Syrie : une semaine décisive

Alors que les débats s’ouvrent au Congrès sur une intervention contre Damas, Barack Obama se lance à l’assaut de l’opinion américaine

By MICHEL WILNER
September 11, 2013 13:38
3 minute read.
John Kerry avec les représentants de la Ligue Arabe

P4 JFR 370. (photo credit: Reuters)

 
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Une semaine marathon. Dimanche 8 septembre, le président américain Barack Obama se lançait dans une campagne intensive pour convaincre les Américains du bien-fondé d’une intervention contre le régime de Bashar Assad. Au programme : pas moins de 6 interviews télévisées et une adresse à la nation. Son objectif ? Convaincre que punir Damas pour son usage d’armes chimiques relève d’un intérêt national américain. « Je ne suis pas sans ignorer que le peuple américain est las après 10 ans de guerre, même si la guerre en Irak est finie et la guerre en Afghanistan arrive à son terme. C’est pourquoi nous ne déployons pas nos troupes dans les conflits des autres », a déclaré Obama dans son discours hebdomadaire de dimanche, qui a fourni un aperçu de son allocution spéciale, prévue mardi 10. « Mais nous sommes les Etats-Unis d’Amérique ! », a-t-il continué. « Nous ne pouvons fermer les yeux sur des images comme celles que nous avons vues en provenance de Syrie ». Ne pas réagir, a poursuivi le président, « augmenterait le risque que des armes chimiques soient de nouveau employées », éventuellement par des terroristes qui viseraient l’Europe ou les Etats-Unis. « Ce serait un terrible message aux autres nations, qui signifierait que l’usage de ces armes reste sans conséquence ».


Le Congrès se réunit à nouveau à compter de lundi 9 septembre, après les vacances parlementaires du mois d’août. Le 21 août dernier, le régime de Bashar Assad aurait gazé plus de 1 400 civils dans la banlieue de Damas, dont des centaines d’enfants.
En dépit de la campagne présidentielle, il semblerait que la Chambre des Représentants ne soit pas en faveur de frappes en Syrie. Alors que plus de 120 élus ont d’ores et déjà annoncé leur opposition, Obama devrait convaincre les deux autres tiers du Congrès pour l’emporter. Dimanche, le secrétaire général de la Maison Blanche, Denis McDonough a également fait le tour des plateaux télévisés pour relayer la parole du président.


Il est « établi » qu’Assad a ordonné l’attaque chimique, a déclaré le haut fonctionnaire. « Il n’y a pas un seul membre du Congrès qui a rejeté les conclusions de nos services secrets, à ma connaissance », a-t-il déclaré à l’antenne de NBC. « Se pose alors la question des conséquences pour lui après qu’il ait fait cela, et des conclusions que la communauté internationale tirera de notre réaction ».


Embraser la région ?


Toujours dimanche, un article paru dans la presse allemande a cependant jeté le doute sur ces affirmations, alléguant que les troupes d’Assad auraient fait usage des armes chimiques sans l’accord du président syrien. Les commandants de son armée lui auraient demandé l’autorisation d’employer ces armes non conventionnelles depuis 4 mois, selon des messages radio interceptés par les services de renseignements allemands, a rapporté le journal Bild am Sontag en citant des sources de contre-espionnage.


Toujours dimanche, Assad a lui-même accordé un entretien au journaliste télé américain Charlie Rose, qui devait être diffusé dans la soirée de lundi 9 septembre, à l’heure même où Obama serait invité par les grandes chaînes. Assad y nie catégoriquement l’usage d’armes chimiques. Dans les extraits diffusés de cette interview – la première que le dictateur syrien ait accordée à un média américain en plus de
2 ans – Rose explique qu’Assad semblait inquiet de voir les alliés occidentaux paralyser son armée et avait averti qu’il attaquerait des cibles américaines en représailles.


Alors qu’il était en visite en Irak, le nouveau ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif a exprimé l’inquiétude de voir une offensive contre la Syrie embraser tout le Proche-Orient, alors qu’au même moment McDonough déclarait aux journalistes américains qu’une intervention enverrait un message fort à Téhéran. « Nous craignons que la région tout entière ne s’enflamme », a dit Zarif depuis Bagdad. « Ceux qui ne voient qu’à court terme et sonnent déjà le clairon de la guerre allument un incendie qui brûlera toute la région ».


Toujours dimanche, la Turquie a massé de nouvelles troupes le long de sa frontière sud-est, alors qu’Israël déployait une batterie d’Iron Dome au-dessus de Jérusalem. A Paris, le secrétaire d’Etat John Kerry et le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius pressaient les représentants de la Ligue arabe ainsi que les autres Etats européens de soutenir une offensive contre Assad.


Selon Kerry, l’Arabie Saoudite soutient publiquement les efforts pour intervenir en Syrie. Mais, dans le même temps, le président François Hollande a semblé minorer une partie de son soutien en déclarant que l’Hexagone ne se lancerait pas dans une opération aux côtés des Etats-Unis avant que les Nations ne complètent et publient les conclusions de leur enquête menée sur le terrain de la banlieue de Ghouta.



Un rapport qui pourrait être publié dès cette semaine, selon certains hauts fonctionnaires. Auquel cas les Etats-Unis saisiraient à nouveau le Conseil de sécurité de l’ONU avant d’agir. « Concernant les commentaires du président Hollande, nous écoutons attentivement tous nos amis », a déclaré Kerry. « Aucune décision n’a été prise par le président Obama pour le moment ». Kerry s’est originellement rendu à Paris pour rencontrer des dignitaires arabes au sujet des négociations israélo-palestiniennes.


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