Scission à L’AUJF

Après 45 ans de collaboration, le Keren Hayesod et le FSJU ne feront plus d’appels aux dons sous l’unique bannière de l’AUJF.

By MARTIN ALARGENT
October 22, 2013 16:38
3 minute read.
L'un des nombreux événements de solidarité en Israël

P22 JFR 370. (photo credit: Nir Elias)

C’en est fini. Désormais, l’Appel unifié juif de France ne regroupera plus le Fonds social juif unifié (FSJU) et le Keren Hayesod. L’AUJF avait pourtant été créé par les deux institutions, voilà 45 ans, afin de centraliser les appels aux dons adressés à la communauté juive de France. Un accord historique de 45 ans aujourd’hui rompu.

Selon le Keren Hayesod, qui a vu le jour en 1920, cela fait des années que le FSJU n’arrivait plus à honorer sa part du contrat. Au départ, les deux parties s’étaient entendues pour recevoir chacune 50 % des recettes de l’AUJF, mais cela n’aura pas longtemps été respecté, affirment les responsables de l’association Keren Hayesod France. Cette dernière, qui vient de s’installer dans l’hexagone, reprend son autonomie pour devenir une structure de droit français, et peut donc distribuer des Cerfa, sources d’exonérations d’impôts pour les donateurs.

Pour Richard Prasquier, le directeur du nouveau Keren Hayesod France, « l’AUJF n’a plus lieu d’être ». Mais son organisme déplore que le FSJU continue de faire ses collectes sous ce nom, ce qui « peut apporter une confusion profitable au FSJU ».

A l’origine, les rôles des deux associations étaient bien distincts lorsqu’elles collectaient sous la même bannière : le Keren Hayesod utilisait les fonds perçus en direction d’Israël et le FSJU, de la communauté juive de France. Dorénavant, l’institution israélienne continue seule sa mission, mais le FSJU s’est associé avec d’autres organisations de l’Etat hébreu, afin de continuer à communiquer sous l’AUJF, ce qui n’est pas du goût de la nouvelle direction du Keren Hayesod.

Autre critique formulée par Richard Prasquier : le fait que le nouvel AUJF reverse ses recettes à des associations bien ciblées, choisies par un comité restreint, « alors qu’au Keren Hayesod, nous laissons les autorités israéliennes décider de qui a besoin des sommes que nous versons. Sur le plan symbolique, il y a là une différence fondamentale ». Le Keren Hayesod regrette aussi qu’aucune communication ne soit faite de la part du FSJU sur la séparation des deux associations et le bouleversement survenu de ce fait au sein de l’AUJF. Il craint que les donateurs ne réalisent pas le changement, et continuent à ne verser qu’au seul organisme de l’AUJF. Sans appel au don, la nouvelle association française affirme pourtant avoir déjà reçu de nombreux soutiens, ce qui tend à la rassurer, explique-t-elle.

Se réadapter aux besoins d’aujourd’hui


Autre son de cloche chez Patrick Chasques, directeur général de la Fondation du judaïsme français. Selon ce délégué pour la stratégie, le marketing, la communication et la recherche de fonds du FSJU-AUJF, il faut cesser de considérer Israël comme un Etat des années 1950 ou 1960. Il estime qu’envoyer des dons à l’Agence juive, donc à l’Etat hébreu moderne et à l’économie actuelle florissante, n’a plus de sens aujourd’hui. Or, c’est ce que fait le Keren Hayesod, critique-t-il.

Selon Patrick Chasques, une restructuration du fonctionnement de l’AUJF était nécessaire. Aujourd’hui, Israël est une puissance économique incontestable. En 2011, l’Etat hébreu a affiché un PIB de 291 milliards de dollars.

Mais il reconnaît toutefois que derrière ces beaux chiffres, existent de dures réalités. Les inégalités sociales ne cessent de se creuser en Israël, où de gros problèmes d’intégration se font aussi douloureusement ressentir. C’est pourquoi, dorénavant, les dons adressés à l’Appel unifié seront directement distribués à des associations choisies par un comité au sein de l’AUJF – ce que lui reproche précisément le Keren Hayesod. Parmi elles : Latet, Oulai, Leket, Sacta-Rashi, Yad Rachel ou encore l’IDC.

« Toutes sont des associations reconnues par l’Etat d’Israël », tient à souligner Chasques. Pour ce dernier, il n’est pas question d’arrêter de récolter sous la bannière de l’AUJF. « Il s’agit d’une marque qui appartient légalement au FSJU. Elle a été déposée en 1983 à l’INPI et renouvelée en 2010 par notre association, je ne vois donc aucune raison valable de changer de nom », affirme-t-il.

« Notre fondation avait besoin de se réadapter aux réalités d’aujourd’hui. Depuis peu, c’est chose faite. Le FSJU n’a cessé d’aider Israël depuis sa création en 1950. Cette mission fondamentale est même inscrite dans les statuts d’origine de notre association », note-t-il, refusant de trop s’appesantir sur le départ du Keren Hayesod, qu’il qualifie d’anecdotique.

Pour l’actuel délégué du FSJU-AUJF, « il y a de la place pour tout le monde dans le secteur associatif. Les membres du Keren Hayesod sont des amis et nous sommes peut-être même complémentaires », conclut-il.



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