Apprendre à se souvenir

Fédérer la jeunesse des nations autour de la mémoire de la Shoah de façon renouvelée, c’est le défi que le projet « Convoi 77 » a pour vocation de relever

By KATHIE KRIEGEL
April 14, 2015 18:19
Lycéens en voyage à Auschwitz

Lycéens en voyage à Auschwitz. (photo credit: REUTERS)

 
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Le 31 juillet 2014 a marqué le sinistre anniversaire des 70 ans du départ du convoi 77, qui a quitté Drancy pour Auschwitz, quelques semaines avant la Libération de Paris. A cette occasion, au Mémorial de la Shoah à Paris, Serge Klarsfeld, a rappelé les spécificités de ce convoi qui regroupait 1 300 personnes provenant de 37 pays différents. Parmi eux, 324 enfants (les plus jeunes âgés de quelques mois) raflés par les services de Brunner dans les foyers de l’UGIF (Union générale des israélites de France) en région parisienne, ainsi que des pensionnaires des orphelinats juifs de la capitale française.

Faire revivre les disparus en les sauvant de l’oubli

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Le projet « Convoi 77 » a pour mission de lancer des étudiants de plus de dix pays européens à la recherche d’informations, de documents et de témoignages sur les déportés du convoi 77 qui sont nés et qui ont vécu dans la ville ou le village où ces élèves étudient et vivent aujourd’hui. « C’est une sorte d’enquête que mèneront ces élèves du secondaire, principalement de Terminale », précise Georges Mayer, à l’initiative de ce projet. « Dans les écoles des villes concernées, une fois qu’ils auront reçu les coordonnées d’un ou plusieurs déportés nés dans leur ville, ils travailleront en groupe, encadrés par leurs enseignants », souligne Mayer, « ils vont mener une véritable enquête qui leur permettra, je l’espère, de trouver des informations et des documents qui seront les seuls et derniers témoignages de la vie de ces hommes et femmes disparus ».

Une centaine de personnes (essentiellement en France et en Israël), dont de nombreux déportés, sont d’ores et déjà concernées par ce projet. Organisés autour de Serge Klarsfeld, ils mettent en commun un maximum d’informations, de photos, de documents, de témoignages, auxquels viendront s’ajouter tous les éléments recueillis par les élèves qui mettront à leur tour les fruits de leurs recherches à la disposition des familles des déportés, des historiens et du grand public sur le site web de l’association Convoi 77. Une convention a été signée avec le Mémorial de la Shoah à Paris, afin que ces documents mis en commun, soient rassemblés, digitalisés et conservés de manière professionnelle.

Renouveler la transmission

Cette entreprise est née d’une douloureuse prise de conscience ; les derniers déportés de la Shoah ne seront bientôt plus de ce monde, s’est inquiété un jour Georges Mayer. Comment fédérer les citoyens des nations autour de la mémoire de la Shoah de façon renouvelée, alors que les derniers survivants s’éteignent ? Comment les jeunes générations pourraient-elles contribuer à faire revivre les disparus pour les sauver de l’oubli ? De là est née l’urgence de trouver de nouveaux moyens de transmission de la Shoah.

Lui-même fils de déporté assassiné à Auschwitz, Georges Mayer s’est senti investi d’une mission. Apprendre au monde à se souvenir autrement, en marge des commémorations, en faisant revivre les disparus, sans témoins vivants pour nous les faire connaître. « Mon lien avec ce convoi, c’est que c’était celui de mon père, Alex Mayer », se souvient-il.
Cette initiative a pour vocation d’assurer la relève. « C’est plutôt aux élèves de Terminale que ce travail s’adresse, pas à des ados », précise Georges Mayer. Une classe entière ou un groupe d’élèves, recevra le nom d’un déporté de sa ville, disparu dans la tourmente, ainsi que sa date et son lieu de naissance. « C’est une possibilité unique de retrouver des informations sur les victimes, de leur donner un visage, une consistance. Et cela permet d’aborder la Shoah de façon non conventionnelle. Il faut trouver des moyens autres que le cours d’un professeur ou le témoignage d’un déporté. Il faut que le relais soit pris par les enfants de cette nouvelle génération et les générations futures. Le fait est que ces 20 ou même 30 dernières années, la manière dont on s’y prenait n’était pas forcément la bonne ».

Un intérêt universel au travail de mémoire




Le film Les héritiers, construit autour d’une histoire vraie, se préoccupe aussi de transmission. Un professeur de lettres dans une zone dite ZUS (zone urbaine sensible), un quartier défavorisé à forte proportion d’élèves issus de l’immigration, décide un jour de les fédérer autour d’un projet qui fait l’objet d’un concours : « Retrouver les traces d’enfants déportés et assassinés dans les camps nazis ».
Identification, solidarité avec les victimes favoriseront l’éclosion d’une solide amitié entre les élèves, qui parviendront à surmonter leurs différends et leurs propres blessures grâce aux liens solides qui se seront forgés au cours du travail de recherche. Au-delà de la nécessaire commémoration, c’est une quête de leur propre identité qui sera stimulée et une sensibilisation à des valeurs constructives communes.

« Ce film et mon projet se font écho et ce n’est pas par hasard. C’est dans l’air », se réjouit Georges Mayer, qui rappelle à l’occasion le projet Aladin porté par sa présidente Anne-Marie Recolevschi et son vice-président Serge Klarsfeld, dédié à l’enseignement de la Shoah dans les pays musulmans principalement du Maghreb.
Georges Mayer espère ainsi pouvoir mener à bien une réflexion sur le rôle particulier des enfants et petits-enfants de déportés dans la transmission de la mémoire de la Shoah : contribuer à la perpétuation du travail de mémoire. Au-delà de la mission de maintenir vivant le souvenir de l’Holocauste, contre le négationnisme et l’oubli, l’étude de la Déportation et de la Shoah a un intérêt universel ; elle peut donner à tous, aujourd’hui et demain, les moyens de réfléchir et de résister aux tentations racistes, xénophobes et totalitaires.

Sous les auspices de la France


Comme la France était le pays d’origine de plus de 50 % des déportés, c’est à la résidence de l’ambassade française de Tel-Aviv, qu’a eu lieu le 31 mars dernier, le coup d’envoi du projet, grâce au soutien de M. Patrick Maisonnave, l’ambassadeur de France. Au cours d’une cérémonie sobre et digne qui a réuni les ambassadeurs européens, mais aussi un émissaire de l’ambassade de Russie et de Turquie, Georges Mayer a remis à chacun la liste des déportés nés dans son pays.

Le représentant de l’ambassadeur de Russie pensait que ce travail était destiné à des enfants d’origine russe résidant en Israël, tandis que celui de Turquie s’est dit intéressé, mais pas directement concerné par le projet, faisant remarquer que si de nombreux déportés étaient originaires de Turquie, ils avaient quitté leur pays d’origine bien avant les événements. On peut raisonnablement se demander si le massacre des Arméniens, une communauté minoritaire, n’avait pas incité ces juifs à chercher des cieux plus cléments, craignant de devenir à leur tour les prochaines victimes d’un nettoyage ethnique commis par les émissaires d’Atatürk. Pour autant, il faut saluer le courage de ces représentants, qui ont souhaité par-delà leur simple acte de présence, marquer leur solidarité et réfléchir à une possible participation active.
Le devoir de mémoire confronte chaque pays à sa propre histoire, chaque citoyen à la mémoire familiale et ce face-à-face ne se fait jamais sans douleur. Ce travail sera une occasion d’apprendre et de comprendre une page importante de l’histoire de ces pays et du conflit qui a déchiré l’Europe il y a plus de 70 ans. Le projet « Convoi 77 » en appelle à la mémoire européenne. Il est à espérer qu’il contribuera à renforcer le socle d’une identité commune.


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