A bord du 836

La vie sur un patrouilleur Dvora de la Marine. Au programme : missions de sécurité navale et protection de la frontière israélienne.

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November 5, 2013 14:01
Militaire à bord du 836

P15 JFR 370. (photo credit: Marc Israel Sellem)

Cinq navires de la marine israélienne longent la côte. Il fait nuit, une nuit méditerranéenne et étoilée, et les vagues semblent presque noires. Les lumières d’Ashkelon et de la bande de Gaza scintillent au loin dans la chaleur du mois d’août. La voix du lieutenant Kobi Akiva, commandant de la flottille de patrouilleurs Dvora, surgit des émetteurs radio. « Cela a été un honneur d’être votre commandant en mer. Merci de m’avoir accordé ce privilège. Vous êtes tous, autant que vous êtes, des personnes formidables qui mettent leur vie en danger pour leur pays et pour se protéger les uns les autres », déclare l’officier.


Le message marque la fin d’un exercice long et difficile, au cours duquel les membres d’équipage de Dvora se sont entraînés à identifier et neutraliser une attaque terroriste en provenance de la côte gazaouie, simulant également une série d’autres scénarios susceptibles d’advenir.


Le Jerusalem Post s’est joint à l’équipage du navire 836, un Super Dvora Mk III, le dernier modèle de patrouille navale. La marine israélienne possède au total 3 flottilles de Dvora, dans les régions nord, sud et centre. Le navire 836 fait partie de la flottille sud. Des patrouilleurs qui sont constamment en mission le long de la côte gazaouie ou en stand-by à proximité. Ils sont tous surveillés de près par le Hamas.


Quelques heures plus tôt, il naviguait à 44 nœuds en pleine mer, fonçant sur une cible terroriste simulée par un bateau de police. Sur le pont supérieur de notre navire, le vent frappe les jeunes marins au visage et l’écume bouillonne sous leurs pieds. « Celui qui ne vomit pas n’est pas un frère » plaisante l’officier Menachem Feder en nous interrogeant sur l’état de nos estomacs. Un système radio de pointe permet aux membres de l’équipage de communiquer entre eux ainsi qu’avec les autres navires de la flottille.


En moins de 30 secondes


Sur le pont inférieur, on trouve des radars, des armes et des systèmes de communication. A l’étage encore en dessous, des marins s’affairent pour préparer à dîner dans la cuisine du navire. Au terme de la journée, l’équipage s’est entraîné à tirer sur 3 bateaux terroristes fictifs, viser des cibles sur la côte de Gaza, éteindre un feu à bord et faciliter l’évacuation d’un marin blessé. En plus de tout cela, le 836 s’est ensuite exercé à remorquer un autre Dvora dans l’obscurité.


Au matin, dans la base d’Ashdod, l’ambiance était des plus conviviales sur le patrouilleur. Un marin à la voix entraînante s’empare du micro sur le pont supérieur pour lire à ses camarades la liste des tâches à effectuer. Les soldats y procèdent en confirmant au fur et à mesure la bonne marche des événements. « Chargées et sous clefs ! », crie un marin après avoir vérifié les armes à bord. Le commandant de bord, le lieutenant Erez (son nom de famille est tenu secret) prend les commandes et s’adresse à l’équipage : « Bonjour, 836 », dit-il, et sa voix calme de résonner dans le navire. « Nous nous avançons en mer pour rejoindre l’exercice. Faites attention aux cibles ».


Le lieutenant junior Yarin Ben-Zikri, commandant adjoint du 836, évoque son service à bord. « Nous avons une permission une fois par mois. Pendant la semaine, on alterne entre l’entretien du navire, les entraînements et les patrouilles de surveillance le long de la bande de Gaza ». Quant à l’exercice à venir, l’officier le décrit comme « important ». « On ne fait pas ce genre de choses en temps normal. Cela va améliorer notre capacité à viser des cibles précises sur la côte et à gérer les infiltrations de terroristes via la mer ».


Il explique ensuite quelques termes courants dans la marine. Lorsqu’ils entendent « Position de combat » dans les haut-parleurs, les soldats se précipitent sur le pont supérieur vers les armes et les systèmes de surveillance en quelques secondes seulement. Ceux qui sont partis dormir doivent conserver leurs chaussures pendant leur sommeil et être capables de rejoindre leurs postes en moins de 30 secondes.


« Position de liaison » est l’ordre de se diriger à l’avant et à l’arrière du navire afin de lancer ou recevoir des cordes des autres embarcations de la flottille.


Une maison très peuplée


Le sergent Liav Shalobok, mécanicien et infirmier, est en service depuis un an sur le 836. « Les conditions sont dures. C’est un challenge. Mais cela fait de vous un homme, pour la vie. Et, c’est ironique, mais servir ici veut aussi dire apprendre à maîtriser la cuisine et la lessive », sourit-il. « On se bat pour notre maison, car le bateau devient notre foyer. L’endroit où l’on dort, où l’on mange, mais également d’où l’on tire. C’est une maison en mouvement et c’est aussi une maison très peuplée », ajoute le soldat.


Le navire est pour la plupart du temps en patrouille le long de Gaza. Chaque patrouille dure entre 24 et 72 heures. L’équipage dispose de nombreuses armes, dont le canon M242 Bushmaster, installé sur la proue et capable de tirer jusqu’à 120 cartouches par minute. Dans la soute, une série d’écrans retrace les données du radar et des caméras.


Le sous-officier Dima Trachtenberg décrypte : « Ici, nous contrôlons le Bushmaster et faisons de la haute surveillance. Autrement dit, tout ce qui échappe au regard humain ». Un des écrans liste les cibles à terre que le 836 pourrait avoir à viser. Un second établit les coordonnées des forces amies et ennemies. « Nous pouvons envoyer et recevoir des images et nous sommes connectés au système de commandement naval. Nous avons un système de navigation satellite et un dispositif d’affichage de différents facteurs », explique Trachtenberg. « Ceci est la barre de secours, mais elle n’est jamais utilisée. Et voilà la climatisation », ajoute le soldat avec un sourire. « Il fait bon et frais ici ».


Les Dvora sont également équipés d’un système de défense antimissile, qui leur permet de détecter la présence de radars hostiles. Tout au long de la patrouille, le navire reste en contact avec le Commandement naval de la région d’Ashdod par radio afin d’échanger des informations sur des cibles potentielles.


Conditions de vie particulières


Nous descendons ensuite au 3e étage où se situent la cuisine et les dortoirs. « On se prépare des repas de folie », plaisante Trachtenberg en nous montrant la kitchenette. « On cuisine pour 20 personnes et on met tous la main à la pâte pour des petits extras, comme de bonnes sauces. Une fois, on a même préparé des sushis ». C’est en cuisine que les origines diverses des marins se font sentir. Parfois même, le ton monte quand il s’agit de décider comment une recette sera accommodée : à la russe ou plutôt mode Afrique du Nord ?


Les soldats font preuve d’ingéniosité pour occuper leur temps libre – une denrée rare. Ils se réunissent par exemple le soir, après dîner, sur le pont supérieur et chantent, armés d’une guitare et d’une darbouka. Un moyen comme un autre pour s’accommoder des conditions de vie si particulières, expliquent-ils.


« Le pilote de l’air, lui, descend de son avion une fois la mission achevée. Idem pour les unités de blindés. Mais nous, on passe 35 jours


d’affilée sur un bateau. On se douche quand on rentre chez nous, une fois toutes les 4 semaines », souligne Trachtenberg. Et tous de raconter les difficultés hivernales, lorsque des vagues de 3 à 4 mètres de hauteur sèment le chaos à bord.


Le sous-officier Avia Azoulay décrit une des activités principales de la flottille : veiller au respect de l’embargo israélien sur le port de Gaza, contrôlé par le Hamas. Un embargo destiné à éviter la contrebande de roquettes tirées ensuite sur des civils israéliens et à barrer l’accès des côtes israéliennes aux terroristes. Un embargo qui signifie aussi que les pêcheurs palestiniens ne peuvent s’éloigner à plus de 10 km de la côte gazaouie. « Nous nous assurons qu’aucune embarcation ne dépasse la limite autorisée. Gaza est très proche de la centrale électrique d’Ashkelon et c’est une cible de choix pour les terroristes. Les stratégies de prévention sont cruciales », explique Azoulay.


Réveil en douceur ou en sursaut


« Un navire qui réussit à nous éviter, c’est une attaque terroriste potentielle dans les 5 minutes qui viennent. Nos marins sont constamment en train de surveiller les radars et les caméras », ajoute-il. Les opérateurs de marine dirigent le patrouilleur vers chaque signature radar inhabituelle, qui s’avère souvent n’être qu’une simple volée d’oiseaux. « On a composé une chanson pour les fausses alarmes : “On se lève tous pour les interférences radars !” », sourit Azoulay en récitant les paroles de leur cru, avant de fredonner la mélodie.


Lorsqu’un navire semble suspect, le Dvora s’approche et use des haut-parleurs et des liaisons radio pour l’appeler à s’identifier. Si cette étape échoue, des tirs de semonce seront tirés en l’air et dans l’eau autour de la cible. Des pêcheurs palestiniens, ignorant ces avertissements, ont parfois dû être emmenés à Ashdod pour y être interrogés, rapporte le marin.


Mais l’équipage doit aussi faire face à des dangers autrement plus importants que des pêcheurs un peu bornés. Il y a 2 mois, des terroristes de la bande de Gaza ont lancé pas moins de 50 roquettes en direction d’un patrouilleur. Ils ont manqué leur cible, mais des tirs ont été échangés et des hélicoptères de combat ont été dispatchés dans les airs. Et il y a 3 ans, l’équipage du 836 qui avait détecté des terroristes en train de planter une bombe le long de la clôture entre Israël et Gaza avait ouvert le feu, évitant l’attentat de justesse.


Les patrouilleurs accompagnent également les bateaux de frayage étrangers jusqu’au port d’Ashdod, vérifiant leur identité avant de leur permettre de pénétrer les eaux israéliennes.


A la fin de leurs gardes, les soldats épuisés vont dormir au dortoir, dans des lits superposés. Si aucune urgence ne se déclare, ils seront réveillés en douceur par leurs coéquipiers lorsque l’heure de la relève aura sonné. Une lumière rouge diffuse s’allumera et ils auront droit un café. Dans le cas contraire, c’est un ordre « Prenez vos positions ! » qui les réveillera en sursaut.



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