déjà les territoires dans les années 1970 et 1980, Standley réplique : « les programmes d’implantations venaient à peine de commencer, et cela n’attirait pas autant l’attention ». Et d’ajouter : « on ne parlait pas à l’époque d’un processus de paix, de la solution à deux Etats ». Depuis, « la poursuite des implantations, l’éruption des Intifada et les images télévisées » ont contribué à altérer la perception d’Israël à l’étranger.

Aujourd’hui, explique-t-il, les relations israélo-européennes stagnent en raison de la stagnation du processus de paix. En 2008, peu après l’arrivée de Standley, Bruxelles décide que toute amélioration des relations avec Jérusalem dépendra des progrès du processus de paix. Des progrès qui ne sont jamais arrivés.

D’aucuns en Israël argueront que la récente circulaire européenne sur les implantations ont même fait reculer lesdites relations. En diplomate chevronné, Standley se montre plus mesuré, qualifiant la circulaire de « léger obstacle sur la route ». Et se déclare surpris de l’ampleur de la réaction de Jérusalem, vu que les ministres européens des Affaires étrangères ont affirmé à deux reprises depuis 2012 – « dans le contexte de notre position bien connue sur l’illégalité des implantations qui représente à nos yeux un obstacle au processus de paix » – que les subventions européennes ne devraient pas s’étendre au-delà de la Ligne verte. Destinée simplement « à rendre opératoire » ces déclarations, la circulaire n’aurait pas dû autant surprendre, estime le diplomate.

Une situation asymétrique

Familier de l’argumentaire israélien, il défend les positions européennes une par une. Et nie que cette mesure ne fasse le jeu des Palestiniens et ne sabote le processus de paix. Au contraire, avance-t-il, il existe plusieurs « preuves » du fait que la circulaire a encouragé les Palestiniens à retourner à la table des négociations. Quant à l’argument du « deux poids, deux mesures » face à Israël, le diplomate pointe que l’Union européenne applique les mêmes sanctions dans d’autres régions en conflit, comme le Sahara occidental, le Cachemire et Chypre.

Et de se hausser du col : la polémique autour de la circulaire a modifié l’idée que l’Union européenne se contenterait d’écrire des chèques à l’Autorité palestinienne, sans autre rôle dans la région, souligne-t-il avant de rappeler que l’UE est le principal partenaire commercial de l’Etat juif. Un rappel en forme d’avertissements pour les nombreux Israéliens qui auraient tendance à jeter l’Europe avec l’eau du bain antisioniste.

Enfin, pour ce qui est de l’argument selon lequel Bruxelles ne fait pression que sur le camp israélien, le diplomate rétorque que la situation ne saurait être comparée. « Je ne connais pas exactement le volume commercial avec les Palestiniens, mais c’est dérisoire comparé aux 40 à 50 milliards d’euros d’échanges que nous entretenons chaque année avec Israël. La situation est totalement asymétrique et on ne peut donc pas s’attendre à ce que les actions et les réponses soient les mêmes ».

Sentiments mitigés 

Ce dernier point amène cependant Standley à reconnaître que l’Europe a également son lot d’idées fausses concernant Israël. A commencer par le sentiment de sécurité. « Israël est perçu comme un lieu très fort, très sécurisé, avec l’une des meilleures armées au monde. Du coup, on n’a pas l’impression que c’est un pays menacé ». Sauf qu’il est nul « besoin de passer beaucoup de temps ici pour comprendre que les Israéliens ne se sentent pas en sécurité et ils ont de quoi ». Un paradoxe que les Européens ont du mal à saisir. De plus, le Vieux Continent a tendance à penser que les Israéliens ne veulent pas de la paix. « Cela vient des sondages. Les Israéliens interrogés classent la paix bien plus bas dans leurs priorités que les Européens imaginent qu’il faudrait. » Et le diplomate de se faire sociologue. Si Israël a des sentiments mitigés envers l’Europe, qui vont de la compréhension que Bruxelles joue un rôle important dans le développement israélien au sentiment que l’Etat juif est maltraité par les Européens pour une série de raisons qui passent par l’antisémitisme, la culpabilité européenne envers sa propre histoire coloniale et une population musulmane croissante, il en va de même pour le Vieux Continent.

« Je pense que les sentiments européens envers Israël sont très variés. Cela va de l’admiration pour ses succès, à la reconnaissance de la particularité du pays qui a su aller très loin en 65 ans, aux images de cette occupation qui dure depuis trop longtemps et affecte la vie des habitants au quotidien. C’est une réalité que les Européens ont beaucoup de mal à comprendre ». Reste aussi que la plupart des Européens sont incapables d’imaginer la vie israélienne avant de se rendre dans le pays. « Ils sont surpris par le dynamisme et la diversité de Tel-Aviv. C’est une société complexe et vivante concentrée sur un tout petit espace ».

Le Britannique, sur le départ pour Mexico, rend un dernier hommage à Israël. « C’est un pays où, souvent pour des raisons tragiques, les gens ont d’incroyables histoires familiales et personnelles à raconter, des histoires inimaginables pour la plupart des Européens. Et lorsqu’on a le privilège et l’honneur d’écouter ces histoires, on se sent très humble en comprenant que ce pays a surgi de tout cela et réussi à rester une démocratie malgré tous les défis qu’il a dû affronter en 65 ans ».

 



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