Aux actes, citoyens !

Comment le gouvernement gaspille l’argent du contribuable au motif de pourvoir à son éducation.

By YARDEN GAZIT
March 5, 2013 13:08
Oranges israéliennes sur un stand à Berlin

0603JFR10 521. (photo credit: Reuters)


Mon coup de gueule s’adresse au gouvernement, qui dilapide les fonds publics en campagnes publicitaires inutiles, tout en ayant la prétention de nous apprendre à nous comporter de façon citoyenne.

Ainsi, maintenant que les élections sont derrière nous et que les nouveaux membres de la Knesset sont tout fraîchement assermentés, on voudrait nous faire croire que nous n’avons plus le droit que de nous taire.

Il n’est pas question de me plaindre ici des résultats des dites élections, pas plus que du laborieux processus de formation de la coalition gouvernementale, et encore moins de critiquer la tenue vestimentaire de la femme d’un politicien, lors de la cérémonie d’ouverture de la Knesset. Je voudrais plutôt dénoncer la folie dépensière de l’Etat dans de vaines campagnes publicitaires, dont l’objectif est de nous apprendre à nous comporter en citoyens modèles. Bref, de l’argent que nos gouvernants jettent par les fenêtres pour nous mettre au pas.

La facture du sermon que nous adresse notre gouvernement

Le battage médiatique appelant les citoyens à voter sous peine de perdre leur droit de se plaindre était assez grotesque. Non pas en raison du ridicule du libellé des annonces publicitaires, mais du montant exorbitant que l’Etat leur affecte. Pas moins de 400 millions de shekels par an y passent, de la poche du contribuable bien sûr. Une coquette somme allouée à une campagne publicitaire vouée à nous donner des leçons de comportement citoyen.

Ce n’est que tout récemment que le gouvernement s’est lancé dans le spot publicitaire ciblé, afin de nous amener à ajuster nos comportements à ses desiderata, à savoir : voter, acheter israélien, déclarer nos revenus, adopter des méthodes contraceptives et recycler nos déchets.

Que n’a-t-il pris pour exemple d’autres gouvernements de par le monde qui ont adopté des mesures propres à faciliter la vie de leurs électeurs, plutôt que dépensé des sommes folles à leur faire la morale. Que n’a-t-il eu par exemple la bonne idée de leur emboîter le pas en permettant aux étudiants de voter sur leur campus plutôt que dans leur circonscription. Ou celle d’ouvrir des bureaux de vote dans les ambassades afin que les Israéliens en voyage d’affaire ou d’agrément le jour où ils sont appelés aux urnes, puissent s’acquitter de leur devoir électoral.

Dans un autre registre, il faudrait lui suggérer de booster l’emploi en facilitant nos démarches administratives. Qu’il songe à alléger sa paperasserie, simplifier la fiscalité, réformer le code du travail pour une plus grande adaptabilité au marché, et mette en oeuvre une politique budgétaire responsable en investissant dans l’éducation et les infrastructures.

Mettre les citoyens au pas à n’importe quel prix 

Mais au lieu de se consacrer à la lutte contre les lobbies, au lieu d’appliquer des mesures coercitives aux grands trusts de l’économie Israélienne qui monopolisent le marché, plutôt que d’accroître la concurrence pour faire baisser les prix, notre gouvernement dépense des millions pour nous convaincre d’acheter des produits « made in Israël », et ce, alors qu’ils sont plus chers et de moins bonne qualité que les articles d’importation.

Gagner plus et faire passer le contribuable à la caisse. Tel est le mot d’ordre du gouvernement en quête de recettes supplémentaires. L’unique raison de cette vaste campagne qui nous appelle à déclarer nos revenus et ceux des autres.

Et pourquoi l’Etat est-il à ce point aux abois ? Parce que son déficit budgétaire est de 40 milliards de shekels. Les caisses sont vides parce qu’il a dépensé un argent qu’il n’avait pas. Mais plutôt que de s’attaquer aux grands groupes de pression, tailler dans les subventions et réduire les dépenses allouées au corporatisme d’état, il préfère taxer davantage le contribuable. Il se lance dans des campagnes publicitaires ineptes, au lieu d’adopter des mesures politiques justes. Tout cela dans l’espoir d’augmenter ses propres recettes.

Certes, tout le budget de l’agence de publicité gouvernementale ne va pas au financement de ces campagnes de sensibilisation à but « éducatif ». Une partie de ces fonds est dédiée à la publication de conseils pratiques et autres OPA qui envahissent les pages des journaux. Et ce, alors qu’une infime partie des lecteurs seulement en voit l’intérêt, dans la mesure où toutes ces informations sont disponibles sur le site web du gouvernement.

Publiées aux frais du contribuable, ce ne sont ni plus ni moins que des subsides qui profitent au tiroir-caisse de quelques grands journaux.

Le gouvernement investit aussi en publicités qui paraissent dans la presse écrite étrangère, dans le but d’inciter de potentiels touristes à visiter Israël. Certes, la manne touristique est une source incontestable de revenus pour le pays. Mais l’économie Israélienne tire aussi profit de la bonne santé de ses exportations, et doit beaucoup à son dynamisme dans le domaine de l’innovation.

Néanmoins, le tourisme est la seule industrie qui bénéficie ainsi d’une publicité gratuite pour soutenir son secteur d’activité. Rien de moins qu’un financement occulte sur le dos du contribuable au seul profit de l’industrie touristique.

Détournement de fonds publics et autres folies dépensières 

Bien qu’il ait vidé les caisses de façon aussi désinvolte, il faudrait encore que nous soyons gré au gouvernement d’avoir pu sauver quelques shekels pour nous informer de ce que nous sommes en droit d’attendre du service public. Service sur lequel nous sommes censés pouvoir compter. C’est là sa vocation première et la destination légale de son budget.

Dans une récente interview, le directeur général de l’agence de publicité gouvernementale, Gadi Margalit, a avoué que son travail consiste à empêcher que les fonds ne soient employés à des fins politiciennes, tout en admettant en filigrane que l’augmentation de leur budget lui posait un certain problème de conscience.

Une façon comme une autre pour le porte-parole du gouvernement, d’admettre qu’il n’est pas dans une situation très différente de celle de bien des fonctionnaires. Tellement occupés à faire fructifier le capital de la fonction publique, plutôt qu’à travailler à l’amélioration de son fonctionnement, qu’ils en oublient d’éviter de dilapider des fonds qui ne leur appartiennent pas.

Les bureaucrates Israéliens donnent ainsi raison à l’économiste Milton Friedman, lequel affirme que les gens sont moins économes dès lors qu’il s’agit de dépenser l’argent d’autrui.

Dans les registres de la police, un rapport relate l’interpellation d’un chauffeur de taxi par un policier, au motif que le dit chauffeur se serait permis de rappeler au policier qu’il est de son devoir d’être au service du citoyen et non pas au citoyen d’être son obligé.

Cette citation s’applique magistralement non seulement aux policiers, mais à tous les fonctionnaires, et devrait figurer sur le fronton de chaque officine de la fonction publique.
Voilà qui devrait donner à méditer à ces paniers percés qui ont l’ambition de nous éduquer plutôt que de se dévouer au service de leurs administrés.


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