Toulouse, un an après

Un an après le drame qui l’a tristement rendue célèbre, la communauté juive de Toulouse semble au bord de l’agonie.

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March 19, 2013 13:59
François Hollande a rencontré les proches des victimes de Mohamed Merah, à Toulouse, le 17 mars 2013

JFR19 521 . (photo credit: Reuters)

 
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En mars 2012, la France découvrait, ébahie, l’horreur qu’elle avait laissé grandir en son sein. Elle essuyait les ravages de l’islamisme fanatique en la personne de Mohamed Merah que d’aucuns se refusent à qualifier d’être humain. Une tuerie sans nom, sous le sceau de la barbarie.

Des actes abjects contre des citoyens français honteusement assassinés parce que représentants des forces de l’ordre ou parce que juifs. Après l’élimination de trois gendarmes, le maréchal des logis-chef Imad Ibn-Ziaten, le 11 mars à Toulouse, puis Abel Chennouf et Mohamed Legouad, le 15 mars à Montauban, la bête sauvage s’en était allée frapper du côté de l’école juive toulousaine d’Ozar Hatorah.

Ce 19 mars 2012, munie d’une vidéo-caméra sanglée sur sa poitrine, Merah « tire dans le tas », peu importe qui est dans son viseur, du moment qu’il tue. Un professeur, d’abord, le rabbin Sandler, 30 ans, qui essaye – vainement – de protéger ses deux jeunes enfants, Gabriel, 3 ans, et Aryeh, 6 ans. Sur les caméras de vidéosurveillance, on pourra voir un des deux garçonnets ramper à terre aux côtés de son père et de son frère. Sandler père et ses deux fils seront abattus. Merah est assoiffé de sang. Sur son chemin, Myriam Monsenego, la fillette du directeur, 8 ans. Le pistolet qu’il pointe sur sa tempe s’enraie. Il change d’arme. Et tire à bout portant.

Depuis, l’établissement a changé son nom en Or Hatorah, en hommage aux victimes.

Tueur fou, assassin immonde, bête en furie, Merah qui trouvera la mort le 22 mars, laisse derrière lui un pays – la France – meurtri, une ville – Toulouse – anéantie et une communauté – juive – à l’agonie.

Un an plus tard, les commémorations s’enchaînent. Mi-mars, France 3 a consacré un documentaire largement contesté pour chercher à humaniser la sauvagerie à l’état pur, pour remonter aux sources du mal en scrutant à la loupe l’enfance d’un gosse de quartier devenu machine à tuer, dénuée de tout état d’âme. Mais comment expliquer l’inexplicable, comprendre l’insensé, justifier la folie ? 

Des petits Eichmann potentiels

Mardi 19 mars, Paris, à l’initiative de Jonathan Curiel et sous la houlette de Claude Goasguen, s’apprêtait à un grand rassemblement populaire, en la mairie du XVIe arrondissement.

Et Toulouse, le coeur du drame, accueillait, dimanche 17 mars, le chef de l’Etat français, François Hollande, sa compagne, Valérie Trierweiler, et le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, pour une cérémonie officielle que l’Elysée a voulue comme « un moment de prière et de recueillement pour toute la nation ».

C’est un François Hollande auréolé du succès de ses précédents discours contre l’antisémitisme qui a pris la parole, 15 minutes durant, aux côtés du Grand rabbin de France, Gilles Bernheim, place du Capitole. « Cette tragédie aurait-elle pu être évitée ? Merah a-t-il agi seul ou était-il membre d’un réseau plus vaste ? », a demandé le chef de l’Etat, évoquant les questions sur le financement des voyages à l’étranger du tueur ou les éventuels dysfonctionnements des services de police. « La réponse est due aux familles et à la France tout entière. Je m’en porte garant. » Le président s’est également montré intraitable contre le terrorisme, où qu’il soit. « La lutte contre le terrorisme ne suppose aucun relâchement, aucune faiblesse, aucune négligence », a-t-il martelé. Il s’agit d’une lutte « globale », a-t-il rappelé, « c’est pourquoi la France fait son devoir au Mali au nom de la communauté internationale » pour empêcher l’installation d’un « sanctuaire terroriste ».

François Hollande a tenu à dénoncer avec force l’antisémitisme qui n’a pas cessé, « constat cruel », depuis la tragédie de Toulouse où des « enfants sont morts » pour « la même raison que ceux du Vel d’Hiv et de Drancy : parce qu’ils étaient juifs ».

Des propos qui font résonance à la déclaration du père de Jonathan Sandler, Samuel, au Parisien : « Je pensais que l’époque où l’on tuait des enfants parce qu’ils étaient juifs était révolue… Je me suis toujours demandé à quoi pensait mon petit cousin du Havre quand on l’a emmené à Drancy. Il a été tué parce qu’il était de religion juive. Pour moi c’est la même philosophie nazie qui consiste à dire : un tel a le droit de vivre, ou pas. Les Allemands ne filmaient pas. Lui, l’assassin, a filmé pour se vanter. Il est pire que les nazis. (...) Il n’est pas un être humain. Et s’il a créé des émules dans les banlieues, je considère que ce sont des petits Eichmann potentiels ».

Avant le prochain attentat… 

En Israël, une soirée en hommage aux victimes avait été organisée à Jérusalem, le 7 mars, date hébraïque de la tuerie, à la synagogue Emouna, fief francophone de Baka.

L’occasion de diffuser le documentaire de Michaël Grynszpan, Toulouse, Entre rose et gris. Un film réalisé à l’automne dernier, et diffusé au moment des fêtes de Hanoucca par la télévision israélienne. Le bilan qu’il dresse, quelques mois après les faits, est alarmant. La communauté de Toulouse, forte de quelque 18 000 âmes, vit dans la peur permanente. Cette plus petite des grandes communautés juives de France croule sous les angoisses sécuritaires. « On ne peut plus laisser les enfants seuls dans la rue », déclare une mère de famille. Si, au Moyen Age, on giflait les Juifs, aujourd’hui, crachats, insultes, coups de klaxon sont légion.

Envers les Juifs en général et en particulier sur la personne du jeune rabbin de la ville, Avraham Weill, qui arbore avec fierté longue barbe et chapeau noir.

La spécificité de la communauté toulousaine : un public religieux minoritaire pour des membres essentiellement traditionalistes qui se retrouvent dans un centre communautaire « que même Paris n’a pas », pointe son président, Arieh Bensemoun.

Conséquence : une importante assimilation. « Il y a un déséquilibre énorme entre les mariages et les enterrements », note le rabbin Weill. « Le bilan est assez triste », confirme Michaël Grynszpan, « il se situe entre assimilation et départ ». Le réalisateur a ressenti au plus près la tension en vigueur dans la ville rose, entre les regards de haine observés dans la rue, ou son accompagnateur qui, à l’approche de quartiers plus sensibles, lui déclare sobrement « ici, j’enlève la kippa ».

Si, depuis la tuerie de mars 2012, Toulouse enregistre une hausse des demandes de conversion au judaïsme, sa communauté juive compte aussi de plus en plus de prétendants au départ. Comme la famille Cohen, filmée par Grynszpan, « par souci pour les enfants ».

La communauté de Toulouse, ses 400 élèves scolarisés dans des écoles juives et son seul restaurant cacher aurait donc perdu face à la montée antisémite ambiante ? « Certains disent que c’est juste une question de temps avant le prochain attentat », ponctue le réalisateur.

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