Le poids des mots

Barack Obama a préféré éluder la nature antisémite de l’attaque contre l’Hypercacher. Un choix révélateur des intentions du président américain

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February 17, 2015 18:43
Barack Obama

Barack Obama. (photo credit: REUTERS)

 
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Cette semaine, dans une interview accordée à Mathew Yglesias du site Vox.com, le président américain Barack Obama a fait référence aux terroristes qui ont commis les massacres de Paris le mois dernier, comme à « une bande de fanatiques vicieux et violents » qui « ont tiré au hasard sur des gens dans une épicerie ».
En d’autres termes, Amedy Coulibaly était juste un « fanatique », et les juifs qu’il a assassinés pendant leurs courses de shabbat, étaient simplement « des gens dans une épicerie ». Peu importe si, en direct de la prise d’otages, Coulibaly a affirmé à BFM TV qu’il était affilié à al-Qaïda et avait choisi le supermarché cacher parce qu’il voulait tuer des juifs. En ce qui concerne le leader du monde libre, le massacre de l’Hypercacher ne nous apprend rien, si ce n’est qu’il y a des gens méchants qui tuent par hasard des gens qui n’ont pas de chance.

Les déclarations d’Obama sont révélatrices de son niveau d’aisance avec le sujet de l’antisémitisme. En déjudaïsant les victimes – prises pour cible uniquement parce qu’elles étaient juives – le président américain nie l’unicité de la menace que représente l’islam djihadiste pour les juifs. En prétendant que ces derniers ne sont pas visés et assassinés simplement parce qu’ils sont ce qu’ils sont, il désavoue la légitimité de leur inquiétude quant à leur sécurité, que ce soit au sein des communautés de diaspora ou en Israël. Si rien ne différencie le massacre de l’Hypercacher d’un vol à main armé qui a mal tourné, les juifs – à Paris, à Copenhague ou à Jérusalem — n’ont pas le droit à un traitement spécial.
Alors que les journalistes de Charlie Hebdo ont été tués parce que leurs illustrations du prophète Mahomet insultaient les fascistes musulmans, les juifs tués ont été tués parce qu’ils étaient juifs. En d’autres termes, la haine des islamistes pour les juifs est inhérente et génocidaire, pas situationnelle. Si les islamistes avaient la capacité d’annihiler les juifs, ils le feraient.

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Plus tard, les commentaires de représentants de l’administration américaine ont confirmé que les paroles du président américain n’étaient pas une simple gaffe. Interrogés sur ces propos, le porte-parole de la Maison-Blanche, Josh Earnest, et son homologue au Département d’Etat, Jen Psaki, ont enfoncé le clou du déni de la nature antisémite du massacre de l’Hypercacher. Earnest a déclaré que les victimes « étaient présentes par hasard » dans le supermarché. Psaki a estimé que ces dernières ne partageaient aucune histoire, ni nationalité commune, occultant le fait ennuyeux qu’ils étaient tous juifs. Des propos qui ont éveillé la colère et l’indignation de la communauté juive américaine. Après quoi, Earnest et Psaki ont tous deux fait marche arrière, admettant sur leur compte Twitter qu’en effet, le massacre de l’Hypercacher était une attaque antisémite. Mais trop tard, le mal était fait.
Et ce déni de l’administration Obama ne se limite pas à la nature antisémite de l’attaque de Vincennes. Il se retrouve dans le traitement qu’elle inflige à Israël et dans sa critique de la manière dont il se défend contre ses ennemis djihadistes – Hamas, Hezbollah ou Iran. En boycottant le discours de Netanyahou devant le Congrès et en encourageant les Démocrates à faire de même, Obama diabolise le Premier ministre israélien, isole Israël et refuse de voir la menace que représente un Iran nucléaire pour l’Etat hébreu.

Au cours de la même interview, Barack Obama a, comme à son habitude, refusé d’utiliser le terme islamique pour décrire « des fanatiques vicieux et violents ». Depuis le début de sa présidence, il a prudemment ignoré le lien qui unit islamisme et terrorisme. La semaine dernière, son refus de reconnaître la nature islamique des attaques djihadistes qui se multiplient à travers le monde a battu des records, quand dans son discours sur l’état de l’Union, il a comparé les djihadistes d’aujourd’hui aux croisés d’il y a plus de mille ans. Et alors qu’il a identifié les croisés comme des chrétiens, le président américain a soigneusement refusé d’admettre qu’aujourd’hui, les meurtres de masse se font au nom de l’islam.
Ce refus entêté et dangereux d’Obama de mentionner le mot « islam » dans le contexte de la guerre que des millions mènent aux quatre coins du monde en son nom ; doublé de son empressement à toujours comparer ce fléau sans nom aux démons passés des sociétés occidentales, indique que sa défense de la suprématie islamique n’est pas juste une préférence politique, mais un engagement idéologique.

Et l’on voit les conséquences de son déni dans sa politique et dans la stratégie que le président américain a adopté à l’échelle de la région. Les failles de son accord intérimaire avec l’Iran depuis novembre 2013 ont permis à Téhéran de faire des avancées significatives dans son programme nucléaire, tout en poursuivant les pourparlers sur le devant de la scène. L’Iran a certes arrêté d’enrichir de l’uranium à 20 %, et se suffit d’un enrichissement à 3,25 %. Mais en même temps, il a développé et commencé à utiliser des centrifugeuses qui enrichissent si rapidement, que la distinction entre 3,25 % et 20 % n’est plus pertinente. La République islamique a fait des progrès importants dans son programme de missiles balistiques, y compris en ce qui concerne le développement de missiles intercontinentaux destinés à porter des têtes nucléaires. Elle a poursuivi son programme nucléaire et est aujourd’hui capable de produire une ou deux bombes.
Selon différents rapports, l’accord permanent que Barack Obama entend signer avec les Iraniens ne fera que faciliter leur accès au nucléaire, alors qu’il ne fait rien pour stopper leur emprise sur la région. Aujourd’hui, l’Iran contrôle la Syrie et le Yémen et a une influence importante sur le Liban et Gaza. Il menace l’Arabie Saoudite ; ses alliés les Frères musulmans défient l’Egypte et la Jordanie. Quant à la large campagne menée contre l’Etat islamique en Syrie et en Irak, la République islamique en est aujourd’hui la grande bénéficiaire, elle qui contrôle l’armée irakienne et à qui profite la survie du régime d’Assad en Syrie.

Il est clair que l’Iran est en phase de devenir une puissance nucléaire et de diriger le monde arabe. Il est également évident que Téhéran utilisera sa bombe nucléaire – comme Coulibaly sa Kalachnikov – pour tuer des juifs. 


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