Turquie: un vent de révolte

Des dizaines de milliers de personnes manifestent dans tout le pays contre le gouvernement d’Erdogan.

By JONATHON BURCH ET HUMEYRA PAMUK
June 4, 2013 12:37
3 minute read.
Les violences continuaient, lundi 3 juin, dans les grandes villes de Turquie.

P4 JFR 370. (photo credit: Umit Bektas/Reuters)

Tout a commencé par une simple manifestation contre un projet d’aménagement urbain. Ils étaient quelques centaines à occuper le parc Gezi depuis mercredi 28 mai pour protester contre l’abattage d’arbres dans ce parc d’Istanbul, près de la place Taksim, célèbre point de départ de défilés. Projet du gouvernement : y bâtir un centre commercial au style ottoman ainsi qu’une nouvelle mosquée. Mais la police charge brutalement les opposants. Le mot circule alors sur les réseaux sociaux et des milliers de manifestants viennent prêter main-forte, dans un mouvement qui sera très vite baptisé « Occupy Gezi ».

Vendredi 31, le rallye tourne à un rassemblement massif contre le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, et son parti d’affiliation islamiste, le parti de la Justice et du Developpement (sigle turc : AKP). L’usage disproportionné de canons à eaux et de gaz lacrymogènes par les forces de l’ordre scandalise la population qui arrive toujours plus nombreuse sur la place. Au terme du week-end, certains évoquent plus de 1 000 blessés.

Lundi 3 juin, les protestataires affrontaient toujours les forces de l’ordre pour le 4e jour des manifestations. Après une brève accalmie dans la journée de dimanche, l’agitation a repris dans la nuit et s’étend désormais aux villes d’Ankara et Izmir. Cette dernière, une cité portuaire à l’ouest de la Turquie, abrite le siège de l’AKP, dont les locaux ont été incendiés aux petites heures du jour dans la nuit de lundi.

Selon les images de télévision locale, une partie des bâtiments a été détruite. A Istanbul, les manifestants avaient amassé des piles de pavés, des panneaux de signalisation et même des abris de bus pour en faire des barricades le long d’une large avenue le long du Bosphore, où ont eu lieu la majorité des affrontements hier soir. Des graffitis ont recouvert les murs.

Toujours à Istanbul, les bureaux d’Erdogan étaient encerclés par les forces de police qui repoussaient les manifestants à l’aide de gaz lacrymogène. Une mosquée avoisinante abritait des équipes médicales qui s’activaient autour des blessés. A Ankara, la police a pris d’assaut un centre commercial situé au coeur de la capitale où se cachaient des centaines de manifestants.

« Je suis le serviteur du peuple » 

Le Premier ministre turc s’est exprimé avec fermeté, condamnant les manifestants, qu’il a qualifié de « pilleurs », et accusant le principal parti laïc d’opposition d’exciter la foule. Et d’affirmer que les protestations sont destinées à déstabiliser son parti en vue des élections de 2014 et 2015.

L’année prochaine, les Turcs sont en effet appeler à élire leurs représentants municipaux ainsi que leur Premier ministre.

Poste auquel Erdogan a été successivement réélu depuis 2003, avec, à chaque fois, une plus grosse majorité de voix.

Puis viendront les élections parlementaires l’année suivante. Le parti républicain du peuple (en turc : CHP), principale formation d’opposition, a rejeté ces accusations et blâmé la politique du gouvernement. « Aujourd’hui, les gens sont descendus dans la rue partout en Turquie. Ils ne n’appartiennent pas exclusivement au CHP, ils sont de toutes les idéologies et de tous les partis », a affirmé un membre vétéran de la plateforme, Mehmet Akif Hamzacebi.

« Erdogan ne doit pas blâmer notre parti, mais tirer les conclusions nécessaires de ce qui est en train de se passer ».

Au cours de ses 10 années au pouvoir, Erdogan a révolutionné l’économie turque, qui possède aujourd’hui le plus fort taux de croissance européen. Il demeure, de loin, le politicien le plus populaire du pays. Mais son autoritarisme et le conservatisme religieux de son parti finissent par lasser la population.

Sont en particulier dénoncés les restrictions de vente d’alcool et les mises en garde contre les démonstrations d’affection en publique. La politique de la Turquie face au conflit syrien soulève également des inquiétudes, en particulier à cause du problème des réfugiés qui devient de plus en plus lourd à gérer.

Dimanche, Erdogan est apparu à la télévision pour la 4e fois en moins de 36 heures. Et de justifier les restrictions sur les ventes d’alcool par des raisons de santé. « Je suis pour les restrictions, car c’est meilleur pour la santé… Quiconque boit de l’alcool est un alcoolique ». Le dirigeant a conclu en rejetant les accusations de dictature. « S’ils qualifient quelqu’un qui sert le peuple de dictateur… je n’ai rien à ajouter. Je ne suis pas un maître. La dictature n’est ni dans mon caractère ni dans ma nature. Je suis le serviteur du peuple. »


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